Voiture tombée dans la Saône à Lyon : le drame était-il intentionnel ?

Dans la nuit du 26 juillet 2014, une voiture quitte la route et plonge dans la Saône à Lyon. Trois jeunes parviennent à sortir par les fenêtres, trois autres meurent noyés. Les survivants sont jugés, à partir de ce lundi 15 mars, dans un procès qui doit lever de nombreuses zones d'ombres.

Ce soir-là, trois occupants parviennent à s'extraire par les fenêtres de la voiture. Trois autres périssent dans l'accident.
Ce soir-là, trois occupants parviennent à s'extraire par les fenêtres de la voiture. Trois autres périssent dans l'accident. © Joël Philippon / Maxppp

L'accident était-il intentionnel ? Plus de 6 ans après un accident de voiture qui a entraîné la mort de 3 adolescents, les rescapés se retrouvent, depuis ce mardi 16 mars, devant le tribunal pour enfants de Lyon. Ils sont poursuivis pour homicide involontaire et non-assistance à personne en danger. Les juges devront éclairer les circonstances de l'incroyable plongeon du véhicule dans la Saône.

Ce mercredi 17 mars, les réquisitions ont été prononcées. Une peine de 4 ans de prison, dont 2 avec sursis a été requise contre le conducteur. Pour les deux autres prévenus, ce sont des peines de 10 mois de prison qui ont été réclamées. 

 

26 juillet 2014, 1h du matin

26 juillet 2014, 1h du matin. Le temps est à l'orage. Dans une Clio, 6 copains, dont 5 mineurs, sillonnent le quartier Perrache de Lyon. Ils sont partis de leur quartier de Fraisses, près de Saint-Etienne dans la Loire, un peu plus tôt, et ont roulé jusqu'ici pour approcher des prostituées. Ils ont consommé des stupéfiants, la visibilité est mauvaise, et c'est Adel, 17 ans et sans permis de conduire, qui conduit. La Clio prend la rue Montrochet, juste derrière le centre commercial de la Confluence. Mais au lieu de tourner dans la rue suivante, elle s'engage dans un espace prévu pour accéder à un ponton. C'est le plongeon. La voiture pique du nez, se retourne dans l'eau, s'enfonce vite. 3 des occupants parviennent à s'extraire par les fenêtres. Trempés, ils demandent à des passants d'appeler les secours avant de prendre la fuite. Mais leurs camarades, Ludovic Saura, 18 ans, Thibault Wallet et Maël Bekka, 17 ans, périssent dans le véhicule. 

 

Un accident volontaire ?

Devant le tribunal pour enfants, Adel, le conducteur aujourd'hui âgé de 24 ans, est poursuivi pour homicide involontaire, mais selon la défense des victimes, la sortie de route était intentionnelle. Le jeune homme avait d'ailleurs initialement été mis en examen pour violences volontaires avec arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner, avant que la Chambre d'Instruction ne requalifie l'accusation. L’avocat de la mère de Maël, David Metaxas, a "la conviction absolue qu'il a délibérément plongé la voiture dans la Saône." Il précise : "on a des video-surveillances qui montrent que le véhicule fait un virage en angle droit au dernier moment, sans précautions." Pour mobile, la frustration du jeune homme, qui aurait été repoussé par une prostituée. "Il a cassé la vitre côté conducteur, il a pris le volant de lui-même, et il tapait sur la tête de son ami [le propriétaire de la Clio NDLR] en le méprisant. Cet ami qui avait une peur phobique de l’eau, lui dit : "fais attention il y a l’eau !" Et comme par hasard, la voiture plonge ? On ne dit pas qu’il avait l’intention de tuer, mais de blesser. Le résultat, on le connaît : des familles décimées," avance M. Metaxas.

 

durée de la vidéo: 02 min 45
Avocat Maître Metaxas

 

Avocat Maître Buffard

Faire la lumière

André Buffard, co-avocat d'Adel, estime l'hypothèse "invraisemblable". "Il faudrait qu’il ait voulu se suicider, ce qui a été écarté par les magistrats qui ont été chargés de ce dossier", rappelle-t-il. Mais à la barre, les 2 autres survivants du drame, accusés de non assistance à personne en danger, le soupçonnent eux-aussi d'avoir agi volontairement. Maître Buffard rétorque : "ils essaient, et c'est humain, de dégager leur responsabilité en chargeant le conducteur. Mais il est évident, il l'a dit et répété, qu'à aucun moment il n’a tenté délibérément de jeter le véhicule dans le fleuve". Le tribunal devra trancher la question à l'issue des audiences en fin de semaine. Après avoir précisé le déroulé des faits et examiné la personnalité des prévenus, il entendra les réquisitoires et les plaidoiries. Pas sûr que toute la lumière soit faite autour d'un drame qui aura, au final, fait 4 morts : les 3 passagers du véhicule, mais aussi Mourad, le père de Maël, qui s’est donné la mort. 

 

 

 

 

 

 

 

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