Police : à Givors, toute la brigade de nuit en arrêt maladie

Les agents de la brigade de nuit de la police nationale de Givors sont "au bord de l'asphyxie", selon un membre du syndicat Alliance. / © Patrice Lapoirie / Maxppp
Les agents de la brigade de nuit de la police nationale de Givors sont "au bord de l'asphyxie", selon un membre du syndicat Alliance. / © Patrice Lapoirie / Maxppp

L'ensemble de la brigade de nuit du commissariat de Givors, dans le Rhône, est en arrêt maladie, depuis la nuit de jeudi à vendredi 18 octobre, pour dénoncer un manque chronique d'effectifs et des difficultés de management. 

Par Mathieu Boudet

Tout un commissariat à l'arrêt. De mémoire de policiers, c'est une première dans la circonscription de Lyon : l'ensemble des effectifs de la brigade de nuit de ce secteur est en arrêt maladie depuis la nuit de jeudi à vendredi 18 octobre. "Un burn out général", selon les termes du syndicat Alliance Police Nationale, qui dénonce un manque d'effectifs chronique sur cette circonscription réputée difficile.

 

"Un appel au secours"


La brigade de nuit est composée d'une dizaine d'agents, soit la moitié des effectifs "en tenue" du commissariat. Selon les membres du syndicat, aucun agent n'était en service dans la nuit de jeudi à vendredi. Pour Pierre Tholly, secrétaire régional du syndicat Alliance, les agents souffrent d'un manque d'effectif au quotidien, et d'un "management local difficile". Et la situation risque de demeurer difficile ces prochaines nuits, car des arrêts sont déposés jusqu'au 4 novembre selon les agents en moyenne. "C'est un appel au secours. Les agents sont exténués, ils ont moins de congés, et l'ambiance est lourde. Même s'il y a des effectifs lyonnais qui peuvent intervenir en renfort, ils sont au bord de l'asphyxie. Les policiers givordiens se sentent abandonnés par leur administration et lancent un véritable appel à l'aide", explique M. Tholly. 

 

Pas le temps d'attendre les renforts de Lyon


Les agents et le syndicat Alliance demandent "une véritable prise en compte de cette situation catastrophique" par leur administration, et espèrent également une mobilisation des pouvoirs publics. La commune de Givors ne serait, selon les policiers, pas assez dotée pour faire face aux nombreuses interventions. "Une fois, il a fallu fermer carrément le commissariat pour que les agents administratifs viennent prêter main forte à une équipe sur le terrain. On n'a pas le temps d'attendre des renforts de Lyon quand c'est urgent", explique un membre d'Alliance. Alors que la commune abrite des zones sensibles, comme le quartier des Vernes, Givors n'a pas bénéficié des effectifs de Police de Sécurité du Quotidien (PSQ), contrairement à d'autres communes de la métropole qui ont bénéficié d'un classement "Quartiers à Reconquérir". Pire, le commissariat de Givors s'est vu retirer 5 agents en avril dernier, précisément pour fournir des personnels de PSQ à Vénissieux ou Lyon 8, qui, elles, bénéficient de ces nouveaux effectifs destinés aux quartiers sensibles. Et 3 agents sont partis cette année. 

 

 "On n'est pas assez pour courir partout"


Les policiers de Givors demandent, au moins, à revenir aux effectifs de début d'année. "Les chefs ont demandé régulièrement des effectifs supplémentaires. Non seulement on ne les a pas obtenus, mais en plus on nous a retiré des agents," explique un policier, sous couvert d'anonymat. "On ne parle pas de sous-effectifs, mais d'hécatombe dans le service ! La nuit, on n'a qu'un véhicule, au lieu de deux équipes sur le terrain en général. Quand il y a plusieurs interventions à la suite, on n'est pas assez pour courir partout. Qu'est-ce qu'il se passera quand on sera bloqué sur une intervention, et qu'on nous appelle pour une femme qui se fait taper par son mari ?" Un autre membre de l'équipe témoigne : "Les jeunes qui arrivent ne veulent pas rester. On a beaucoup plus de blessés que les autres services. Il y a un an, deux jeunes agents ont été pris à parti violemment par une trentaine de jeunes. Ils ont été traumatisés, ils ont demandé leur mutation. Pour rester, il faut être malade ou n'avoir peur de rien". 

 

Quartiers sensibles


Du côté de la mairie de Givors, on regrette également la "fatigue générale" de ces agents : "ils craquent les uns après les autres. On a interpellé la préfecture plusieurs fois pour demander plus d'effectifs, mais nos demandes restent sans réponse", regrette un memebre du cabinet de la maire. Cet été, les effectifs ont même été réduits alors que des tensions étaient à déplorer dans certains quartiers de Givors et de Grigny. "Plusieurs locaux municipaux ont été incendiés en juillet, puis un local de football plus récemment, et encore le week end dernier, un local associatif d'insertion a partiellement brûlé. Il faut que la police nationale mette des moyens," relève-t-on au cabinet de la mairie.  La commune dispose de son côté de 6 policiers municipaux, mais qui ne couvrent pas les missions de la police nationale : ils ne sont pas armés, n'interviennent pas sur les mêmes situations, et ne travaillent pas de nuit. 

 

Un problème généralisé


Une enquête de commandement à été ouverte par la Direction de la Sécurité Publique (DDSP) de Lyon "pour identifier les éventuels problèmes au sein de ce commissariat, et les motifs précis de ce mouvement", explique-t-on au siège de la police nationale de Lyon. "Il faut d'abord bien identifier le problème avant de prendre des mesures éventuelles", explique un responsable policier. A la question de l'urgence de la situation, la réponse est floue : "tout est fait pour aller au plus vite". Pas sûr que les policiers de Givors y trouvent une réponse suffisante, d'autant que la DDSP évoque "un problème de sous-effectifs général" à Lyon, qui n'augure pas de grands espoirs de renforts prochains à Givors. Malgré tout, en attendant une éventuelle réponse à long terme, ce sont des renforts de la circonscription de Lyon qui viennent couvrir le territoire givordien. Des agents d'autres communes sont redéployés sur place tant bien que mal : "on essaie d'équilibrer les forces pour que la couverture policière soit efficiente", explique la direction du Rhône.

 
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