Pomme : "Faire de la musique pour faire ce que les autres me disent de faire, ça n'a aucun sens"

C'est la Fête de la Musique sur France 3 ! Nous vous proposons une émission spéciale de #Studio3, dont la vocation est de révéler des talents de la région Auvergne-Rhône-Alpes. L'occasion de poser quelques questions à la chanteuse lyonnaise Pomme qui revient sur son propre début de carrière.

La chanteuse lyonnaise Pomme à l'occasion de l'enregistrement de l'émission #Studio3 diffusé en juin 2021 sur les antennes de France 3 Auvergne-Rhône-Alpes.
La chanteuse lyonnaise Pomme à l'occasion de l'enregistrement de l'émission #Studio3 diffusé en juin 2021 sur les antennes de France 3 Auvergne-Rhône-Alpes. © Nicolas Robin

Avec deux Victoires de la Musique (Album révélation en 2020 et Artiste féminine en 2021), un album (Les Failles Cachées) certifié Disque d'Or à l'automne 2020, à 24 ans, Pomme a su trouver sa place dans le paysage musical français. Son univers a su attirer aussi bien les professionnels que, et c'est sans doute le plus important, le public. Pourtant, quand on évoque avec elle ses débuts, ses premiers pas dans le monde impitoyable de la musique, la chanteuse lyonnaise se rappelle que tout n'a pas toujours tourné comme elle l'aurait souhaité, avouant des concessions qu'elle n'acceptera plus.

A l'occasion de l'enregistrement dans les locaux de France 3 Auvergne-Rhône-Alpes, à Lyon, de l'émission spéciale #Studio3 (voir plus bas) dont elle est la marraine, Pomme s'est confiée à nous, revenant sur la difficulté d'émerger et d'exister en tant qu'artiste, en tant qu'individualité, dans une industrie qui a une tendance au formatage à tout prix. L'occasion, en filigrane, de donner des conseils aux jeunes artistes qui rêvent d'entrer un jour dans la lumière.

Pomme, comment faire pour percer, aujourd'hui, dans le monde de la musique ?
Je crois qu’il n’y a pas qu'un seul parcours. Je pense qu'il y a autant de parcours que de gens qui font de la musique ou qui font de l'art en général. Il y a mille manières d'arriver à ses fins. Et puis, avoir du succès, c'est aussi propre à chacun, c'est hyper subjectif en fait. Ça dépend des objectifs de chacun. Moi, je sais que j'avais envie de faire de la scène, c'était le plus important pour moi. Donc, j'ai tout mis en œuvre pour trouver un tourneur, j'ai organisé toute ma vie autour de ça, j'ai fait des concerts dans des bars à Lyon au tout début et puis, après, je suis allée à Paris pour chercher des tourneurs et faire des concerts, et faire venir des tourneurs à mes concerts. Ça a été l'axe principal de mon projet. Après, il y a des gens pour qui le tourneur, c'est peut-être moins important, et ils préfèrent aller en studio et faire des collaborations. Je pense que la première chose, c'est d'identifier ce qu'on veut en tant qu'artiste, et quels sont les objectifs qui sont les objectifs de chacun.

Durant vos premières années, avez-vous songé à abandonner et faire tout autre chose ?
Après le premier album, j'ai songé à arrêter parce que je n'avais pas fait l'album que je voulais faire. J'avais été un peu brimée dans ce que je voulais faire et je n'avais pas pu avoir la liberté artistique que j'avais besoin d'avoir. Je me disais : à quoi bon faire de la musique et faire de l'art si je ne fais pas ce que je veux, ce que j'aime et ce que je suis profondément. Faire de la musique pour faire ce que les autres me disent de faire, en fait, ça n'a aucun sens. Du coup, j'ai fait mon deuxième album un peu en réaction à ça, en ayant aucun avis extérieur et de la manière la plus indépendante possible. Ça a été un peu une réaction de survie de me dire soit je continue la musique et je fais de la musique comme je l'entends, soit j'arrête parce que ça ne sert à rien de faire de la musique pour les autres et en fonction de ce que me disent les autres.

