PÉDOCRIMINALITÉ : le père Joannes Rivoire, missionnaire franco-canadien accusé de pédophilie par des Inuits, est mort

En 2022, des membres de la communauté Inuit avaient fait le déplacement à Lyon pour réclamer son extradition et l'aide de la France. Ils n'obtiendront jamais gain de cause, le prêtre franco-canadien Joannes Rivoire, accusé de pédophilie, est décédé ce jeudi 11 avril à Lyon. Il vivait dans un Ehpad de la Croix-Rousse. Avec sa mort, les espoirs de le traduire en justice s'éteignent.

Le père Joannes Rivoire "est décédé jeudi après une longue maladie", a indiqué le père Ken Thorson des Oblats de Marie-Immaculée (OMI). "Nous avons conscience que cette nouvelle sera difficile, en particulier pour les survivants et leurs familles qui ont plaidé pour qu'il soit traduit en justice au Canada", a poursuivi Ken Thorson. Âgé de 94 ans, le religieux franco-canadien à la retraite était accusé par des membres de la communauté Inuit d'abus sexuels. Le prêtre était réclamé depuis des années par la justice canadienne. Il est mort en France, a annoncé ce vendredi 12 avril sa congrégation.

Accusations de pédophilie

"Nous regrettons qu'en dépit de tous les efforts, M. Rivoire ne se soit jamais rendu disponible et qu'il n'ait jamais eu à répondre aux accusations portées contre lui", a ajouté Ken Thorson dans son communiqué. 

Les faits dont le père Rivoire a été accusé, auraient été perpétrés dans le Grand Nord canadien dans les années 60 et 70. Il était alors en mission au Nunavut. Le nonagénaire n'a finalement jamais été inquiété malgré de nombreuses plaintes et plusieurs demandes d'extradition émanant du Canada. Le nonagénaire, qui vivait depuis plusieurs années dans une congrégation à Lyon, a toujours récusé ces accusations.

"Je suis heureux qu'il soit parti, bon débarras", a réagi vendredi Steve Mapsalak, qui l'accusait de l'avoir agressé sexuellement. Ce résident du nord canadien s'était déplacé en France en 2022  pour soutenir la demande d'extradition d'Ottawa. "Je lui ai rappelé dans ma propre langue les très mauvaises choses qu'il m'avait faites et je lui ai dit que je méritais des excuses, qu'il n'a jamais prononcées", a-t-il déploré.

"Regarder le diable dans les yeux"

Le 15 septembre 2022, cette délégation d’Inuits était même venue en France et entendait ainsi alerter l'opinion publique. Parmi eux, victimes et familles de victimes. Steve Mapsalak avait trouvé la force de témoigner publiquement devant la presse. Tout comme Steve et Tanya Tungilik, fils et fille de victimes. Ces derniers avaient évoqué une enfance brisée par l'alcoolisme de leur père. Un homme mort prématurément, hanté par les agressions du prêtre. "J'ai regardé le diable dans les yeux. Il n’éprouve aucun remords !", avait alors déclaré Tanya Tungilik. 

Pour l'organisation Inuit Tapiriit Kanatami, qui représente les Inuits canadiens, "il est tragique que Rivoire ait pu finir ses jours sans avoir à répondre devant la justice des abus sexuels qu'il a commis".

Mandats d'arrêt 

Le père Rivoire, qui a vécu plus de trois décennies parmi les Inuits, enseignait le catéchisme et le Français, disait la messe et officiait pour les enterrements. Mais en 1993, il a soudainement quitté le Canada au moment où les deux premières plaintes sont déposées. Un premier mandat d'arrêt est émis par le Canada en 1998. Mais aucune suite n'est donnée et il est levé en 2017. En 2022, une nouvelle plainte avait été déposée — au Canada, il n'existe pas de délai de prescription en matière de crimes sexuels — et Ottawa avait émis un nouveau mandat d'arrêt, donnant un nouvel espoir aux victimes. Mais, en octobre de la même année, la France avait rejeté la demande d'extradition vers le Canada, expliquant qu'il s'agissait d'un cas complexe et qu'elle n'extradait pas ses citoyens.

Le prêtre a toujours refusé de se soumettre à la justice canadienne. Avec la mort du père Rivoire, les questions des victimes et des familles de victimes resteront sans réponse. Elles n'obtiendront jamais justice.

Les associations de défense des victimes de pédocriminalité avaient également manifesté à de nombreuses reprises devant l'Ehpad où résidait le religieux. Parmi eux, Arnaud Gallais qui ne décolère pas et le fait savoir dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux ce samedi 13 avril.

En janvier 2023, des militants de l’association BeBraveFrance avaient organisé une action devant l’Ehpad de la Croix-Rousse où résidait le nonagénaire. 

"Pèlerinage pénitentiel"

Les procédures d'exclusion de sa congrégation engagées ces derniers mois ont, elles aussi, échoué. Fondée en 1816, la congrégation des Oblats de Marie-Immaculée (OMI) compte 3.700 missionnaires dans le monde. Elle s'était implantée dans le Grand Nord canadien au début du XXe siècle, dans des conditions extrêmes. À l'époque, elle y construit des hôpitaux et gère des pensionnats pour des enfants autochtones, qui y vivront parfois "abus", "douleur et souffrance", comme l'ont reconnu les oblats avant le "pèlerinage pénitentiel" du pape François au Canada en août 2022. Le souverain pontife a demandé lui-même pardon aux victimes, pour les violences perpétrées dans les pensionnats locaux, où entre 4.000 et 6.000 enfants autochtones sont morts de maladie, de malnutrition ou de négligence.

L'actualité "Faits divers" vous intéresse ? Continuez votre exploration et découvrez d'autres thématiques dans notre newsletter quotidienne.
Tous les jours, recevez l’actualité de votre région par newsletter.
choisir une région
Auvergne-Rhône-Alpes
France Télévisions utilise votre adresse e-mail pour vous envoyer la newsletter de votre région. Vous pouvez vous désabonner à tout moment via le lien en bas de ces newsletters. Notre politique de confidentialité