Offrir un livre à un enfant grâce à l'opération "Donnez à lire"

Du 15 octobre au 20 novembre, 500 libraires indépendants dans toute la France proposent à leurs clients de rajouter un livre jeunesse à leurs achats. L'ouvrage sera offert à un enfant par le secours populaire.

Maya Flandin, libraire lyonnaise, est à l'origine de "Donnez à lire", une opération de solidarité originale qui connaît un grand succès. Jusqu'au 20 novembre, les libraires partenaires de toute la France proposent à leurs clients de rajouter un livre jeunesse à leurs achats. L'ouvrage est remis aux équipes du Secours populaire qui l'offriront à un enfant. Elle était l'invitée d'Entre deux, notre émission quotidienne de 11h53.

Olivier Michel : Comment et née "Donnez à lire" ?

Maya Flandin : Tout simplement par le constat que j'entendais tout le temps. Tout le monde dit : les enfants, les ados ne lisent plus. Dans ma librairie, je constate que quand on met des enfants et des livres ensemble, en général, il se passe quelque chose et les enfants sont très intéressés par les livres. Je me suis donc dit, si les enfants ne lisent pas, c'est peut-être qu'ils n'ont pas de livres adaptés à leur âge et qui leur conviennent chez eux. Du coup, un été, j'ai demandé aux clients de ma librairie de la Croix Rousse s'ils voulaient bien rajouter un livre jeunesse à leurs achats. Je m'étais mis en relation avec le comité local du Secours populaire. Ils suivaient 80 enfants J'ai pu avoir 2 livres par enfant cette année-là.

OM : Depuis 6 ans, comment a évolué l'opération ?

La première année, j'étais toute seule. J'ai réuni 10 libraires la deuxième année. Il y a 3 ans, on en était 250 libraires partout en France. Cette année, on est 500. L'année dernière, 15 000 livres ont été récoltés et offerts à des enfants. 

OM : Vous êtes parrainés par La grande librairie et François Busnel. a-t-il été difficile à convaincre ? Et pourquoi le Secours populaire ?

MF : François Busnel a accepté immédiatement, il est parrain depuis l'année dernière et a rempilé sans problème. 
J'ai choisi le Secours populaire, parce que le comité local de mon quartier - où est née l'opération - était très intéressé par le livre. Pour eux, ça faisait partie de leur mission. Bien sûr, l'urgence, la plupart du temps, c'est de se nourrir, de se vêtir, d'avoir un toit sur la tête, mais ils avaient quand même notion que d'offrir de la culture, c'était important. 

OM : Quel est l'enjeu pour vous en tant que libraire ? ? 

L'enjeu est multiple. Il y a le premier enjeu, ça, on y pense immédiatement : savoir lire tout simplement. Avoir plaisir à lire permet d'avoir un langage un peu plus divers, un peu plus riche. Quand on ne maîtrise pas les codes, on peut rester un peu coincé dans une classe sociale. D'autre part, savoir exprimer des sentiments riches et variés avec le langage. Quand on est très en colère, par exemple, il vaut mieux l'exprimer avec des mots qu'avec ces poings. C'est plus utile et c'est plus constructif aussi. 

OM : Mais Maya Flandin, on vous peut dire que cette génération-là est rivée sur ces écrans, qu'elle ne s'intéresse pas aux livres.

MF : Déjà ils écrivent énormément avec leurs écrans et finalement on se rend compte qu'ils n'écrivent pas si mal et que, en tout cas, l'écrit est en train de reprendre de l'importance. Avec des enfants jeunes, si on les intéresse aux livres depuis qu'ils sont petits, le livre constitue une respiration, justement par rapport à tous les écrans. Et puis vous allez voir, au niveau scolaire, on va être de plus en plus le nez dans des écrans parce que le manuel scolaire va se numériser. Donc le livre l'objet, avec son odeur, avec sa densité, a encore de beaux jours devant lui parce que ça nous permet vraiment de souffler. 

OM : Comment vous expliquez la générosité de vos clients ? 

MF : Oui  il faut parler de générosité. Je crois que réellement, il y a un plaisir à transmettre. Tous les ans, on sait combien d'enfants on va suivre et quel âge ils ont. Les gens ont lu des livres à leurs enfants. C'est une Madeleine pour tout le monde. Ils savent quel livre ils ont envie d'offrir.

OM : Vous êtes vice-présidente du syndicat de la librairie française. Comment la profession s'est sortie de la crise sanitaire ?

MF : Les libraires s'en sont très bien sortis. Ce fut une période qui a permis de prendre conscience de l'importance des librairies dans un centre-ville et, même en zone rurale. C'est un lieu de vie, un lieu névralgique, un lieu d'échange. On s'en est rendu compte de manière très brutale quand tout était fermé

OM : Et votre modèle économique, en plus du Click and Collect Or, vous avez pu le mettre en place tout de suite. Vous ?

MF : Oui, il y a ça aussi. Les libraires depuis très longtemps mutualisent énormément de choses. On avait déjà travaillé sur cette question et c'est vrai que ça n'a pas du tout été un problème. On a pu rester en lien avec nos clients pendant toute la crise.

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