Propulsé par Louis Vuitton, le créateur lyonnais Erik Barray a révolutionné l'art de la vannerie

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Écrit par Yannick Kusy (@yannkusy) Propos recueillis par Alain Fauritte
Erik Barray, créateur vannier à la réputation internationale, a participé à la dernière édition de la fête des lumières à Lyon en 2021, en redonnant une âme au Parc de la Tête dOr
Erik Barray, créateur vannier à la réputation internationale, a participé à la dernière édition de la fête des lumières à Lyon en 2021, en redonnant une âme au Parc de la Tête dOr © france 3

Il aime dire qu'il est issu des "gens de peu". Cet enfant rêveur, fils d'éclusiers de la Marne, est devenu un artiste renommé et innovant, parcourant le monde à la rencontre d'autres cultures. Erik Barray fut l'un des grands créateurs de la dernière Fête des lumières de Lyon. Rencontre dans "Vous êtes formidables" sur France 3

Artiste vannier, sculpteur végétal et éco-designer, Erik Barray fut l’un des magiciens de la Fête des lumières 2021 à Lyon. Cet artiste y a déjà participé à plusieurs reprises. Lors de la dernière édition il a accepté de relever le défi de donner un supplément d’âme au parc de la Tête d’Or, avec son installation « végétal’lum »

Une enfance entre péniches et cabanes 

Son parcours a débuté dans le village de Perthes, en Haute-Marne. Ses parents, éclusiers, vivaient au bord de la Marne. « C’était assez magique, car j’étais en voyage immobile. Les péniches passaient et avec elles, les manouches. Ils avaient l’art de jouer avec le feu, et, surtout, ils tressaient. Ils fabriquaient de la vannerie et des paniers. Et moi, je les fréquentais... »

Enfant, Erik préférait d’abord fabriquer… des cabanes. « Les cabanes, c’est la liberté. Il ne faut jamais perdre son âme d’enfant. On peut jouer avec très peu. Un simple bout de bois. Mettez un enfant dans la nature et il est heureux, quoi. » Lui a su la conserver, et s’étonne parfois, au XXIème siècle, dans un monde où tout est connecté, de pouvoir vivre de la vannerie. « Je trouve ça génial. Je pense qu’il y a toujours de la place pour le rêve et la beauté. »

Le discours d’un amoureux de la simplicité, mais certainement pas passéiste. « Jamais ! Quelle horreur ! J’utile des matériaux contemporains, notamment de la Led. Je rencontre ce monde nouveau. »

On était d’un milieu de peu.

Ses parents étaient modestes, et espéraient que leur fils fasse de longues études.  « On était d’un milieu de peu. Leur éducation était à la fois rude et libre. On avait de grands espaces. Ils auraient certainement aimé que je devienne instituteur » Mais Eric leur annoncera qu’il veut faire… de la vannerie. « Ils ont sauté au plafond. Ca les renvoyait aux manouches. Mais moi, j’étais heureux de faire ce choix. »

C’est finalement à l’Ecole nationale d’osiériculture et de la vannerie de Fayl-Billot, à quelques kilomètres de là, qu’il apprendra son art. Un institut dont il apprit l’existence par hasard. « Un jour, au lycée, lors d’une représentation de théâtre, j’ai vu des paniers sur la scène. Les comédiens venaient justement de cette école. Lors j’ai décidé de les y rejoindre. C’est le destin ».

Le groupe Louis Vuitton lui donne sa chance

Sa carrière va débuter par la fabrication de paniers à pains pour les boulangeries, ainsi que des corbeilles à fruits. Jusqu’à 1993, où un événement va bouleverser sa vie. Le groupe de luxe LVMH lui confie la décoration des vitrines de ses 150 magasins dans le monde. « J’habitais déjà Lyon et j’étais allé participer à un salon « objets d’art » à Paris, avec mon petit véhicule. La taille de la voiture m’avait donnée l’idée de créer des objets en gigogne, qui s’emboitaient les uns dans les autres. » Arrivé sur place, ses créations font sensation. « C’était une époque où je colorais beaucoup mes objets. Je peignais mes saules, avec des envies vraiment pop-art. De la couleur, de la joie. C’est comme ça que j’ai été repéré. Je suis passé dans Vogue magazine. Un bol de fou, quoi. »

C’est ainsi qu’il se retrouve face aux représentants de la marque Louis Vuitton. « Au début, ils me proposent une vitrine. Celle du magasin emblématique de la marque, avenue Marceau. Puis un second... » Jusqu’à accepter de décorer tous les magasins. Un énorme défi.

