PORTRAIT. La broderie contre la violence en Iran, l'art délicat de Ghazale Bahiraie

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La broderie en soutien à la jeunesse iranienne et pour oublier la guerre et l'exil. ©Sylvie Adam et Valérie Benais, France 3 Rhône-Alpes

Le musée Paul Dini de Villefranche sur Saône expose depuis quelques semaines les œuvres de jeunes artistes émergents, récemment diplômés. Et parmi eux une artiste iranienne qui a choisi la broderie d'art comme écho à la lutte des jeunes contre le régime. Rencontre.

L'exposition du musée Paul Dini a pris pour nom "L'appel du Large". Dix artistes aux origines multiples, récemment diplômés et au tout début de "leur voyage artistique".

Et parmi ces jeunes talents, l'histoire très singulière, cousue de fil rouge de Ghazalé Bahiraie. Venue de Téhéran à Lyon pour suivre son mari mais aussi pour mettre à distance la violence de son pays, elle a choisi la broderie pour exprimer la douleur de l'exil et son soutien aux jeunes iraniens en révolte.

"Après le suicide d’un étudiant, Mohammed Moradi en décembre 2022, raconte Ghazalé. J’ai considéré que la broderie est un moyen d’expression pour moi. C’est une forme de thérapie, je pourrais dire. Pour exprimer le deuil et la solitude, je n’ai pas trouvé d’autre moyen. En tant qu’artiste et mère, j’essaie de rendre hommage à tous ces héros du quotidien qui ont participé à cette révolte."

Chaque point, chaque mouvement de fil et aiguille sur le tissu raconte une histoire pour moi en fait.

Ghazalé Bahiraie, artiste brodeuse

Ghazalé pique son aiguille, coud des couleurs qui accompagnent le mouvement Femmes Vie Liberté. Comme le rouge écarlate de ses coquelicots entourés d'hommes en armes. "Le rouge est le symbole du sang des martyres", précise la jeune femme.

"J’essaie d’exprimer mon chagrin et mon espoir, ma lutte contre le gouvernement. C’est mon moyen de parler, de manifester de loin. Je ne suis pas présente mais je peux l’être à travers mes œuvres."

La délicatesse de son travail, la légèreté du tissu est en confrontation avec la réalité violente de son pays.

Le Grand Large, site de rencontres entre artistes et découvrir

Ghazalé Bahiraie fait partie des 31 artistes en résidence hébergé.es par l'association Le Grand Large. Cette pépinière de la jeune scène artistique accompagne la professionnalisation de jeunes artistes diplômé·e·s des 5 écoles d'art et de design d'Auvergne-Rhône-Alpes. Mais aussi venus d'autres horizons : Ghazalé, diplômé de l'Ecole des Beaux-Arts de Téhéran a rejoint la France en 2016.

L'association Le Grand Large, créée en 2013 d'abord à Décines-Charpieu est désormais installée dans le 7e arrondissement de Lyon. Elle se veut un site ressource de la jeune création d'art en invitant dans sa ruche galeristes, collectionneurs, directeurs de musées ou critiques d'art.

L'exposition l'Appel du Large est à découvrir au Musée Paul Dini de Villefranche sur Saône jusqu'au 22 septembre 2024.