VIDEO. Coronavirus COVID 19 : immersion au coeur du service réanimation de l'hôpital de Chambéry

L'une de nos équipes a pu passer quelques heures au sein du service réanimation du centre hospitalier Métropole Savoie à Chambéry. Un service en première ligne dans la lutte contre le coronavirus. Entre réorganisation, solidarité et dévouement : rencontre avec des soignants extrêmement mobilisés. 

Des soignants s'affairent autour d'un patient afin de lui faire passer une radio, grâce à un appareil mobile, dans une chambre de réanimation de l'hôpital de Chambéry.
Des soignants s'affairent autour d'un patient afin de lui faire passer une radio, grâce à un appareil mobile, dans une chambre de réanimation de l'hôpital de Chambéry. © Jordan Guéant / France 3 Alpes
REPORTAGE. Ici, les gardes ne font jamais moins de douze heures. Un tour complet du cadran avec un masque FFP2 sur le visage. Ces becs de canard, aussi nécessaires qu'inconfortables. Un tour complet du cadran à se laver les mains, à changer de combinaison lors de chaque changement de patient. Douze heures d'une vigilance totale. D'un dévouement sans faille. 

Un dévouement nécessaire car, même si le Centre hospitalier Métropole Savoie a eu le temps de s'organiser, la vague Covid a fini par arriver. Ici, le premier patient a été pris en charge il y a trois semaines. Ces derniers jours, quatre à cinq nouveaux malades arrivaient quotidiennement. 
Des soignants entre deux chambres, entre deux soins, dans les couloirs du service réanimation de l'hôpital de Chambéry.
Des soignants entre deux chambres, entre deux soins, dans les couloirs du service réanimation de l'hôpital de Chambéry. © Jordan Guéant / France 3 Alpes
Au service réanimation du centre hospitalier Métropole Savoie, à Chambéry, le travail ne manque donc pas. D'une centaine de personnes en temps normal, le service est passé à 200 grâce à des recrutements temporaires. Grâce, aussi, au redéploiement des équipes de l'hôpital. Les blocs opératoires, par exemple, ont vu leur activité considérablement réduite. Leurs personnels ont changé de service. Des soignants et du matériel venus d'autres établissement privés, clinique Herbert ou Médipôle Savoie, sont également présents. Tout comme des étudiants.

Tous acceptent sans rechigner, avec un véritable sens du devoir, les gardes de 12 heures et les changements de tâches. Les cadres de santé ont donc pu s'organiser. Car les patients atteints par le Covid19 demandent énormément d'attention. 
Des soignants s'affairent autour d'un patient placé en coma artificiel afin de lui faire passer une radio de contrôle, grâce à un appareil mobile.
Des soignants s'affairent autour d'un patient placé en coma artificiel afin de lui faire passer une radio de contrôle, grâce à un appareil mobile. © Jordan Guéant / France 3 Alpes
De part la durée d'hospitalisation, déjà. Pour l'instant, les malades restent en réanimation entre deux et trois semaines contre quelques jours en moyenne pour les autres pathologies. D'où le risque de saturation des services, constaté dans d'autres régions. Ensuite, parce que les patients Covid nécessitent des mesures d'hygiène et de sécurité draconiennes. A chaque fois qu'ils rentrent dans une chambre, les soignants changent de combinaison, de gants. Autant de manipulations qui ralentissent leur rythme de travail. 

Enfin, car les soins aussi sont bien plus longs. Bien plus exigeants. Dans le service, bon nombre de patients sont régulièrement placés sur le ventre. La nuit, notamment. Cette méthode, inventée à Lyon dans les années 80, permet une meilleure ventilation. Mais elle nécessite de manipuler les malades et de leur bouger régulièrement la tête pour éviter toute blessure. 

