Lyon : Plaidoiries au vitriol au procès de Mgr Barbarin

Mgr Barbarin a dû affronter la verve assassine des avocats des victimes au moment des plaidoiries / © Maxime Jegat
Mgr Barbarin a dû affronter la verve assassine des avocats des victimes au moment des plaidoiries / © Maxime Jegat

Les avocats des parties civiles se sont efforcés de démontrer que ni Mgr Barbarin, ni son entourage ne pouvaient ignorer le danger représenté par le père Preynat pour les enfants. Les accusant de s'être tournés tardivement vers Rome plutôt que vers la justice pour dénoncer ses agissements.

Par Philippe Bette

Voici venu le temps des plaidoiries. Un instant grave en ce troisième jour d'audience devant le tribunal correctionnel de Lyon. On a entendu mardi les victimes exposer tour à tour, parfois en termes crus, l'ignominie. Certains, les larmes aux yeux, sont venus décrire les méthodes du père Preynat, dont on a presque senti le souffle court planer sur la salle d'audience.
 

C'était donc à leurs avocats de démontrer que l'Eglise, au plus haut niveau, ne pouvait durablement ignorer sa dérive pédophile, compte tenu des éléments qui lui parvenaient depuis un certain temps déjà.

Me Nadia Debbache, avocate d'Alexandre Hezez et de Francois Devaux, ouvre le débat en insistant sur l'enjeu de société que représente ce procès : "Seuls 4 % des viols sur mineurs font l'objet de plaintes, dont 70% sont classées sans suite". Et l'Eglise, ici, porte une responsabilité particulière dans la mesure où les victimes et leurs parents lui faisaient une confiance aveugle. Pour elle, au bout de la chaîne des dysfonctionnements internes, il y a un  "Monsieur Barbarin attentiste et sourd. Il n'a cessé de nous dire qu'il attendait des instructions de Rome. Mais était-ce nécessaire pour agir ?".

"Vous êtes un menteur , Monsieur Barbarin!" 

Me Boudot, avocat d'une autre victime, reprend la première audition de Mgr Barbarin par la police quand il déclare :  "J'avais entendu qu'il y avait des faits. Je sais que c'est sexuel mais c'était il y a longtemps". Il se tourne alors vers lui  : "Monsieur Barbarin, vous êtes un menteur. Je dis que vous êtes un menteur quand vous dîtes que vous n'avez découvert l'étendue des dégâts qu'en 2014". 

Me Haziza poursuit l'argumentation en associant l'entourage du cardinal à ce trouble secret. Elle estime qu'ils savaient. Elle s'adresse à eux mais tous détournent le regard. "Vous saviez que vous aviez une obligation légale et pourtant, vous vous êtes tournés vers une hiérarchie religieuse". Elle conclut par l'Evangile selon St Jean. "J'ai commencé par le silence. Je terminerai par la parole : Au commencement était la Parole et la Parole était Dieu. En elle était la vie, et la vie est la lumière des hommes." 

"La gangrène, c'est vous !"   

Me Raphaëlle Hovasse enfonce le clou . Elle dresse une liste de courriers électroniques adressés à Philippe Barbarin pour établir qu'il était parfaitement informé et qu'il n'a rien fait pour mettre les enfants à l'abri du père Preynat. De la même façon , "Régine Maire connaît le risque mais elle ne fait rien". Des mesures ont-elles été prises?", s'interroge t-elle. Pour relever aussitôt : " Dans le dossier, on les cherche parce qu'elles sont inadéquates et en tout état de cause trop tardives". Pour conclure avec cette phrase assassine : "La plaie ouverte, c'est Bernard Preynat, mais la gangrène, c'est vous ! Parce que, explique-t-elle, si par votre inaction, un seul enfant a subi les agissements du père Preynat, vous en êtes responsables !"
 
 

"Le bal des hypocrites" 

C'est Me Sauvayre, qui conclut les plaidoiries, est manifestement indigné par ce qu'il a entendu ."On a eu hier et avant-hier le bal des hypocrites ! "Il interroge sur le maintien de P. Preynat dans ses fonctions de prêtre alors qu'on le sait dangereux : "Que les mains souillées de cet homme puissent s'approcher du Christ, célébrer la messe, c'est insoutenable pour un croyant, comme pour un non croyant, qui respecte la religion" Me Sauvayre conclut en s'inspirant de sa propre foi. "Il y aura un jugement dans quelques semaines mais, je suis croyant, je vous le dis : il y en aura un autre".                                     

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