Une usine centenaire et 177 emplois menacés : Niche Fused Alumina, leader mondial des laminés, placé en redressement judiciaire

Le seul fabriquant français de corindon, basé en Savoie, a été placé en redressement judiciaire à la suite de difficultés économiques. Des représentants syndicaux évoquent une concurrence agressive d'industriels asiatiques. Ils craignent la disparition de près de 177 emplois en l'absence d'offre de reprise solide.

Les salariés de Niche Fused Alumina (NFA) retiennent leur souffle. L'usine centenaire de la Basse-Tarentaise, qui emploie 177 personnes en Savoie, a été placée en redressement judiciaire le 23 avril. Confronté à "une situation économique critique", l'industriel compte sur son positionnement unique en France pour maintenir son activité.

Le site de NFA basé à La Bâthie, leader mondial dans le secteur des laminés, est le seul fabriquant français de corindon, une espèce minérale composée d'alumine, matériau essentiel dans la fabrication de nombreux produits du secteur de l'automobile, l'aérospatial ou encore du médical. "Nos carnets de commandes sont pleins, notre chaîne de production tourne. Le seul problème, ce sont les prix sur le marché européen", résume David Bourquenoud, délégué syndical CGT chez NFA.

Concurrence asiatique agressive

Les premières difficultés sont apparues en 2023, lorsque les industriels asiatiques sont arrivés sur le marché européen avec des prix agressifs. "L'entreprise subit une concurrence sur ses activités, en particulier de la Chine, qui n'est pas acceptable, avec des prix à la tonne jusqu'à 2,5 fois moins élevés", rapporte le député (LR) de la circonscription, Vincent Rolland, qui a alerté le gouvernement sur ce dossier.

Le parlementaire, qui a été en lien avec le cabinet du ministre de l'Industrie, affirme avoir obtenu "la garantie d'un accompagnement de l'Etat sur le volet des investissements pour la reprise de l'usine." Or, les offres de reprise reçues par le groupe, jusqu'ici peu nombreuses, auraient été écartées car jugées trop faibles.

Si une loi anti-dumping est adoptée, l'usine pourrait se retrouver à l'équilibre sans recourir à un plan social massif.

David Bourquenoud, délégué syndical CGT chez NFA

En cause, l'absence de cadre européen autour des "pratiques commerciales déloyales" des industriels asiatiques, écrivent les élus CGT de l'usine dans un communiqué, formulant une "demande urgente" à l'Union européenne d'adopter une loi anti-dumping sur le corindon blanc. "Si cette loi est adoptée, l'usine pourrait se retrouver à l'équilibre sans recourir à un plan social massif", fait valoir David Bourquenoud, alors que NFA exporte "70 % de sa production sur le marché européen".

"La procédure de redressement judiciaire est mise en place pour une durée de 6 mois. Il faut que la procédure anti-dumping soit réglée avant cette échéance, ce qui pourrait permettre d'obtenir des offres de reprise plus intéressantes. Je pense que nous serons dans les délais", ajoute Vincent Rolland, disant avoir obtenu l'engagement du gouvernement "d'accélérer le dossier au niveau de Bruxelles."

177 emplois menacés

NFA, implanté depuis 120 ans en Savoie, a été racheté en 2017 par le groupe américain Dada Holdings. Contactée, la direction du site n'avait pas donné suite à nos sollicitations à l'heure de la publication de cet article.

Les offres de reprise seront désormais traitées par un administrateur judiciaire dans le cadre de la procédure de redressement qui a été mise en place. "Le risque, si l'actionnaire ne présente pas de plan de continuation de l'activité et qu'il n'y a pas de repreneur solide, c'est que 180 emplois disparaissent", résume le délégué CGT. "Tout ce qui nous faut, c'est un repreneur qui croit en nous et qui puisse avoir une vision sur le long terme."

"Il y a une nécessité impérieuse de maintenir la production de l'usine de La Bâthie, c'est un enjeu de souveraineté industrielle puisque l'usine est l'un des seuls fabricants européens de corindon", insiste Vincent Rolland. Les salariés de NFA ont prévu de se mobiliser, à l'occasion du 1er mai, pour alerter les élus locaux sur la situation de l'entreprise. Ils se rassembleront à partir de 10 heures devant l'usine.

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