VIDÉO : A Lyon, la rénovation d'une barre peut-elle réduire l'insécurité à la Duchère ?

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Reportage : la barre Sakharov fait peau neuve ©Mathieu Boudet / Valérie Benais

10 mois après une fusillade au pied de la barre Sakharov, dans le quartier de la Duchère, à Lyon, un vaste programme de rénovation a commencé. Pour répondre aux inquiétudes des habitants, des aménagements sont prévus pour empêcher l'installation de points de deal.

C'est l'un des symboles de la Duchère : la barre Sakharov est l'une des plus anciennes et des plus grandes de ce quartier du 9e arrondissement de Lyon. Une des plus sensibles, aussi. Depuis janvier 2023, un vaste programme de rénovation est lancé. Mais une question persiste : les travaux permettront-ils de réduire l'insécurité ? 

Un chantier à la (dé)mesure de la barre

A ses pieds, on lève les yeux au ciel, pour en voir la fin. Vestige des grands ensembles construits dans les années 60, la barre Sakharov se hisse sur 17 étages, et s'étire sur 160 mètres de long. Elle abrite quelque 1 500 habitants, répartis dans près de 330 logements.

Les échafaudages sur sa façade et les bruits de perceuse témoignent du grand chantier qui a commencé. Au total, deux ans de travaux sont programmés pour rénover la barre de fond en comble. En 2025, le bâtiment aura un nouveau visage : entièrement isolé, il atteindra des performances énergétiques exemplaires. 16 nouveaux ascenseurs seront déployés, ainsi que des aménagements pour personnes à mobilité réduite. De nouveaux logements seront créés, des appartements seront agrandis, le chauffage collectif sera relié au réseau urbain... Même les espaces extérieurs seront entièrement repensés.

Les pouvoirs publics mettent près de 20 millions d'euros sur la table, pour garantir le bien-être des habitants. Sans oublier leur priorité : endiguer le climat d'insécurité qui règne dans la barre.  

"Les gens ont peur"

Au pied de la barre, les habitants commentent. Mais dans toutes les têtes, le drame de l'été dernier : en juin 2022, deux jeunes hommes étaient tués dans une fusillade ici-même. Dans la barre, de multiples coursives et allées couvertes offrent autant de possibilités de squats et d'emplacements discrets pour cacher les trafics . Beaucoup d'habitants souhaitent rester anonymes, par peur de représailles. Mais ils confient leur préoccupation : "les travaux vont peut-être permettre d'éloigner les squatteurs. Ils font du bruit, la nuit, c'est pas facile", se désole une habitante. Une autre désespère : " c'est bien ces travaux, c'est beau, c’est joli, mais ça ne va pas changer la situation. L'important pour nous, c'est la sécurité. Les gens ont peur, on ne peut plus sortir le soir, on ne peut plus recevoir nos enfants, rien du tout".

Le président de l’association Trait d’union Duchère, qui représente les habitants, résume : " les habitants espèrent une sécurité optimale. [Ils ont subi] des dégradations depuis plusieurs années, il y a eu du vandalisme sur certains appartements, (...) des jeunes qui squattent dans les coursives ."    

 

 "On va empêcher le trafic"

Une chose est sûre, la problématique n'a pas échappé aux pouvoirs publics. Le maire de Lyon, Gregory Doucet, l'assure : "la sécurité a été au cœur des préoccupations du projet de réhabilitation. Il y a, d'une part, une action résolue des polices au quotidien. D'autre part, nous, les collectivités, on sait ce qu'on peut faire : en transformant les pieds de l'immeuble, (...) on va empêcher l'activité délinquante et le trafic de stupéfiants".

Une large part des rénovations est pensée pour tenter d'éloigner les points de deal et de squat, en revoyant la structure du bâtiment. Raphaël Michaud, président de la SACVL (Société Anonyme de Construction de la Ville de Lyon), explique : " l’immeuble est une souricière. Pour l’instant, il y a énormément de points de fuites qui permettent d’échapper à tous les contrôles de police. Donc, on va intégralement repenser la circulation pour permettre de faciliter le travail des services de sécurité."

Les coursives seront bouchées par la création ou l'agrandissement de logements. Le nombre d'entrées sera réduit, et les accès doivent être "sécurisés".  Des solutions encourageantes, mais dont la réussite devra être démontrée à l'issue des travaux.   

 

Ne pas détruire : un choix politique ?

L'approche de la réhabilitation plutôt que de la destruction présente donc une part d'incertitude. Si les aménagements pourraient changer les choses, la barre, elle, va bien rester, avec toutes ses particularités : elle restera un ensemble à grande échelle, loin du modèle des immeubles de trois ou quatre étages considérés "à taille humaine".

Jusqu'ici, le Grand Projet de Ville (GPV), vaste programme de rénovation du quartier lancé par Gérard Collomb en 2003, privilégiait la destruction des barres, pour reconstruire de petits ilots d'habitations à la place. Une approche qui a fait ses preuves, en apportant une plus grande mixité de population, et en supprimant les abris urbains pour les délinquants. Les points de deal se sont éloignés, pour rejoindre les barres restantes : la barre Sakharov, précisément, a vu les trafics se développer ces dernières années, à mesure que les barres du plateau de la Duchère disparaissaient. Mais à la destruction, la nouvelle majorité écologiste préfère la réhabilitation, considérée, notamment, comme moins polluante. 

Le maire, Gregory Doucet, défend ce choix : "démolir cette barre, ça a été une option mise sur la table, mais ça aurait eu un coût très important, et qui aurait généré un déplacement de matières très important, imaginez le nombre de camions qu'il aurait fallu pour dégager toute cette matière, l'l'un impact en matière d'émissions de CO2 aurait été gigantesque ! (...) Et on a ici accès à tout un tas d'équipements publics qui améliorent la qualité de vie. Il nous incombait la qualité d'habiter, d'où l'importance de ce que nous faisons, 20 millions investis, pour faire en sorte que tout aille bien." 

Réponse à l'issue des travaux, prévue pour début 2025.

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