"Sur 200 000 femmes porteuses, beaucoup ignorent les conséquences potentielles des implants Essure sur leur santé"

113 députés dont quatorze élus d'Auvergne-Rhône-Alpes ont adressé un courrier au ministre de la santé Olivier Véran pour l'alerter sur les implants contraceptifs Essure. Ils dénoncent une situation d'urgence et demandent des mesures concrètes. 

La présence d'étain dans les tissus a été systématiquement observée chez les femmes, anciennes porteuses de l'implant Essure, selon l'étude menée par la société Minépath, basée à Villeurbanne.
La présence d'étain dans les tissus a été systématiquement observée chez les femmes, anciennes porteuses de l'implant Essure, selon l'étude menée par la société Minépath, basée à Villeurbanne. © FTV

Le courrier date du 13 avril 2021. 113 députés ont écrit au ministre de la santé, Olivier Véran, pour l'interpeller sur la situation des femmes victimes de l’implant de stérilisation Essure. Le courrier débute par ces chiffres alarmants : 

"Ce dispositif médical serait  susceptible de générer une intoxication aux conséquences sévères dont l’évolution dans le temps est à ce jour inconnue, pour les près de 200 000 femmes qui sont actuellement implantées. Nombre d’entre elles ignorent encore les conséquences potentielles des implants Essure sur leur santé [...] A ce jour, plus de 22 000 femmes ont été contraintes, pour ne plus souffrir des conséquences néfastes induites par ce dispositif, de subir une ablation de leurs trompes et, dans bien des cas, de leur utérus, opérations vécues par ces femmes comme des mutilations. Ces femmes qui nous ont interpellés ont, pour la plupart, déclaré à l’ANSM les effets indésirables dont elles souffrent. Toutes nous disent qu’elles n’ont pas eu de retour."

Lire la lettre dans son intégralité 

Aucune réponse des autorités de santé 

Un mois et demi plus tard, aucune réponse de la part des autorités de santé. L'avocate de plusieurs patientes victimes de ces implants contextualise et rappelle que cette lettre a été envoyée en réaction à ce statu quo, "après que l’Agence Nationale de la Santé et du Médicament a annoncé des mesures concrètes en octobre 2020. Mais aucune n’a été mise en œuvre" regrette Me Caroline Paris. 

"Les députés, avec lesquels nous avons travaillé, demandent des mesures concrètes d’information et de formation des médecins. Il n’est aujourd’hui plus tolérable que les victimes ne soient pas avisées des risques encourus" ajoute-t-elle. 

Ces femmes se sentent maltraîtées par le corps médical 

Un avis que partage Anne-Cécile Groléas, porteuse de ces implants posés en 2013. Depuis, elle a dû subir une hystérectomie, ablation de l'utérus, et sa vie "est encore très compliquée et douloureuse. Je ne suis pas étonnée de ne pas avoir de réponse, à vrai dire je m'y attendais." Mais la créatrice du blog La vie après les essure suivi par 2150 abonnés ne se résigne pas pour autant. "On va pousser le gouvernement, l'ANSM, les agences régionales de santé à s'intéresser à ce qu'il se passe pour les patientes"

Anne Cécile Groléas, qui vit aujourd'hui à Vénissieux, en banlieue lyonnaise, raconte qu'elle est contactée au moins par deux ou trois nouvelles personnes par semaine. "Je suis toujours très émue par ces femmes en recherche de soutien, qui se sentent maltraitées par le corps médical."

Fatigue extrême et troubles neurologiques 

En décembre dernier une étude, menée à Lyon par les chercheurs de Minapath, confirme qu'au niveau de la soudure du dispositif de contraception, "des particules d'étain pénètrent systématiquement dans la paroi des tissus, entraînant des réactions inflammatoires"

Des femmes soupçonnent cet implant d'être à l'origine de symptômes invalidants. Après l'implantation de ce dispositif gynécologique, certaines n'ont pas tardé à se plaindre d'une fatigue extrême, de troubles musculo-squelettiques, de troubles neurologiques, de vertiges, d'une baisse de la vision ou encore de chutes de cheveux, de pertes de dents... des effets indésirables et surtout une vie de souffrances quotidiennes pour ces femmes implantées. 

Un document de référence conçu par l'ANSM et le collège national des gynécologues obstétriciens affirme que "Les données disponibles issues des signalements d’effets indésirables effectués auprès de l’agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) permettent de considérer que la majorité des femmes porteuses du dispositif ne présentent aucun symptôme." Le ministère de la santé en décembre 2020 a annoncé un plan d'action sur son site internet et précisé que : "l'’amélioration du parcours de soins des femmes et le renforcement de leur information ainsi que celle de l’ensemble des professionnels de santé, l’identification de centres capables de prendre en charge les femmes qui présenteraient des signes susceptibles d’être en lien avec le dispositif Essure font partie des axes de travail."

70 patientes ont déposé plainte

En septembre 2020, une procédure visant l'État a été déposée auprès du tribunal administratif de Lyon, ville où siège Bayer qui a commercialisé en France l'implant Essure jusqu'en 2017. En avril, près de 70 patientes ont déposé une plainte pénale après des effets indésirables du produit, et leur dossier était en cours d'analyse par le pôle santé du parquet de Paris.

 

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