Quand on est une femme, on a un peu plus de bâtons dans les roues, à savoir du sexisme ordinaire, à savoir du fait que on est vachement plus sujettes à être modelées, à avoir tout le monde qui donne son avis, à avoir un avis sur son apparence.

Quels conseils donneriez-vous à de jeunes artistes ?
Dans mon expérience, j'ai tendance à conseiller aux gens de ne jamais faire de compromis même quand on a l'impression que c'est pour arriver à ses fins, que c'est pour anticiper peut-être un succès. Je pense notamment aux compromis pour rentrer dans les cases des médias, des radios, des télés. Pour moi, ça n'a jamais fonctionné. C'est-à-dire pour mon premier album, j'ai tout fait pour rentrer dans les cases et je ne suis jamais passée à la radio, je ne suis jamais passée à la télé. Mon deuxième album, j'ai tout fait pour être fidèle à moi-même et pour éviter l'injonction à rentrer dans les cases, et c'est la première fois où les médias se sont intéressés à mon projet. Je pense que, en tout cas dans mon expérience encore une fois, qu'il y a autant d'expériences que de gens, mais faire des compromis, ça n'a jamais été positif et je me suis promis, après le premier album, de plus jamais faire de compromis. A aucun prix. Pas de compromis, c'est fini.

Est-ce plus difficile de percer, de rencontrer le succès, quand on est une femme ?
En fait, je pense que ça rajoute. C'est dur d'avoir du succès dans la musique aujourd'hui pour n'importe qui, hommes et femmes confondus, parce qu'il y a beaucoup de gens, beaucoup de gens très talentueux. Evidemment, il y a de la place pour tout le monde mais dans les médias, en fait, invitent un peu toujours les mêmes et c'est compliqué de se faire une place dans les médias français, auprès du grand public. Quand on est une femme, oui, on a un peu plus de bâtons dans les roues, à savoir du sexisme ordinaire, à savoir du fait que on est vachement plus sujettes à être modelées, à avoir tout le monde qui donne son avis, à avoir un avis sur son apparence, ce qui n'est pas forcément le cas des chanteurs. On voit que des chanteuses, des jeunes femmes chanteuses, sont beaucoup plus jugées sur leur apparence que sur leur musique. On parle beaucoup d'autres choses. On a beaucoup parlé de mon orientation sexuelle, de mon physique, et, parfois, on en oublie un peu la musique. Je pense que, aujourd'hui, il faut vraiment savoir ce qu'on veut. Il faut être hyper ferme, qu'on soit une fille ou un garçon, dans cette industrie qui n'est pas facile tous les jours. Avant même de se lancer et de vouloir trouver des partenaires et trouver un public, il faut connaître précisément ce qu'on veut et ce qu'on ne veut pas pour avoir les armes, pour refuser les choses qu'on n'a pas envie de faire et n'aller que vers ce qu'on a profondément envie de faire.

#Studio3, l'émission

#Studio3 est une rencontre, celle d'artistes régionaux d'un côté et du public de l'autre. Le lieu de la rencontre ? La télévision sur France 3 Auvergne-Rhône-Alpes et internet avec notre page Youtube. Vous y découvrirez régulièrement des artistes, des compositeurs, des chanteurs, issus des territoires d'Auvergne et Rhône-Alpes, venus enregistrer des morceaux musicaux dans nos locaux de Clermont-Ferrand, Grenoble et Lyon.

A l'occasion de la Fête de la Musique 2021, France 3 Auvergne-Rhône-Alpes et France 3 Bourgogne-Franche-Comté ont produit une émission spéciale. Ce grand #Studio3 s'articule autour de jeunes talents des deux territoires et affichent un parrain et une marraine prestigieux : la Lyonnaise Pomme et le Bisontin Guillaume Aldebert.

 

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