Pédophilie au sein de l'Église : des vitraux du père Ribes toujours en place, le maire de Givors s'explique

Les vitraux signés par Louis Ribes sont toujours en place dans une chapelle désacralisée de Givors, près de Lyon. Le religieux, mort en 1994, est accusé d'actes pédocriminels. Au grand dam des victimes, le maire de Givors s'interroge sur la dépose de ces vitraux. L'élu a écrit une lettre au pape pour lui demander de prendre part au débat, mais aussi à la ministre de la Culture.

Surnommé "le Picasso des églises", le père Louis Ribes est accusé d'avoir violé et agressé sexuellement des dizaines, peut-être des centaines d'enfants. Des actes de pédophilie commis notamment lors d'ateliers artistiques. Les faits se sont déroulés entre les années 60 et les années 90. Pour les victimes du père Ribes, décédé en 1994, les œuvres du curé doivent toutes être déposées. La chapelle givordine Saint-Martin de Cornas compte deux vitraux signés par le religieux. Leur dépose fait couler de l'encre et questionne. 

"Des propos violents"

La chapelle Saint-Martin de Cornas compte deux vitraux signés RIB. Colorés, réalisés par des maîtres verriers, ils représentent des scènes historiques locales. Ils seraient presque passés inaperçus sans l'affaire Ribes. Désacralisée depuis 40 ans, la petite chapelle est gérée par la commune de Givors et une association présidée par l'adjointe au patrimoine. Réalisés dans les années 50, ces deux vitraux avaient subi de graves détériorations et ont été entièrement restaurés en 1991, bien avant que n'éclate cette nouvelle affaire de pédophilie qui secoue l'Église catholique. 

Faut-il déposer ces vitraux comme le demandent les victimes de l'artiste ?
En janvier dernier, la municipalité de Givors n'y était pas favorable. Cette position s'est quelque peu infléchie. Début avril, Mohamed Boudjellaba a reçu des représentants du collectif des victimes du père Ribes. Ils lui ont confié ce qu'ils avaient subi. "Quand j'ai reçu les victimes, j'ai senti beaucoup de violences dans leurs propos", explique l'élu. Une rencontre difficile. Face au maire de Givors, de la souffrance et du désarroi teinté de colère. Mais la demande est inflexible, sans concession : les victimes veulent que les œuvres commises par leur agresseur disparaissent.. 

Le sujet est embarrassant, voire "clivant" selon le terme employé par Mohamed Boudjellaba. Si le maire explique avoir été très ému par la détresse des victimes, il n'en garde pas moins la tête froide. "Faire disparaître les œuvres ne fera pas disparaître le problème de la pédophilie. Cela ne résoudra pas le problème de la pédocriminalité", assure Mohamed Boudjellaba.

"Déposer les œuvres, effacer, nettoyer... comme si ça n'avait pas existé... ça ne répare pas les victimes et ça ne protège pas les jeunes générations", ajoute l'édile qui ne se dit pas opposé par principe à leur démontage. 

Prise en charge des victimes 

À la suite de cette rencontre avec les victimes du père Ribes, l'élu de la République a adressé une lettre au pape François, lui demandant de prendre part au débat sur les œuvres du prêtre pédophile. Il demande notamment au souverain pontife "des réponses concrètes en matière de soins des victimes", de leur prise en charge et d'un accompagnement individualisé. Car les victimes lui ont confié se sentir abandonnées.
Pourquoi avoir envoyé une missive à la plus haute personnalité de l'Église catholique ? "C'était mon rôle d'élu de réagir", explique-t-il.

Ces personnes, victimes du père Ribes, doivent se reconstruire. Elles ont besoin de soins. Il faut les accompagner dans leurs souffrances personnelles, les aider.

Mohamed Boudjellaba

Maire DVG de Givors

Le maire a notamment proposé à la délégation de supprimer la signature de l'artiste, ou encore d'apposer "un écriteau explicatif" devant les œuvres, mentionnant le passé pédocriminel de l'auteur. Propositions repoussées selon l'élu.