Là où, d'ordinaire, un service de réanimation nécessite deux infirmiers pour cinq patients, le Centre hospitalier Métropole Savoie déploie aujourd'hui un infirmier pour deux patients. Un effort énorme. Mais nécessaire et salutaire. 
Un patient sur son lit de réanimation, allongé sur le ventre. Cette méthode permet une meilleure ventilation des malades. Elle nécessite néanmoins bien plus de travail pour les soignants.
Un patient sur son lit de réanimation, allongé sur le ventre. Cette méthode permet une meilleure ventilation des malades. Elle nécessite néanmoins bien plus de travail pour les soignants. © Jordan Guéant / France 3 Alpes
Mais malgré ce nombre important de malades, malgré les contraintes, les tableaux de service sont désormais rodés. Et, dans les couloirs de la réanimation, le calme surprend. Avant de rassurer. Il est la preuve d'un hôpital où règne la maîtrise. Calmes bien que fatigués, les soignants que nous avons pu rencontrer affichaient un visage rassurant. Loin, très loin, du chaos que nous redoutions de trouver dans ce service au coeur de la pandémie.   
Sur ce grand tableau s'organisent les équipes de soin. Chaque équipe ou presque est constituée de renforts, épaulés évidemment par un soignant "régulier" de la réanimation. Les petites étiquettes jaunes signalent les patients positifs au Covid-19. A Chambéry, ils le sont presque tous.
Sur ce grand tableau s'organisent les équipes de soin. Chaque équipe ou presque est constituée de renforts, épaulés évidemment par un soignant "régulier" de la réanimation. Les petites étiquettes jaunes signalent les patients positifs au Covid-19. A Chambéry, ils le sont presque tous. © Jordan Guéant / France 3 Alpes
Les étiquettes jaunes, sur le tableau de service des soignants, signalent les patients positifs au Covid-19. Les roses, ceux suspectés d'être infectés. A Chambéry, cette semaine, 95% des patients de la réanimation étaient positifs au coronavirus.
Les étiquettes jaunes, sur le tableau de service des soignants, signalent les patients positifs au Covid-19. Les roses, ceux suspectés d'être infectés. A Chambéry, cette semaine, 95% des patients de la réanimation étaient positifs au coronavirus. © Jordan Guéant / France 3 Alpes
Au total, le nombre de lits de réanimation a lui aussi été multiplié par deux à Chambéry. Il est d'une soixantaine aujourd'hui. Certains ont été installés dans les blocs opératoires à l'arrêt. D'autres ont pris place dans des services dont l'affection a changé. Aucun n'est installé à la va-vite. Récent, l'hôpital de Chambéry avait anticipé et dispose donc de place. 

D'ailleurs, et c'est heureux, toutes les chambres ne sont pas encore occupées. Ce jeudi 2 avril, sur les 60 lits préparés, une cinquantaine accueillait un patient. Une marge de manoeuvre qui rassure les soignants : ils sont en mesure, pour l'instant, de faire face à une éventuelle agravation de l'épidémie. 
L'une des chambres encore vides au sein du service réanimation de l'hôpital de Chambéry.
L'une des chambres encore vides au sein du service réanimation de l'hôpital de Chambéry. © Jordan Guéant / France 3 Alpes
S'il dispose encore de place, le Centre hospitalier Métropole Savoie bénéficie aussi de ressources supplémentaires. Dans les couloirs, dans les salles où sont entreposées les machines, il reste quelques respirateurs. De quoi monter encore en puissance. Six lits supplémentaires pourraient être installés si la situation se tendait, selon le Docteur Jean-Marc Thouret, chef de service. 
Illustration / Des respirateurs dans les couloirs d'un hôpital
Illustration / Des respirateurs dans les couloirs d'un hôpital © Jordan Guéant / France 3 Alpes
Mais, pour l'instant, les complications sont uniquement humaines. En temps normal, le service réanimation est ouvert en permanence aux familles pour qu'elles puissent venir au chevet de leurs proches. Ce n'est plus le cas, désormais. Par mesure de sécurité, la "Réa" est devenue un univers clos. Seuls les médecins, à midi, et les infirmières, en début de soirée, assurent encore un lien avec l'extérieur. Deux fois par jour, en effet, les soignants appellent les proches pour donner quelques nouvelles. 

Des paroles toujours bienvenues. Et toujours très factuelles. Difficile, en effet, de se montrer rassurant face à une telle maladie, imprévisible et sans pitié. Mais face à la vérité, dure, les soignants se montrent toujours très humains. A la fois patients, pédagogues et chaleureux. 
© Jordan Guéant / France 3 Alpes
Malgré tout, les soignants gardent espoir. Ce mercredi 1er avril, ils ont extubé leur premier malade du Covid. Une vraie victoire pour l'ensemble de la "réa". Une victoire rendue possible par le dévouement de tous. Un dévouement lui-même soutenu par l'immense vague de solidarité qui accompagne les soignants. A Chambéry, tous nous ont confié y être sensibles. 

Mais la victoire totale contre le virus n'est pas encore acquise. Le Chef de service, le Docteur Jean-Marc Thouret, confie d'ailleurs : "Si on espère aujourd'hui pouvoir passer le cap sans être débordés, c'est grâce aux gestes barrières et surtout au confinement qui a été respecté en Savoie. Sans cela, c'est absolument sûr que nous n'aurions pas pu faire face". 
 
Comment nous avons pu tourner au sein du service
Pour d'évidentes raisons de sécurité, et par respect pour les règles d'hygiène en vigueur, notre équipe de tournage et le personnel du Centre hospitalier Métropole Savoie ont particulièrement veillé à la strict application des gestes barrières. Le port du masque chirurgical a également été observé pendant toute la durée du tournage. Enfin, par sécurité et évidemment par respect pour les patients hospitalisés, l'équipe de tournage n'est jamais entrée dans les chambres des malades. 
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