Mort de Séphora en 2017: peine allégée en appel à Lyon pour la conductrice

Elle a finalement été condamnée de deux ans de prison ferme... la conductrice à l'origine de la mort en 2017 de Séphora Zozime sur le boulevard urbain Est, à Vaulx-en-Velin, vient d'être condamnée par la cour d'appel de Lyon ce lundi 6 septembre 2021. Une peine allégée en appel. Explications.

Séphora Zozime avait été tuée sur la route le 19 février 2017. Un drame survenu le jour même de ses 23 ans, à Vaulx-en-Velin. Il était 2 h du matin, la voiture de la jeune femme a été percutée au croisement du boulevard des Droits de l'Homme et de l'avenue Garibaldi. La jeune femme est morte sur le coup. Elle rentrait de sa soirée d'anniversaire en compagnie de membres de son club de handball de Vaulx-en-Velin, le club de l'ASUL.

A l'origine de l'accident, une conductrice qui avait cumulé infractions et délits. L'automobiliste, mère de trois enfants, était en état d'ébriété. C'est en grillant un feu rouge à vive allure qu'elle est venue percuter la voiture de Séphora. Selon l'enquête, la trentenaire roulait à près de 120km/h au moment de l'accident sur une route limitée à 50km/h. Séphora a été tuée sur le coup, son passager gravement blessé.

Excès de vitesse, consommation d'alcool, feux rouge grillé...   Kheira B. a été poursuivie pour homicide involontaire avec circonstances aggravantes. L'audience, où elle a comparu libre, s'est déroulée en juin 2020. Le parquet avait requis une peine de cinq années de prison dont un an avec sursis. En première instance, c'est une peine de cinq années de prison, dont trois ans ferme, qui a été prononcée à son encontre. La conductrice avait fait appel de sa condamnation.

Elle revient sur sa version en appel 

Lors de son procès devant le tribunal correctionnel, elle avait reconnu son entière responsabilité. En revanche, le 14 juin dernier, à l'occasion du procès en appel, la mise en cause était revenue sur ses déclarations, accusant son compagnon de l'époque. Elle avait déclaré ne pas être au volant au moment du drame. Sur ce point la cour d'appel a refusé le supplément d'information sollicité par la prévenue, a indiqué Me Bohé qui représente la famille Zozime, partie civile dans cette affaire.  

Si la cour d'appel de Lyon a bien reconnu et confirmé la culpabilité de Kheira B., elle a en revanche allégé sa peine. Le jugement de ce nouveau procès a été rendu ce lundi 6 septembre 2021. A l'audience, l'avocat général avait réclamé une confirmation de jugement de première instance. La mère de famille a bel et bien été condamnée à 5 ans de prison. En revanche, la condamnation est assortie d'un sursis probatoire de trois ans. Quant aux deux années de prison ferme, elles sont aménageables. En bref, la conductrice n'ira pas derrière les barreaux. 

Pas un seul jour en prison... la famille en colère

"Dans ce dossier, la détention a toujours été demandée. Mais la prévenue n'a pas fait un seul jour de détention," a rappelé Me Bohé. Comment réagissent aujourd'hui les proches de Séphora? "Les parties civiles, focalisées sur une peine de prison, sont bouleversées par ce qu'elles estiment être une absence de sévérité de la cour d'appel et une condamnation douce," a résumé l'avocat.

Chez Denise Zozime, c'est la colère et l'incompréhension qui l'emportent aujourd'hui, plus de 4 ans après le décès tragique de son enfant. Cette décision de justice n'a pas réussi à apaiser la peine de cette famille. Denise Zozime, inconsolable mais digne, s'emporte encore sous le coup de la douleur : "Depuis la mort de ma fille, je n'ai pas réussi à faire mon deuil. Mais comment voulez-vous le faire avec cette décision de justice? C'est comme si on avait fait tout ça pour rien. C'est comme si ma fille était morte une deuxième fois !". Contre la conductrice, ses mots sont sans appel : "Depuis la mort de ma fille, elle peut faire ce qu'elle veut, elle vit sa vie. Moi, je vais aller au cimetière à la Toussaint".

C'est comme si ma fille était morte une deuxième fois, comme si elle était morte pour rien ! Elle avait la vie devant elle !

Denise Zozime

Pour la mère de la victime, avec cette condamnation sans passage par la case prison, c'est un message négatif qui est envoyé aux jeunes par la justice. Lundi après-midi, lors de la lecture publique de la décision de la cour d'appel de Lyon, "aucune peine accessoire n'a été prononcée hier après-midi," a relevé Me Bohé. La prévenue va-t-elle se voir infliger une interdiction de conduire ou un retrait de permis ? Il faut attendre l'arrêt de la cour d'appel pour être formel, a indiqué l'avocat. "Mais on a sans doute encore du chemin a faire en matière de délinquance routière", a-t-il conclu. 

Une association lyonnaise de victimes s'indigne

L'association "Et6 c'était vous" qui lutte contre la violence et délinquance routière a également vivement réagi après l'annonce de cette décision de justice rendue par la cour d'appel de Lyon.

Dans un communiqué, elle dénonce un procès bâclé : "malgré les circonstances aggravantes, les mensonges et les demandes d’information, la cour bâcle ce procès et contre toute attente diminue la peine afin que celle qui a tué Séphora ne soit pas incarcérée." Et d'ajouter : "Pas de prison pour la tueuse". L'association lyonnaise évoque dans son texte, le changement de version des faits de la mise en cause. Cette dernière ayant indiqué à l'audience en appel ne pas avoir été au volant au moment de l'accident. Pour "Et 6 c'était vous", "la cour a fait abstraction de ce nouvel élément déterminant, et ne suit pas la demande de supplément d'information des avocats des deux parties."

Dans l'attente de l'arrêt de la cour d'appel, l'association a indiqué qu'elle accompagnait et soutenait la famille dans sa demande de pourvoi en cassation auprès de la Procureure Générale. 

La famille de Séphora Zozime prévoit un rassemblement ce samedi 11 septembre à 13 heures devant les marches de la cour d'appel de Lyon (Les 24 colonnes). Une pétition en ligne a également été lancée par les proches de la jeune femme le 9 septembre, trois jours après l'annonce de la décision de la cour d'appel. Les proches de Séphora réclament justice pour la jeune femme de 23 ans. 

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