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Le juge Trévidic va pouvoir enquêter en Algérie sur les moines de Tibhirine

Hommage aux moines de Tibhirine en Algérie en 2007 / © AFP
Hommage aux moines de Tibhirine en Algérie en 2007 / © AFP

La justice algérienne a donné son feu vert à une visite, en octobre, du juge français chargé de l'enquête sur l'assassinat des sept moines de Tibhirine, en 1996. Après deux reports cette année, qui ont provoqué la colère du magistrat, l'Algérie semble enfin ouvrir ses portes.

Par F.G avec AFP

Un certain nombre des moines assassinés il y a 18 ans avaient de la famille dans les Pays de Savoie. Ces hommes de prière étaient issus de l'Abbaye de Tamié, en Savoie. Dans les Alpes, on a donc toujours suivi, avec intérêt, l'enquête qui, au final, a beaucoup fait de surplace. Un espoir vient aujourd'hui de l'Algérie. "Les autorités judiciaires ont donné leur feu vert à une visite les 12 et 13 octobre en Algérie" du juge français Marc Trévidic, a affirmé, mercredi 3 septembre, le ministre algérien de la Justice, Tayeb Louh.

Marc Trévidic / © AFP Le magistrat antiterroriste, qui enquête sur cet assassinat, a dû reporter deux fois cette année cette visite, notamment faute d'avoir reçu l'invitation officielle d'Alger. Le 9 juillet, M. Trévidic s'était montré excédé de ces reports: "il va falloir savoir si on se moque de nous", avait-il lancé sur la radio France Inter.

M. Trévidic et sa consoeur Nathalie Poux avaient obtenu en novembre 2013 l'accord de principe des autorités algériennes pour assister à l'exhumation des têtes des moines enterrées à Tibhirine, et à leur autopsie dans le but de faire la lumière sur leur assassinat. On sait aujourd'hui que la procédure d'expertise et d'autopsie sera assurée par des experts algériens. Le magistrat algérien, en charge de ce dossier, doit, de son côté, se rendre en France le 21 octobre pour mener des auditions.

Seules les têtes avaient été retrouvées

Les moines avaient été enlevés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, dans leur monastère isolé de Tibhirine, près de Medea (90 km au sud d'Alger). Le rapt avait été revendiqué un mois plus tard par le Groupe islamique armé (GIA) via un communiqué. Le 21 mai, un second communiqué annonçait l'exécution des religieux dont seules les têtes avaient été retrouvées, neuf jours plus tard, au bord d'une route de montagne. Trois moines, qui avaient échappé à l'enlèvement, ainsi que des villageois, ont confirmé aux gendarmes l'implication du GIA dans le rapt survenu dans une des zones les plus troublées d'une guerre civile qui a fait environ 200.000 morts en une décennie.

Des versions contradictoires

Le 25 juin 2009, l'ancien attaché militaire de l'ambassade de France à Alger, le général François Buchwalter, a livré à M. Trévidic le témoignage indirect d'un militaire algérien. Ce général a expliqué que "les hélicoptères (de l'armée) ont vu un bivouac (...) pour eux, ça ne pouvait être qu'un groupe armé. Ils ont donc tiré sur le bivouac (...) Une fois posés, ils ont découvert qu'ils avaient tiré notamment sur les moines. Les corps des moines étaient criblés de balles". C'est pour dissimuler cette bavure que les corps auraient été décapités.

Outre la présence d'impacts de balles, les analyses prévues sur les têtes visent notamment à établir si la décapitation a été menée avant ou après la mort et pourraient permettre d'écarter certains témoignages et d'en accréditer d'autres.

Lors de sa visite en France, le juge algérien souhaite interroger Pierre le Doaré, ancien chef d'antenne des services secrets français (DGSE) à Alger (1994-1996), et Jean-Charles Marchiani, ancien officier du même service et ex-préfet du Var, selon le quotidien francophone algérien El Watan. M. Marchiani, qui avait été chargé d'une mission auprès du GIA, a confirmé à M. Trévidic en 2012 que cette mission avait été décidée par le président Jacques Chirac pour négocier une rançon, mais que le Premier ministre d'alors, Alain Juppé, qui n'en avait pas été informé, y a mis fin, signant "l'arrêt de mort des moines", selon le témoignage de M. Marchiani.

De son côté, Pierre le Doaré avait reçu dans les locaux de l'ambassade de France à Alger un émissaire du GIA qui lui avait remis une preuve de vie des religieux en captivité, selon plusieurs témoignages et documents versés au dossier.

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