Voyage auprès des vanniers du monde entier

L’enfant qui regardait passer les péniches a laissé place à l’adulte qui ne s’est pas privé de voyager à travers le monde. Parmi ses premières destinations de prédilection, l’île Rodrigues. C'est la plus petite des îles principales de l’archipel des Mascareignes. Elle est surnommée « la Cendrillon des Mascareignes ». D'origine volcanique, l'île se situe à 583 km à l’est de l'île Maurice, presque isolée au centre de l’océan Indien. « Son peuple y vit d’une façon libre et joyeuse. Une simplicité d’être et de vivre qui m’a marqué. J’ai lu le roman de Jean-Marie Gustave Le Clézio, évidemment. J’ai surtout aimé ce peuple très solidaire. Un vrai coup de cœur.»

Il ne fallait pas grand-chose pour déclencher, dans ces pays, l’envie de créer. Tout y est utile. On ne gâche pas.

Erik fera d’autres voyages, notamment vers l’île Maurice. En gardant, toujours, un lien avec la vannerie. « On m’invite pour aller travailler. Je collaborais pour le  groupe d’échanges et de recherches technologiques. L’idée étant d’échanger des cultures. Il ne fallait pas grand-chose pour déclencher, dans ces pays, l’envie de créer. Tout y est utile. On ne gâche pas. » Inspiré par ces peuples, Erik Barray parle volontiers d’éco-design. « Ce qui est nature nous relie tous. On a tous eu, dans sa vie à la maison, une petite corbeille. C’est intemporel et immatériel. »

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Eric Baray répond à la question fort minable ©présenté par Alain Fauritte

La vannerie est un art ancestral. Difficile, pour notre expert, d’en définir les origines. Il préfère laisser vivre son imaginaire : « Je vais vous dire une chose toute bête. Imaginez que vous êtes dans une clairière. Nous sommes au début de l’été. Vous mangez des baies. Vous êtes entouré d’animaux sauvages et vous portez peu ou pas de vêtements. Très vite, vous pensez à votre clan. Et là, il vous faut… un contenant. Et là, vous observez autour de vous. Je suis persuadé que nous avons copié le travail des oiseaux dans leur manière de fabriquer des nids. L’homme n’a rien inventé. »

Rencontre avec les indiens Quechua

Retour à notre époque. La vannerie varie selon les lieux et les matériaux. « J’ai eu la chance d’aller, récemment, travailler à Kito dans un village avec les indiens Quechua. On a utilisé la tortora, qui sert à tout. On l’utilise, par exemple, pour fabriquer des bars tressés qu’on trouve le long du lac titicaca. Avec ça, on peut faire du flottant, du contenant, et même des berceaux pour enfants…et aussi de la création. » Invité à s'y rendre dans le cadre de la Fête des lumières de Lyon, il a naturellement fait le choix de créer des œuvres sur place. « On n’allait pas gaspiller de l’énergie pour y transporter des sculptures venues de France. Mieux valait les élaborer là-bas. Et travailler avec les gens qui tressent sur place. »

Le créateur a aussi voyagé sur l’Ile de la Réunion. Avec une préférence pour le sud de l’île, moins touristique. « Avec la proximité du volcan, la terre est noire. On découvre d’incroyables rapports de matière entre la lave et l’océan. Et c’est là qu’on trouve les vanniers. Ils tressent le vaqua. Une plante qui fait de grandes feuilles, dont on va tirer des éclisses, que l’on va tresser. Tout en mangeant le fruit de la plante. C’est pas si évident, car c’est une espèce très coupante… » raconte-t-il.

J’ai créé des choses. J’ai mis les pieds dans le plat. Jusque-là, la vannerie était un peu sage

Au-delà des multiples matériaux, Erik Barray n’hésite pas à inventer. « Je crois que j’ai la curiosité de transformer, transfigurer, désapproprier. Oui, j’ai créé des choses. J’ai mis les pieds dans le plat. Jusque-là, la vannerie était un peu sage. A mes vingt ans, j’ai un peu cassé le moule. Cela m’a permis d’être repéré. Et je pense qu’il y a beaucoup de choses à faire, encore, aujourd’hui. » Une audace qui lui a donné un nom, connu en France comme à l’étranger.

Ce qui ne l’empêche pas de prendre le temps d’enseigner, notamment à des personnes en situation de handicap. « La première fois que j’ai rencontré une personne non-voyante, on a dû apprendre à communiquer. En se touchant les mains, on a pu comprendre des formes, des volumes. Leur dextérité est impressionnante et m’a vraiment ému. Ça ouvre des portes sur nous-même. »

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