Muriel Pénicaud, ministre du Travail, a défendu la réforme de l'assurance chômage sur notre plateau

La ministre du Travail Muriel Pénicaud était l'invitée de notre JT jeudi 20 juin : elle a défendu sa réforme de l'assurance chômage.
La ministre du Travail Muriel Pénicaud était à Lyon et Villeurbanne jeudi 20 juin. Elle a notamment visité une agence pôle-emploi avant de répondre aux questions de Lise Riger sur le plateau du 19/20.

L'accès à l'indemnisation chômage va être conditionnée à une durée de travail de 6 mois, sur les 24 derniers mois, au lieu de 4 mois sur 28 mois actuellement. Première réaction de deux chômeuses rencontrée à Villeurbanne: "Cest encore au détriment des personnes en difficulté. C'est bien pour les gens qui abusent, mais peut-être qu'il faut baliser un peu plus et adapter aux situations" déclare la première. Sa collègue se demande: "Est-ce que ça incite les gens qui cherchent du travail, à en trouver ? Je ne pense pas que c'est la bonne façon de prendre le problème en main."
 

"Une réforme pour avoir plus d'emplois"


Risque-t-on d'exclure certaines catégories de demandeurs d'emploi ?

Muriel Pénicaud : "Il faut bien comprendre que cette réforme, c'est une vision complète pour avoir plus d'emplois, permettre à plus de chômeurs de retrouver un emploi, et de lutter contre la précarité. Si on ne faisait qu'une réforme de l'indemnisation du chômage, ça serait différent. On va faire beaucoup plus d'accompagnement. Aujourd'hui, en moyenne, on passe 45 minutes avec un demandeur d'emploi, dans les 2 premiers mois. Aujourd'hui j'ai vu des personnes qui m'ont dit, "moi je ne me sens pas seul. Je ne me sens plus seul", parce qu'on va passer 2 demies-journées à faire vraiment le bilan de la personne, à aller vers l'emploi."


Le risque, c'est que les plus jeunes et les plus précaires se retrouvent exclus ?


Muriel Pénicaud : "Non, parce qu'ils vont être beaucoup plus accompagnés, avec beaucoup plus de moyens (...) qu'avant. Et donc, ce que cherchent nos concitoyens, c'est trouver un emploi. Et donc on va leur donner beaucoup plus de moyens. En Auvergne-Rhône-Alpes, si vous regardez le site de pôle-emploi, aujourd'hui, il y a 93 000 offres d'emploi. Beaucoup de nos concitoyens n'arrivent pas à avoir ces emplois, à cause des problèmes d'accompagnement et de formations.  Quant à la règle d'avoir travaillé 6 mois sur les 24 derniers mois, on revient à la règle qui était il y a 10 ans, avant la crise. Pendant la crise, la règle a changé. Maintenant on n'est pas en crise, on est en pleine dynamique de créations d'emplois. On revient à une règle qui est une des plus protectrices d'Europe."  
 

Le système des frontaliers bientôt transformé ?


Les frontaliers payent leurs cotisations chômage en dehors de nos frontières, mais c'est la France qui les indemnise quand ils sont au chômage. Le coût pour le pays en 2018 : 566 millions d'euros. 

Faut-il revoir ce système ?

Muriel Pénicaud : "Tout à fait. On a commencé. On négocie d'abord au plan européen. Parce qu'on a beaucoup d'accords entre la France et la Suisse. C'est vrai aussi avec le Luxembourg, l'Allemagne, ça fait partie de notre feuille de route européenne. J'ai rencontré mon homologue suisse."
 

Des taxes sur les CDD 


Le bonus-malus sur les contrats courts fait beaucoup parler. Avec la réforme, une entreprise qui abuse des CDD devra payer plus de cotisations. 7 secteurs sont concernés, dont l'hôtellerie-restauration. Laurent Duc, président de l'union des métiers et des industries de l'hôtellerie, se dit très remonté : "Contrairement aux autres professions qui peuvent décaller leurs travaux, ou les options qu'ils ont mises sur une date prévue, nous, si on ne sert pas à midi, on ne sert pas le repas. Les contrats courts sont inhérents à nos métiers.  Le contrat d'extra, le fameux contrat d'usage, on l'a inventé. Il est important de l'encadrer, certes. Mais de le taxer c'est insupportable."


Comment font les entreprises qui ont besoin de flexibilité ?

Muriel Pénicaud : "Pourquoi on veut réformer çà ? Aujourd'hui, la France, c'est le seul pays en France, quasiment le seul pays, en train de faire exploser la précarité. Moi çà me choque, pour mes concitoyens, que 9 embauches sur 10 soit en CDD ou un intérim. Et 7 fois sur 10, c'est des contrats de moins d'un mois. 1 fois sur 3, de moins d'un jour. Comment on peut vivre, avoir un logement, se projeter dans l'avenir ? Il faut d'abord se mettre d'accord avec tout le monde. La précarité, ce n'est pas une fatalité."

Il n'y a pas un risque de voir exploser le travail dissimulé ?

Muriel Pénicaud : "Aujourd'hui on a du travail dissimulé, et on a prévu un système qui va permettre que ce soit toujours plus intéressant de déclarer le travail. Mais il y a des solutions. Le CDI intérimaire. On l'a consolidé dans la loi Avenir Professionel. C'est l'agence d'intérim qui embauche, en CDI. Donc la personne, elle n'est plus en précarité. Elle peut se projeter. Mais c'est l'agence d'intérim qui la place, en fonction des besoins. On peut avoir la flexibilité pour l'entreprise, mais avoir la sécurité pour la personne."

 
La réforme de Muriel Pénicaud
Le gouvernement a présenté une vaste réforme de l'assurance chômage durcissant les règles d'indemnisation, renforçant l'accompagnement des chômeurs et frappant au portefeuille les entreprises abusant des contrats courts, une réforme immédiatement brocardée par les syndicats qui ont fait part de leur "colère".

La réforme vise jusqu'à 250.000 chômeurs en moins et 3,4 milliards d'euros d'économies d'ici fin 2021, a expliqué le Premier ministre, Edouard Philippe, en présentant ces mesures à Matignon aux côtés de la ministre du Travail, Muriel Pénicaud.

A partir du 1er novembre, il faudra avoir travaillé six mois sur les 24 derniers mois au lieu de quatre mois sur 28 pour accéder à l'assurance chômage et les conditions de "rechargement" des droits seront également durcies: il faudra avoir travaillé six mois au lieu d'un pendant sa période de chômage pour voir son indemnisation prolongée d'autant.

Quant aux demandeurs d'emploi qui avaient un revenu de travail supérieur à 4.500 euros brut par mois, ils verront leur indemnisation réduite de 30% à partir du septième mois, une mesure qui ne s'appliquera pas aux plus de 57 ans.

Un système de bonus-malus sur les contrats courts va être mis en oeuvre le 1er janvier 2020 dans sept secteurs de l'économie, dont l'hébergement et la restauration ou encore l'agroalimentaire mais pas dans le bâtiment et la santé, pourtant gros utilisateurs de CDD. Une taxe de 10 euros par CDD d'usage va être créée pour ce contrat spécifique.

Mme Pénicaud a par ailleurs annoncé le recrutement de plus de 1.000 nouveaux conseillers Pôle emploi pour trois ans, afin de proposer de nouveaux services d'accompagnement à partir de janvier 2020, mettant fin à trois années de diminution d'effectifs. (AFP)
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