Université Lyon 2 : des enseignants invoquent un “droit de retrait”, 10 jours après l'immolation d'un étudiant

L'action des enseignants pose la question de la recevabilité du motif de "droit de retrait", conditionné à un "danger grave et imminent". / © Maxime Jegat / Maxppp
L'action des enseignants pose la question de la recevabilité du motif de "droit de retrait", conditionné à un "danger grave et imminent". / © Maxime Jegat / Maxppp

8 enseignants de l'université Lyon 2 exercent un "droit de retrait" depuis mardi 26 novembre. Ils estiment que "la situation est dangereuse" depuis la tentative de suicide d’un étudiant le 8 novembre dernier. L'université devra juger de la recevabilité de cette action.

Par Mathieu Boudet

"Un risque grave et imminent". C'est le motif qui justifie l'exercice du droit de retrait, et qu'invoquent 8 enseignants de l'université Lyon 2, depuis mardi 26 novembre. Ils ont suspendus leurs cours car ils estiment que "la situation est dangereuse" depuis l’immolation d’un étudiant le 8 novembre dernier devant le CROUS de Lyon. Un geste lié à sa condition de précarité.

 

"Un risque grave et imminent"

Dix jours après le drame, et  après les étudiants qui ont organisé des rassemblements et actions revendicatives ces dernières semaines, des enseignants se mobilisent à leur tour pour dénoncer la précarité étudiante. Maîtres de conférences et vacataires en sociologie, en anthropologie et en sciences politiques, ils ont décidé d'exercer un droit de retrait pour une durée encore indéterminée. Dans une lettre ouverte publiée sur le blog Mediapart, ils affirment que "les conditions actuelles de travail dans [leur] université présentent, en effet, (...) un risque de danger grave et imminent." Contactée, Abir Krefa, maître de conférence qui fait partie des personnels ayant cessé leurs activités, explique leur sentiment d'impuissance : "on nous demande d'être à l'écoute des étudiants qui ont des difficultés matériels et psychologiques, mais on n'en a pas les moyens !"  Elle craint, notamment, qu'un autre drame de ce type n'intervienne.

 

Des revendications politiques

Les enseignants contestent par ailleurs la gestion par l'université des mobilisations étudiantes, qu'ils qualifient de "répressive".
"Nous exigeons la fin des politiques policières répressives et le déblocage urgent de moyens humains et matériels",
écrivent-ils. Pour Madame Krefa, "la présence régulière des forces de police constitue un danger pour les étudiants, car elle accentue le mal-être".  Lors de rassemblements de protestations organisés devant l'université, et alors que des étudiants étaient entrés dans les locaux de la direction, ils avaient été évacués par les forces de l'ordre. 

Dans leur lettre, les auteurs font valoir leurs convictions politiques, qui semblent s'éloigner parfois du motif de danger grave et imminent caractérisant l'application du droit de retrait. Ils mettent par exemple en cause les politiques publiques et les dernières réformes engagées, bien au-delà de celles qui concernent le monde étudiant, comme la réforme de l'assurance chômage, la loi travail, ou la prochaine réforme des retraites... Ils dénoncent enfin les interventions policières, notamment contre les gilets jaunes, "provoquant des morts (...)." Il n'y a pourtant pas, à ce jour, de cas connu de manifestant décédé suite aux interventions policières liées aux mouvements des gilets jaunes.  

 

Droit de retrait ou droit de grève ?

L'université confirme que des enseignants ont soumis une demande de droit de retrait. "Celle-ci est en cours d'instruction, le CHSCT (Comité d'Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail ndlr) se prononcera en début de semaine prochaine pour savoir si elle est recevable ou non", se limite à commenter la direction de Lyon 2. Pour être recevable, le motif d'exercice d'un droit de retrait doit justifier d'un "danger grave et imminent". A cette commission de déterminer de la légitimité de cette action, notamment eu égard aux revendicationx politiques formulées dans le texte publié.

Si cette demande devait être jugée non recevable par le CHST, les enseignants devraient alors reprendre leur activité, ou transformer leur action en exercice du droit de grève, le syndicat Sud Education ayant appelé à la grève.











 

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