Lyon : En vallée de la Chimie, ils vivent près des installations classées Seveso

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L'incendie de l'usine Lubrizol à Rouen a mis en lumière le danger que représentent les installations Seveso. Au sud de Lyon, des milliers de personnes vivent dans la Vallée de la Chimie. Quelles précautions sont prises par les autorités pour éviter une catastrophe semblable à celle de Feyzin en1966?

Par Dolores Mazzola


En France, près de 1300 sites et installations industrielles sont classés Seveso. Ces entreprises dites "Seveso" fabriquent, manipulent ou stockent des matières dangereuses. Il existe deux niveaux de dangerosité: seuil haut et seuil bas. Les sites classés Seveso doivent répondre depuis le début des années 80 à une directive européenne en matière de sécurité.

La directive a pris le nom de la ville de Seveso en Italie. C'est dans cette commune du nord de la péninsule qu'un rejet accidentel de dioxine s'est produit en 1976. L'accident industriel italien avait incité les États européens à se doter d'une politique commune en matière de prévention des risques industriels majeurs. La directive européenne Seveso avait été adoptée le 24 juin 1982. Elle a été remplacée par la directive Seveso 2 dans les années 90 qui a renforcé la prévention des accidents en exigeant une gestion du risque par les industriels, sous l'autorité des Etats. La directive Seveso 3, entrée en vigueur le 1er juin 2015, remplace la directive Seveso 2.
 

Une trentaine de sites Seveso autour de Lyon


Ces sites industriels Seveso sont recensés de manière très stricte et sont assujettis à des dispositions spécifiques. Ainsi, les entreprises classées Seveso sont soumises à des plans de prévention des risques technologiques (PPRT). Un PPRT est adopté pour chaque site industriel classé Seveso à haut risque. Ces plans organisent notamment la cohabitation entre ces zones industrielles à risques et les riverains. Dans le Rhône, on compte 31 sites classés Seveso seuil haut et 13 sites Seveso seuil bas.

Ces installations chimiques et pétrochimiques à risques sont le reflet d'une longue histoire industrielle régionale. Certains de ces sites classés étaient installés dans la ville, ceux qui se trouvaient en périphérie ont été peu à peu rattrapés  par une urbanisation galopante. 
Autour de Lyon et en vallée du Rhône, les installations classées Seveso posent la question de la sécurité des riverains. Des installations qui concerneraient 1,3 million d'habitants.
 

PPRT Vallée de la Chimie: protection des riverains des sites Seveso aux portes de Lyon

Le site internet de la DREAL établi une liste des Plan de prévention sur les risques technologiques (PPRT). Dans le Rhône, on en compte à ce jour onze, dont quatre sur le territoire de la Métropole de Lyon. A quoi servent ces plans ?

Le PPRT participe à la prévention des risques technologiques et a pour but de protéger, "dans la mesure du possible", les populations et de limiter le nombre de personnes exposées. Le PPRT permet notamment d'agir sur l'urbanisation existante à proximité des sites industriels, d'encadrer l'urbanisation nouvelle ou encore d'agir sur les biens existants à travers des travaux obligatoires.  

Le PPRT de la Vallée de la Chimie, au sud de l'agglomération lyonnaise, concerne dix communes. Adopté en 2016, il englobe une partie du 7e arrondissement de Lyon, de Pierre-Bénite, de Saint-Fons, de Feyzin, d'Irigny, de Vénissieux, d'Oullins, de Solaize, de Saint-Symphorien-d'Ozon et de Vernaison. Il a été établi autour des sites industriels classés Seveso comme la raffinerie de Feyzin, les dépôts pétroliers du port Edouard-Herriot, les usines d'Arkema, Total, Rhodia, Bluestar Silicones ou encore Kem One. Le PPRT établi des périmètres avec des impacts différents sur les logements. 
 

PPRT Vallée de la Chimie : des travaux obligatoires


Dans la zone de "prescription de renforcement du bâti", le propriétaire dont l'habitation existait avant 2016 doit obligatoirement avoir effectué et payé des travaux avant le 19 octobre 2024. Dans ce secteur, les riverains peuvent être exposés à un aléa de surpression (onde de choc ou déflagration), un aléa toxique ou un aléa thermique. Dans le premier cas, les travaux porteront sur les fenêtres pour qu'elles résistent à une onde de choc. Dans le deuxième cas, les travaux concerneront le confinement d'une pièce refuge. Dans le dernier cas, il s'agira pour le propriétaire de faire des travaux sur l'ensemble de la structure et des façades pour installer des matérieux non inflammables. 

Dans la zone dite de "prescription de pose de films de sécurité anti explosion", les travaux aussi sont obligatoires et financés à 100% par les collectivités, l'Etat et les industriels. 
Enfin dans la zone dite de "recommandation de renforcement du bâti", les travaux ne sont pas obligatoires mais ne sont pas financés.

La carte des différentes zones. 
© DDT du Rhône
© DDT du Rhône

Le souvenir de la catastrophe de Feyzin de janvier 1966


A Feyzin, Jacques Geoffroy vient d'installer une pièce de confinement dans sa maison. Elle est située à 200 mètres à peine de la raffinerie Total et de ses cheminées. Soit dans le périmètre de renforcement du bâti. Cette mesure lui a été  imposée par le plan de protection des risques technologiques de la commune qui prévoit des travaux de protection des logements. Son financement a été entièrement pris en charge par la Métropole de Lyon et la Région, l'État (sous forme de crédit d'impôt) et par la raffinerie. L'enveloppe de 20 000 euros lui a aussi permis de changer l'ensemble de ses fenêtres ainsi que sa porte d'entrée.

Le Feyzinois, qui prend les mesures de sécurité très au sérieux, se dit rassuré et n'envisage nullement de déménager. Jacques Geoffroy, installé à Feyzin depuis 1962 a pourtant vécu la catastrophe qui a endeuillé la commune le 4 janvier 1966. Il vit toujours dans la même maison du quartier des Razes. Comme les gens du quartier, il n'a pas peur.  "Les gens n'ont pas peur de ce risque industriel maintenant," explique-t-il. Pour le retraité, la catastrophe de Feyzin fait partie de son histoire.
 

Cette catastrophe a fait 18 morts dont 11 pompiers, et plus de 90 blessés. Près de 1500 habitations des alentours ont été touchées par les explosions. L'accident a débuté par une fuite de propane, à la suite d'une manipulation pendant un entretien de routine... Le gaz s'est répandu à l'extérieur de l'enceinte de la raffinerie et jusqu'à l'autoroute proche. Un incendie s'est alors déclenché à la suite du contact de la poche de gaz avec un véhicule. Le feu a entraîné l'explosion successive de plusieurs sphères de stockage de propane.
 
 

Le PPRT Vallée de la Chimie annulé par le Tribunal administratif de Lyon 


Par un jugement du 10 janvier 2019, le tribunal administratif de Lyon a annulé ce PPRT de la Vallée de la Chimie, avec effet différé de deux ans. Il reste cependant pleinement en vigueur jusqu’au 10 janvier 2021, selon la préfecture. Mais cette décision de justice a fait l'objet d'un appel. Le périmètre de ce Plan de prévention des risques technologiques est l'un des plus grands de France. 
 

Tous les sites Seveso sont répertoriés sur le site internet des installations classées www.installationsclassees.developpement-durable.gouv.fr

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