TEMOIGNAGE. Une grenade lacrymogène explose sur leur fenêtre: “On a tous eu très peur” disent Marie et Vincent

Marie et Vincent filmaient la manifestation à Lyon, samedi 11 janvier, quand une grenade lacrymogène aurait explosé au niveau de leur fenêtre: "on a tous eu très peur" disent-ils. / © Twitter / Eiramniffac
Marie et Vincent filmaient la manifestation à Lyon, samedi 11 janvier, quand une grenade lacrymogène aurait explosé au niveau de leur fenêtre: "on a tous eu très peur" disent-ils. / © Twitter / Eiramniffac

"On a tous eu très peur". Leur vidéo continue de faire le buzz sur Twitter: nous avons pu interroger Marie et Vincent, étudiants en école d'ingénieurs à Lyon, qui filmaient la manifestation contre les retraites samedi 11 janvier quand une grenade lacrymogène a explosé sur leur fenêtre.

Par Renaud Gardette

Ils sont tous dans la même école d'ingénieurs à Lyon, âgés d'une vingtaine d'années. Samedi 11 janvier, la manifestation passe dans la rue de la Barre à Lyon. Dans leur appartement, Marie et son ami Vincent, ainsi que 3 autres étudiants. Le groupe d'amis est habitué aux manifestations du samedi dans ce quartier.
 

"La fumée lacrymogène s'est répandue dans tout l'appartement"

Marie: "On travaillait quand on a entendu des sirènes, comme chaque samedi avec les gilets jaunes ou des manifestations. On est sortis tous les 5 sur les 2 fenêtres. On a commencé à filmer. Il y a eu une première altercation entre la police et des manifestants. Les policiers ont riposté en lançant des lacrymogènes. Et il y a un palet de lacrymogène qui a atteri dans l'appartement et sur le bras de mon ami. La fumée lacrymogène s'est ensuite répandue dans tout l'appartement."

Marie a diffusé sa vidéo vers 16h. et ne cesse d'être relayée.
 

 

Sur la vidéo on peut entendre un clac très caractéristique, 3 secondes avant l'explosion qui a lieu au niveau de la fenêtre de l'appartement.
 

"On a tous eu très peur"

Le petit groupe d'étudiants se met alors à paniquer: "On a eu tous très peur, donc on est sortis. On a essayé de rentrer à nouveau, mais il y avait plein de fumée. On est restés une demie-heure dans le couloir, on est montés au 6e étage pour pouvoir respirer, et après on est revenus une demie-heure après."

Les étudiants sont sûrs et certains qu'il s'agit bien de gaz lacrymogène: "On avait vraiment les yeux qui pleuraient, la gorge complètement brûlée. Et on a constaté que c'était vraiment un palet de lacrymogène des forces de l'ordre."
 

"On n'était pas loin du drame"

Vincent a reçu le palet de bombe lacrymogène au niveau de sa poitrine à droite: "Je n'ai pas été blessé, mais on n'était pas loin du drame. Le palet aurait pu atterir à un autre endroit que l'épaule. J'avais une veste. Sans elle j'aurais eu des brûlures sur une épaule nue.
 

La police répond sur twitter

Dimanche 12 janvier, le compte Twitter de la Police Nationale 69 précise que personne n'a été visé intentionellement et qu'il pourrait s'agir d'un accident.
 

 

"C'est clairement faux"

Vincent réagit après cette réponse de la police nationale: "On n'a pas apprécié. Ils disent que c'est accidentel, alors que l'enquête est en cours, donc déjà on n'apprécie pas tellement çà. Et deuxièmement ils justifient le tir de grenade à cause d'une charge des manifestants qui voulaient forcer un barrage des forces de l'ordre. C'est ce qui est dit dans leur tweet. C'est clairement faux! On le voit dans la vidéo. Il n'y a jamais eu de manifestants qui ont essayé de forcer le barrage. Ils justifient l'usage de la force par ceci, ce qui est faux selon moi ."

 

"Il n'y a pas eu de gestes menaçants" 

A la question de savoir si la police les a visés intentionellement, Marie tempère: "On n'en sait rien. Une enquête est en cours, on ne sait pas. On le pensait au début, mais on se rend compte qu'on ne sait pas."

Enfin, la jeune fille affirme qu'il n'y a eu aucun geste équivoque qui aurait pu apparaître comme menaçants pour les policiers: "On était 5 étudiants à la fenêtre. Un de nous fumait une cigarette. On regardait ce qu'il se passait en bas. Il n'y a pas eu de gestes menaçants(...) Sur le moment on a été complètement choqués. On s'y attendait vraiment pas du tout. On ne l'a pas vu arriver. On a tous crié. On est sortis. Après on s'est rendu compte que tout allait bien, donc plus de peur que de mal. Sur le moment c'était la panique. On a eu très peur."
 

Le buzz

Aujourd'hui les compteurs de Twitter s'affolent, de quoi surprendre la jeune étudiante: "On ne s'y attendait vraiment pas du tout. J'ai posté la vidéo avec mon compte que j'utilise très rarement, et qui avait 30 abonnés. Et là je suis à plus de 700 abonnés! Il y a eu quelques retweets de mes amis, et après il y a eu une explosion de retweets, donc on ne s'y attendait vraiment pas."
 

Une enquête en cours

Dans la soirée, les policiers sont passés pour des constatations et une plainte a été déposée. Marie précise: "On ne sait pas ce qu'il va se passer. On laisse la police travailler. Déjà on est rassurés qu'il n'y ait personne de blessés. Plus de peur que de mal." Le groupe d'étudiants a choisi un avocat.

Les 5 étudiants essayent maintenant de retrouver un peu de calme, loin de la pression médiatique: la semaine qui vient est une semaine de partiels pour eux.

 

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