Religion : les fidèles privés de lieu de culte à cause du coronavirus Covid 19

L'Imam Aissa Righioui à la Grande Mosquée de Lyon ce vendredi 27 mars pour un office à huis clos diffusé en direct sur facebook / © photo : Grande Mosquée de Lyon
L'Imam Aissa Righioui à la Grande Mosquée de Lyon ce vendredi 27 mars pour un office à huis clos diffusé en direct sur facebook / © photo : Grande Mosquée de Lyon

A l’instar des catholiques, les responsables des mosquées et des synagogues cherchent eux aussi des solutions pour permettre à leurs fidèles de rester en lien avec leurs lieux de culte. Et c’est parfois compliqué à mettre en place même si les réseaux sociaux sont utiles. 

Par Myriam Figureau

Il y a quelques jours, le récitateur du Coran de la Grande Mosquée de Lyon a fait l’appel du haut du minaret pour se joindre à celui des catholiques, qui ont fait sonner les cloches des églises de la ville. Le dialogue inter-religieux continue à Lyon.

                                                                                                                                                                                                                                         C'était mercredi 25 mars, jour de l’Annonciation pour les Chrétiens, l’occasion pour tous les fidèles de prier pour les personnels soignants des hôpitaux et pour les malades. «Une manière de montrer aussi qu’il y a de la vie» commente Kamel Kabtane, recteur de la grande Mosquée.

Vendredi, jour de grande prière pour les musulmans, la Grande Mosquée a organisé un office en direct sur les réseaux sociaux. Une caméra a été installée, les essais ont été réalisés ces derniers jours et les fidèles ont donc pu, ce vendredi 27 mars à 13h, prier à distance et en commun presque comme tous les vendredis. C’est en effet ce jour de la semaine où les mosquées reçoivent le plus de pratiquants : 3500 à 4000 à la Grande Mosquée du boulevard Pinel dans le 8e arrondissement de Lyon.

Dans son prêche, l'imam officiant Aïssa Righioui a rappelé que le confinement n'est pas nouveau "il nous a été conseillé par le Prophète en cas d'épidémie." L'Imam a ensuite exhorté chaque fidèle à rester chez lui:  "fais de ta maison une mosquée, une bibliothèque, une salle de jeux pour tes enfants". Une prière d'une vingtaine de minutes environ quand l'office dure en principe une heure.

 

Pas d'office en direct pour les Juifs pendant Shabbat

En revanche chez les juifs religieux, pas d’office virtuel du vendredi soir au samedi soir pendant le Shabbat.

En effet, pour suivre la tradition, les pratiquants se doivent d’être « coupés des contingences matérielles ». Explications de Missim Malka, rabbin de la Grande Synagogue de Lyon : "Dans la Torah (Lévitique 23), tous travaux nécessaires à la construction du Tabernacle sont interdits pendant le temps du shabbat. Le tabernacle est le temple portatif qu'utilisaient les juifs pendant l'exil. Il était interdit notamment d'allumer un feu. Les Sages ont donc étendu cette pratique à l'électricité". 
 
La Grande Synagogue de Lyon en 2015 lors de l'installation du rabbin Missim Malka. La synagogue a fermé ses portes le dimanche 15 mars pour cause de coronavirus / © PHOTOPQR/LE PROGRES/JEGAT MAXIME
La Grande Synagogue de Lyon en 2015 lors de l'installation du rabbin Missim Malka. La synagogue a fermé ses portes le dimanche 15 mars pour cause de coronavirus / © PHOTOPQR/LE PROGRES/JEGAT MAXIME

Le rabbin enregistre donc une partie de l'office avant l'heure du coucher du soleil afin que les pratiquants puissent regarder la vidéo avant le début du shabbat. En revanche, en semaine, les offices peuvent être célébrés et diffusés en direct.
A chaque office, le message se veut positif. " Dans ce climat anxiogène, précise Missim Malka, il faut tirer un maximum de positif de cette période inédite, improbable. Chacun doit réfléchir à sa vie, revoir ses priorités"

Pour la communauté de la synagogue Tilsitt, beaucoup d'initiatives passent par des groupes What's app : différents collectifs s'occupent spécifiquement des personnes âgées, de l'aide aux devoirs et surtout de l'étude des textes sacrés, un devoir fondamental dans la religion juive.

Des inquiétudes pour le Ramadan et pour la Pâques juive

Mais toutes les énergies se tournent maintenant vers les fêtes religieuses en attendant l’annonce très probable du prolongement du confinement et donc celle de la fermeture des lieux de culte.
Les musulmans doivent entamer le mois de jeûne aux alentours du 24 avril. Un temps durant lequel les fidèles sont plus nombreux encore à se rassembler pour prier. A la mosquée de Lyon, 300 à 400 personnes choisissent même de manger sur place au coucher du soleil. 

De leur côté, les Juifs doivent commencer les célébrations de la Pâques, Pessah, à partir du 8 avril au soir jusqu’au 16 inclus. Au-delà des cérémonies, c’est la fête religieuse familiale par excellence, celle où les familles entières sont réunies pour le shabbat.
« J’ai près de 60 ans et ce sera la première fois de ma vie où je célébrerai Pessah seulement avec mon épouse », nous confie un pratiquant de la Grande La phrase d'introduction au repas de Pessah précise en effet que personne ne doit rester seul à cette occasion: " quiconque a faim, qu'il vienne et qu'il mange". Un précepte bien évidemment impossible à appliquer en plein confinement.
"Il a été très difficile pour nous de devoir décider de la fermeture de la synagogue", commente le rabbin Malka. Historiquement, elle n'a quasiment jamais été fermée sauf bien évidemment pendant la seconde guerre mondiale notamment pendant deux mois à la suite de l'attentat du 10 décembre 43! Et certaines prières ne peuvent être faites qu'en communauté". 

Malgré tout dans chacune des communautés, le message délivré est à l'optimisme et à la responsabilité.
 

Sur le même sujet

Les + Lus