Jets privés : "Une injustice sociale et un énorme impact climatique", Extinction Rebellion bloque l'aéroport de Chambéry

Ce dimanche 19 mars, plusieurs militants de l'association Extinction Rebellion ont bloqué l'accès au terminal des jets privés, à l'aéroport de Chambéry. Ils dénoncent une folie écologique.

Des tubes métalliques lient leur bras. Allongées sur la route, plusieurs dizaines de membres de l'association Extinction Rebellion bloquent l'accès à l'un des terminaux de l'aéroport Chambéry-Savoie Mont-Blanc. Dans leur viseur : les jets privés. Des plaisirs d'ultra riches qui ont un énorme coût écologique, selon les militants.

En deux heures de vol, certains jets polluent autant qu'un Français en un an

Cette opération, menée par Extinction Rebellion, entend lutter contre ce moyen de transport utilisé par des personnes aux revenus aisés et impliquant une pollution conséquente. "On demande à la population d'éteindre leur box pour faire des économies. Et pendant ce temps, on voit l'augmentation du trafic de jets d'affaires pour emmener deux ou trois personnes. Tout en sachant que c'est le moyen le plus polluant sur Terre pour se déplacer", dénonce un membre d'Extinction Rebellion.

Selon la société de données aéronautiques WingX, les vols mondiaux de jets privés ont augmenté de 10% en 2022. Ces avions d'affaires représentent 2% des émissions de gaz à effet de serre. A l'échelle nationale, c'est 0,1% des émissions française de CO2. Mais en deux heures de vol, certains jets polluent autant qu'un Français en un an.

Un avion sur 10 qui décolle de France est un jet privé. Pour limiter leur recrudescence, l'association Extinction Rebellion demande l'interdiction de ces vols d'affaires. "On se doute que l'aéroport ne va pas fermer son terminal du jour au lendemain avec cette action. Mais on veut mettre en lumière l'injustice sociale et l'énorme impact climatique de cette activité", explique un autre militant.

L'aviation d'affaires est aussi utile pour le territoire.

Mylène Leuly, directrice de l’aéroport Chambéry Savoie-Mont-Blanc

Pour accéder au terminal, les usagers doivent contourner le barrage en enjambant un petit ruisseau. Mais les bagages sont eux portés par le personnel de l'aéroport que les militants laissent passer. Bloqué à quelques mètres du tarmac, un homme attend trois amis venant de Cannes en jet privé. Il doit les emmener à Courchevel pour les vacances.

"C'est presque ridicule car c'est au moment du vote qu'il faut s'exprimer. Aujourd'hui, effectivement, il y a un problème en France mais il faut s'y opposer au moment du vote. [...] C'est toute une économie (les vols d'affaires, ndlr). Et nous avons besoin de ça, c'est le monde qui est construit comme cela", explique-t-il.

A l'aéroport de Chambéry-Savoie-Mont-Blanc, les vols d'affaires représentent 6% du trafic aérien. Une activité essentielle pour la région : "L’aviation d’affaires est utile pour le territoire. Par exemple, on fait du transport d’organes. On travaille aussi sur des vols gouvernementaux", confie Mylène Leuly, directrice de l’aéroport Chambéry Savoie-Mont-Blanc.

Un projet de loi en avril

Selon elle, l'aéroport savoyard travaille pour réduire son empreinte carbone notamment à travers un projet d'électrification avec des bornes de recharge pour les véhicules et le déploiement de panneaux photovoltaïques sur la toiture.

Les émissions de gaz à effet de serre d'un avion d'affaires seraient 5 à 14 fois plus polluantes par passager que celles d'un vol commercial. Pour en interdire son usage à des fins de loisirs en France, un projet de loi sera débattu début avril à l'Assemblée nationale.