Justice : une salle d'audition créée à Albertville à la gendarmerie pour mieux recueillir la parole des mineurs victimes

A Albertville en Savoie, une salle adaptée à l'audition des mineurs victimes de violences physiques ou sexuelles, vient d'être créée au sein de la gendarmerie. Baptisée "Salle Mélanie", elle doit permettre de mieux recueillir le témoignage, même des tous petits, dans un environnement sécurisant 

Les gendarmes découvrent la salle d'audition achevée. Elle sera opérationnelle en septembre prochain
Les gendarmes découvrent la salle d'audition achevée. Elle sera opérationnelle en septembre prochain © France 3 Alpes

A Albertville en Savoie, cette salle adaptée à l'audition des mineurs victimes de violences physiques ou sexuelles, vient tout juste d'être aménagée. Elle a été baptisée "salle Mélanie". Il s'agit de pouvoir mieux recueillir le témoignage, même des tous petits, dans un environnement sécurisant, avec des officiers formés et spécialisés.

En matière de justice, la parole des enfants est particulièrement délicate à évaluer, difficile à recueillir pour les enquêteurs qui les auditionnent les premiers. L'exercice exige psychologie et savoir-faire, car ces premiers témoignages sont appelés à être des pièces maîtresses au cours d'éventuels procès à venir.

Illustration, tout récemment, au Tribunal d'Albertville : La relaxe de l'ex-enseignant de l'école de Cornier confirmée le 27 mai dernier pour agressions et exhibitions sexuelles sur 19 élèves de petite section de maternelle en 2015 et 2016, par la cour d'appel de Chambéry. 

Dans ses motivations, la cour avait retenu "Une parole incertaine et confuse des enfants (...) les accusations obtenues lorsqu'elles l'ont été sont le fruit de techniques d'audition inappropriées de nature à avoir influencé, voire forcé leurs réponses et enfin parce que lesdites accusations sont soit contradictoires, soit floues et imprécises, soit tissées d'invraisemblances".

L'affaire était d'autant plus compliquée qu'il s'agissait de tous petits, et tout le monde, avocats de défence comme des parties civiles étaient d'accord sur un point : "le problème qui se pose dans ce dossier, c'est le recueil de la parole de très jeunes enfants

Comment fait-on pour demander à un enfant de 3 ou 4 ans qui vous dit qu'il a subi des actes innommables de la part d'un adulte ?" 

Dans les locaux flambant neufs de la salle "Mélanie", la procureure de la République d'Albertville Anne Gaches explique l'importance d'un tel lieu " C'est un environnement qui semble moins hostile que des locaux classiques de gendarmerie ou de police. L'intérêt pour le Parquet il est net et très vite vu, car nous traitons ensuite les enquêtes pénales, le gendarme va auditionner l'enfant, et c'est à partir de là que nous décidons des actes d'enquête à mener,  de ce qu'il convient de faire et de la conduite à donner par la suite sous le contrôle du procureur " .

Le lieu est neutre, chaleureux, afin d'instaurer un dialogue plus serein, plus facile entre la victime et son interlocuteur

Le Commandant Benjamin Defrance, à la tête de l'escadron d'Albertville sait la difficulté de ces auditions " il faut en effet qu'il ou elle nous explique ce qu'il s'est passé, soit par son comportement, soit en verbalisant, pour les très jeunes c'est souvent une expression non verbale et parfois, la présence de jouets est importance, cela  permet par exemple de montrer sur une poupée ce qu'il s'est passé".

L'expression des plus petits est rarement verbale, une poupée peut parfois servir d'intermédiaire à sa parole
L'expression des plus petits est rarement verbale, une poupée peut parfois servir d'intermédiaire à sa parole © France 3 Alpes

Les auditions, réalisées par des officiers spécialement formés, sont intégralement filmées : " On peut ainsi capter les sons, les gestes, les signaux de détresse ou au contraire de détente, on peut noter toutes les hésitations, les temps de silence, éventuellement des sanglots... tous ces petits détails qui ne peuvent pas apparaître dans une retranscription classique, derrière un ordinateur, et c'est crucial, car ces éléments sont ensuite mis à disposition des magistrats, qui peuvent alors se rendre réellement compte de l'état émotionnel et psychologique de l"enfant, au moment de son audition" décrit Camille Bradhering, (Maréchal des Logis chef).

La brigade d'Albertville entend chaque année le témoignage de 70 enfants en moyenne. La salle "Mélanie" sera aussi à diposition des policiers. Elle sera opérationnelle en septembre prochain.

Reportage : Jérôme Ducrot, Frédéric Pasquette & Lisa Bouchaud

 

 

 

 

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