Ferropem : l'usine toujours menacée de fermeture, les employés du site de Château-Feuillet en colère

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Écrit par Antoine Belhassen avec Renaud Gardette

Les employés de l'usine Ferropem de Château-Feuillet, en Savoie, ont manifesté, ce mardi 16 novembre, contre le maintien du plan de sauvegarde de l'emploi (PSE). 221 salariés sont menacés. Tous se disent inquiets de leur avenir.

Une flambée symbolique, quelques banderoles et des visages soucieux. L'ensemble des salariés de l'usine Ferropem, située sur le site de Château-Feuillet,  à La Léchère (Savoie), sont encore menacés par un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE).

La veille, la direction du groupe américano-espagnol spécialisé dans le silicium, avait annoncé la levée du PSE sur le site voisin des Clavaux. La nouvelle a soulagé les 131 salariés du site isérois, à l'issue d'une réunion à Chambéry.

Les discussions auraient eu lieu dans une extrême tension, alors que la direction du groupe avait affiché son intention de "mettre en place un plan de redéploiement et des mesures sociales de qualité" pour les 221 salariés concernés en Savoie.

Un "non-sens"

"C'est un non-sens car on va acheter le silicium en Chine, alors que le pays en fabrique avec de l'électricité produite au charbon (le site savoyard utilise, lui, l'énergie hydroélectrique, ndlr). C'est un manque d'ambition politique qui va accélérer le problème du climat", a déploré Yannick Bacaria, de la Fédération nationale CGT des industries chimiques, après la réunion, ce lundi 15 novembre.

Syndicats et salariés semblent désormais s'en remettre au gouvernement pour trouver un repreneur. Carlos Queiros dénonce un "coup de massue" et redoute un "dénouement critique". "On sait qu'il y a d'autres possibilités. Il faut croire à un repreneur mais ce n'est malheureusement pas entre nos mains. On sait que Ferroglobe ne souhaite pas de concurrent. Alors si Ferroglobe ne nous a pas estimé viables, on ne le sera pas aux yeux d'un concurrent", s'attriste ce remplaçant en agent de maîtrise.

"C'est déjà compliqué moralement et psychologiquement pour nous et nos familles depuis le mois de mars. Il faut qu'on se batte. S'il faut durcir le mouvement, on le fera", poursuit-il.

"Les nuits ne sont pas faciles"

Ils étaient plusieurs dizaines, ce mardi matin, devant le site de Château-Feuillet autour de quelques palettes enflammées. "Il y a de la consternation. La gestion de cette crise est lamentable", confie Jean Tassion, ouvrier de maintenance.

Lui aussi croit à une potentielle reprise : "C'est au gouvernement de faire ce qu'il faut. On a plus d'autres ressources. Le dialogue avec Ferroglobe est fini", explique-t-il.

On a beaucoup transpiré ici, le travail n'est pas facile.

Jean Tassion, ouvrier de maintenance.

L'ouvrier est un "historique". Il travaille à Château-Feuillet depuis 37 ans. Il raconte : "On a beaucoup transpiré ici, le travail n'est pas facile. Les conditions de travail, quand je suis arrivé, c'était un peu le bagne", se souvient-il : "Elles ne sont pas toujours faciles mais on est attaché à notre emploi. C'est notre usine. Même s'il me reste quatre années à faire, savoir que tout peut s'arrêter, c'est dur. Les nuits ne sont pas faciles en ce moment."

Des réactions politiques

L'annonce du maintien du PSE n'est pas passée inaperçue parmi la classe politique. Guillaume Gontard, président du groupe écologiste au Sénat, évoque "beaucoup d’amertume, de déception et un sentiment de gâchis pour le site savoyard".

Le président de la métropole de Grenoble, Christophe Ferrari, déclare sur Twitter que "le sauvetage du site isérois est une victoire, mais en demi-teinte" et que "le combat continue en Savoie" :

De son côté, le ministère de l'Industrie "regrette" le choix de Ferroglobe de ne pas interrompre la procédure de fermeture "malgré des propositions de soutien de plusieurs dizaines de millions d'euros" et attend que les "conditions du PSE soient les plus favorables possible" pour étudier toutes les pistes.