Mohamed Boudjellaba indique aujourd'hui ne pas avoir pris de "décision définitive" concernant la demande des victimes du père Ribes. Le maire explique "ne pas avoir fermé la porte" à une dépose des vitraux. Il appelle surtout à élargir le débat.

Responsabilité(s)

C'est en ce sens que l'élu a également adressé une lettre à la ministre de la Culture, Rima Abdul-Malak cette semaine pour demander des directives claires. Dans son courrier, Mohamed Boudjellaba propose aussi la mise en place d’un débat national "sur le destin des œuvres d’artistes ayant un passé criminel". Un débat associant victimes, spécialistes du soin, élus, experts du patrimoine... 

Face à la polémique, l'élu se retrouve dépassé, voire exposé. C'est aussi la raison pour laquelle le maire de Givors a également décidé de se tourner vers la ministre de la Culture. "Dans ma lettre, je demande à la ministre une ligne de conduite sur ce type d'œuvres. Que faire de ces œuvres ?" indique l'élu. Au-delà de l'affaire Ribes, le maire évoque aussi Gauguin, Gide, Picasso ou encore Polanski. "La ministre est la garante des œuvres. Qui suis-je ? Quelle est ma légitimité ?", s'interroge encore une fois le maire de Givors. Pour l'élu, la décision ne doit pas "émaner d'une seule personne". 

Dans cette affaire, l'Église botte-t-elle en touche ? Dans un communiqué commun daté de février 2022, les trois diocèses concernés par les exactions du père Ribes rappellent que "les communes étant propriétaires des églises, c’est à elles que revient de prendre une décision." "Le diocèse de Lyon se tient à leur disposition pour les accompagner dans cette démarche", précisaient les autorités religieuses dans leur texte.  

Une chose est certaine : si les vitraux du père Ribes doivent être retirés de la petite chapelle, ils ne le seront pas avec de l'argent public, assure l'édile givordin. Resterait aussi la question de leur remplacement.

De leur côté, les victimes du Père Ribes, qui se sont regroupées en collectif l'an dernier, demandent purement et simplement le retrait des vitraux et autres peintures signés par le père Ribes qui émaillent les églises de la région. Ils ont également lancé une pétition en ligne pour obtenir le retrait des vitraux de la chapelle de Givors. Elle a reçu plus de 5 800 signatures à ce jour.

Affaire Ribes : 3 diocèses éclaboussés

Les agissements de Louis Ribes ont éclaté au grand jour à l'été 2021, alors que les premiers signalements d'abus parviennent au diocèse de Lyon. Une affaire qui éclate peu de temps avant le rapport de la Commission Sauvé sur les abus dans l'Église en France. Une nouvelle affaire bien embarrassante, peu de temps après l'affaire du père Preynat et les procès du cardinal Barbarin. 

On parle alors de nombreux enfants abusés des années 60 au début des années 90 par le père Louis Ribes. Le religieux est décédé en 1994 à 74 ans. 

On compterait 49 victimes du père Ribes qui se sont aujourd'hui officiellement manifestées auprès de la Commission sur les abus sexuels dans l'Église catholique (Ciase). Des plaintes ont également été déposées dans les diocèses de Lyon, Grenoble-Vienne et Saint-Etienne. 

Des œuvres à l'index

Originaire de Grammond dans la Loire, Louis Ribes était un religieux et surtout un artiste reconnu dans la région. Une quarantaine de vitraux conçus par lui ornent plusieurs églises de la région lyonnaise.

En mai 2022, le collectif des victimes du père Ribes organisait sa première conférence de presse pour rendre public son combat. Faute de procès, les victimes de Louis Ribes réclament depuis des mois à cor et à cri le retrait des œuvres du prêtre pédophile. Ce serait un gage de respect des souffrances endurées et une prise en considération de leur parole de victimes.

Récemment, Loire-sur-Rhône et Charly, qui compte le plus grand nombre de vitraux signés par Ribes (11 au total), se sont engagées à retirer le plus rapidement possible les vitraux polémiques.