"On ne peut pas rester sous la tente", 4ème nuit dans l'église pour une quarantaine de jeunes migrants à Lyon

Chaque nuit, depuis vendredi 8 décembre, une quarantaine de jeunes migrants dorment dans l'église du Saint-Sacrement, à Lyon. Avec l'accord du Diocèse, ils quittent leurs tentes de fortune installées dans le square voisin pour venir dormir quelques heures à l'abri de la pluie et du froid. Une réunion était prévue ce mardi 12 décembre pour trouver une solution.

Depuis quelques mois, ils sont environ 140 jeunes migrants à vivre sous des tentes dans le square Pierre-Marie Perrin, au cœur du 3ᵉ arrondissement de Lyon.  Avec le froid et la pluie, les conditions dans le campement sont devenues très difficiles. Alors certains d'entre eux ont choisi de passer la nuit à l'intérieur de l'église voisine, l'église du Saint-Sacrement, située rue Paul Bert.

Une réunion était prévue ce mardi 12 décembre avec la Métropole de Lyon et la préfecture pour tenter de trouver une solution d'hébergement et d'accompagnement pour ces jeunes. 

"Sinon où aller ?"

Entre 40 et 50 jeunes migrants ont passé leur quatrième nuit dans une église de Lyon, avec l'accord du diocèse. "C'est mieux que dehors parce qu'il fait froid. Ici, ce n'est pas comme sous la tente, mais il fait froid aussi", confiait Moussa, ce mardi matin. Tous passent la nuit à même le sol, enroulés dans un duvet ou une couverture, se protégeant comme ils le peuvent.

C'est difficile, c'est tout ce que je peux dire. Ce que l'on vit, c'est vraiment difficile. Que dire ? Tout le monde sait ce qui se passe. Ici, ça soulage beaucoup. Sinon où aller ? On ne peut pas rester sous la tente. D'autres sont malades. C'est compliqué.

Sylla

Pour le prêtre et le diocèse, il était inconcevable de ne pas leur ouvrir la porte. Mais pas question de se substituer aux pouvoirs publics. "Nous sommes comme une suppléance, mais nous ne sommes ni un dortoir, ni une hôtellerie. Simplement une maison de Dieu dans laquelle Dieu a de la compassion pour les gens qui souffrent", a indiqué le Père Renaud de Kermadec, prêtre de cette paroisse. "C'est devant leur détresse que l'église a vocation à accueillir des personnes. Mais nous n'avons ni les compétences, ni les capacités pour les accueillir de manière décente. Simplement, parce que nous sommes dans une église, elle est froide, elle est grande, il n'y a pas de sanitaires. C'est vraiment un accueil ponctuel", a aussi indiqué le prêtre. 

Retour à la rue, au petit matin

Pour l'heure, l'église leur sert de refuge contre les intempéries. Pendant quelques heures, ils sont à l'abri du froid et de l'humidité, mais c'est un toit provisoire et bien précaire. Si ces jeunes passent la nuit dans l'église, au lever du soleil, ils quittent les lieux pour retrouver la rue. L'église étant avant tout un lieu de culte. Certains regagnent leur campement de fortune situé face à l'église, d'autres se rendent au Secours Populaire pour apprendre le français. 
Tous espèrent une solution d'hébergement et que des conditions "plus dignes" leur soient offertes. Ces jeunes se sentent dans une impasse et sans solutions. "On ne sait pas ce qui va se passer, on attend que notre situation change. Les associations nous aident beaucoup pour les vêtements et la nourriture, mais on est là et on attend. On ne sait pas combien de temps ça va durer", expliquait Sylla. 

Pas de demande d'évacuation 

Depuis le 8 décembre, ces migrants ont trouvé un refuge pour la nuit dans l'église du Saint-Sacrement. Ils se sont installés juste après la messe qui célébrait l'immaculée conception. Le soir même, vers 23h, l’archevêque de Lyon, Mgr Olivier de Germay, s’était rendu sur place pour dialoguer avec eux, ainsi qu’avec les membres du collectif Soutien Migrants Croix-Rousse qui les entoure.

Le diocèse, qui affirme ne pas vouloir expulser, demande cependant aux autorités de trouver une solution pérenne. "L'archevêque de Lyon a choisi de ne pas demander l’intervention des forces de l’ordre, mais plutôt de les accueillir en attendant qu’une solution soit trouvée", a expliqué le diocèse dans un communiqué ce lundi 11 décembre. "Le diocèse de Lyon est prêt à héberger provisoirement une partie de ces jeunes migrants, mais ne peut absorber l’ensemble des demandes", conclut le texte.

Difficile prise en charge des mineurs isolés

La plupart de ces jeunes hommes sont de nationalité guinéenne, sénégalaise ou malienne. Ils se sont installés il y a plusieurs mois dans le square situé en face de l'église du Saint-Sacrement, en attendant d'être reconnus comme mineurs, selon le collectif soutiens/migrants Croix Rousse. Le campement se situe à quelques dizaines de mètres du siège de la métropole de Lyon. 

Là dehors, il y a environ 120 tentes de mineurs en recours. Le principe, c'est qu'ils soient hébergés et accompagnés durant le temps du recours qui dure 4 à 6 mois

Jean-Paul Vilain

vice-président CUM (Coordination Urgence Migrants)

 Dans l’attente de l’évaluation de leur statut, les départements ont normalement l’obligation de les mettre à l’abri. À Lyon, c'est la métropole qui est censée prendre en charge ces mineurs isolés pendant le temps de leur démarche. Mais les autorités locales peinent à les prendre en charge.

Questionné ce mercredi 12 décembre, Renaud Payre, vice-président au logement de la métropole de Lyon, en appelle à l'État. "Pour l'année 2024, nous engageons 70 millions d'euros pour prendre en charge les mineurs non accompagnés. C'est plus de 20 millions par rapport à nos prédécesseurs. Nous n'arrêtons pas, nous avons ouvert de nouveaux sites pour ces jeunes en recours : 102 places", explique-t-il. " Aujourd'hui, un grand nombre de départements baisse les bras. C'est pourquoi, le président de la métropole a écrit à la première Ministre en lui demandant de faire exercer l'égalité sur le territoire national et de trouver des solutions. (...) Nous avons besoin que l'État prenne ses responsabilités".

Cette année 2023, la métropole de Lyon a vu arriver 2600 jeunes se présentant comme mineurs non accompagnés. Ils étaient 1200 l'an dernier. Beaucoup doivent prouver qu'ils sont mineurs devant la justice avant d'être pris en charge par l'Aide Sociale à l'Enfance.