Santé mentale : Le Vinatier à Lyon poursuit sa mue pour "redevenir une référence nationale" en psychiatrie

Changement d'identité et nouveau cap pour le Vinatier qui veut se moderniser. L'établissement souhaite devenir la référence nationale dans le domaine de la recherche sur les maladies mentales.

Ne dites plus "Centre hospitalier Le Vinatier", mais "Le Vinatier - Psychiatrie universitaire Lyon Métropole". Un changement de nom pour prendre une nouvelle direction, baptisée "projet d'établissement CAP 2028".

Derrière ces noms se dessinent les ambitions du Vinatier pour les quatre prochaines années. Une mue qui a commencé à s'opérer en 2019 lorsque le directeur, Pascal Mariotti, arrivé deux ans auparavant, profite d'un changement de gouvernance voulue par les médecins. "La psychiatrie était trop compliquée et verticale. Elle n'a pas toujours donné l'impression d'être prête à bouger. Nous sommes un service public. Nous devons nous adapter à ce qu'on sert. Il n'y a pas de solution dans l'immobilisme.". Jusqu'en 2023, lui et son équipe installent de nouvelles bases organisationnelles.

Innovation et recherche

Le Vinatier est au service d'une population de 850.000 habitants. Autant que celui de Saint-Égrève, près de Grenoble, où exerçait le directeur auparavant. "Le Vinatier a un budget deux fois plus élevé que l'hôpital de Saint-Égrève. Nous sommes le premier établissement en production de recherche avec Saint-Anne à Paris".

Seul centre hospitalier français à avoir une direction recherche et innovation, Le Vinatier s'oriente vers un nouvel axe de travail, l'innovation numérique. La santé mentale serait un domaine très perméable et favorable à l'innovation, selon son directeur. "On arrive à embarquer des personnes avec des troubles psychiques et psychiatriques, et à impliquer les aidants". À titre d'exemple, les équipes du Vinatier développent une application, en partenariat avec les commerçants et responsables de lieux publics, à destination des autistes. L'application indiquera les créneaux horaires où la musique et la lumière seront moins fortes dans leurs établissements pour ces patients souffrant d'hypersensibilité.

Le projet CAP 2028 compte sur les "700 à 800 chercheurs de l'est lyonnais pour être un laboratoire de transformation de la psychiatrie en France". Selon son directeur, "il faut effacer le concept d'hôpital et mettre en avant le caractère disciplinaire. Le Vinatier doit redevenir une référence nationale".

Mieux diagnostiquer en étant présent sur le territoire

Le Vinatier prévoit de se déployer sur le territoire métropolitain. Il accueille 30.000 patients par an, deux fois plus qu'il y a 15 ans.

En 2027, un nouveau site de psychiatrie pour enfants et adolescents ouvrira pour couvrir le secteur Rillieux-la-Pape - Caluire - Val de Saône. Le nombre de problèmes de santé mentale chez les jeunes a explosé avec le Covid et le nombre de jeunes patients ne cesse d'augmenter. Le Vinatier compte 7000 enfants et adolescents parmi ses patients, soit 1000 de plus que l'année précédente.

Un autre site est prévu également dans le 8ᵉ arrondissement de Lyon. L'objectif est de prévenir les maladies mentales. "Nous travaillerons sur les premiers signes et interviendrons au plus tôt pour ne pas abîmer l'autonomie du patient" précise Pascal Mariotti. Une autonomie accrue observée chez certains patients suivis à domicile. Aujourd'hui, 10% de l'activité du Vinatier est produite au domicile du patient. L'objectif de la direction est d'atteindre 25%. En quelques années, le nombre de lits est passé de 800 à 570.

Pour les patients porteurs de TDAH (troubles de l'attention avec ou sans hyperactivité), un nouveau bâtiment les accueillera. Une dizaine de lits y seront dédiés aux patients atteints de troubles neuro-développementaux.

Rendre le métier d'infirmier plus attractif

Après avoir été déficitaire, le budget du centre du Vinatier est désormais excédentaire. "Nous avons un programme d'investissement de 100 millions d'euros", se félicite son directeur, qui mise sur l'attractivité des métiers. En 2018, 140 postes d'infirmier manquaient sur le centre. Le directeur en dénombre aujourd'hui une quarantaine. "Nous avons amélioré les conditions de travail. Une équipe s'occupe de 18 patients aujourd'hui, contre 24 auparavant. Les soignants ont le sentiment de faire un travail de qualité".

Les inquiétudes des syndicats

Du côté de la CGT, Nathalie Gramage s'inquiète de cette transformation. "On ne parle plus d'hôpital, plus de parc, mais de campus". La syndicaliste craint un développement de la recherche au détriment des soins et de la prise en charge des maladies chroniques. "L'établissement pourrait devenir universitaire sans unité d'hospitalisation. En 2017, Pascal Mariotti ne souhaitait plus qu'une unité par pôle. Et nous craignons une absorption du Vinatier par les HCL".

Un projet que dément la direction, fixant son cap sur 2028.

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