VIDÉOS. "Les glaciers rendent visible, l'invisible" : trois films pour montrer le réchauffement climatique en montagne

A l'occasion du "One planet Polar Summit", premier sommet international sur les glaciers et les pôles, France 3 Alpes vous fait (re)découvrir des reportages traitant de la fonte des glaciers. Dans cet article, focus sur "La voix des glaciers", un collectif de skieurs professionnels, artistes, militants écologistes ou scientifiques originaires des Alpes qui ont tous réalisé des films sur les glaciers, afin de donner à voir le réchauffement climatique. [Première publication en mars 2023]

Il y a les ingénieurs partis à la rencontre des pontes de la glaciologie alpine. Les artistes qui ont choisi de raconter leur glacier en tournant un film éco-produit. Et puis, il y a des professionnels du freeride qui proposent de repenser leur empreinte carbone.

Tous, à leur manière, illustrent le recul des glaciers dans trois films différents : "À l'ombre des glaciers alpins", "Glacier" et "Conscience". Trois approches mues par la même dynamique : vouloir faire bouger les lignes sur le réchauffement climatique en montagne. 

À l'initiative de la militante écologiste savoyarde, Camille Etienne, ils ont décidé de se fédérer dans un collectif pour que "La voix des glaciers" porte plus loin. Ils mettent donc leurs productions à la disposition de tous ceux qui voudront s'en saisir (associations, municipalités, collectifs, etc...) pour organiser des projections-débats sur la fonte des glaciers et les solutions à trouver pour protéger les géants des Alpes.

Sensibiliser partout, au-delà des territoires de montagne

"Ce qui entraîne la fonte des glaciers et leur disparition à moyen terme, ce sont des sources qui sont partout, sauf sur les glaciers. Donc la sensibilisation est à faire dans les vallées et au-delà des territoires de montagne", estime Mathieu Crétet, l'un des trois réalisateurs de "À l'ombre des glaciers alpins".

Ingénieur, originaire de Tarentaise, il a écumé des laboratoires de glaciologie à travers les Alpes avec deux autres étudiants d'AgroParisTech (Clément Valla et Guilem Carcanade) pour rencontrer les meilleurs spécialistes pendant cinq mois.

Pour leurs déplacements, ils ont utilisé des modes de transport collectifs et des mobilités douces, sans jamais se servir de la voiture. "À l'ombre des glaciers alpins" retrace ce périple, leurs rencontres et les expertises des spécialistes de la question, de la Vanoise au Tyrol autrichien, de l'Institut des Géosciences de l'Environnement de Grenoble (IGE), à l'université d'Innsbrück, en passant par l'ETH de Zurich (institut polytechnique).

L'approche scientifique du documentaire "A l'ombre des glaciers alpins"

Les trois étudiants-ingénieurs ont, eux aussi, enrichi leurs connaissances sur les 3 900 glaciers recensés dans les Alpes. "On savait déjà que le recul des glaciers avait un impact sur le débit des torrents et des fleuves à proximité immédiate. Ce que je savais moins, même si ces conséquences sont moins importantes au fur et à mesure qu'on s'éloigne des glaciers, c'est qu'elles ont un impact très fort quand même. Au lac de Genève, c'est 30 % de l'eau qui vient de surfaces englacées", indique Mathieu Crétet. "C'est quelque chose qui concerne tout le monde."

"Imaginons qu'on arrive dans une région Rhône-Alpes qui soit zéro carbone, si le reste de la France continue à émettre du carbone de manière aussi forte que c'est le cas actuellement, les glaciers continueront à disparaître et à fondre", renchérit Antoine Pin de l'association Protect Our Winters, qui a produit le film et la web-série "Conscience" du skieur Gaëtan Gaudissard.

L'approche sportive de "Conscience" du skieur Gaëtan Gaudissard

"En montagne, on est déjà sensibilisé car on est au contact au quotidien de sentinelles comme les glaciers, comme les alpages qui jaunissent beaucoup plus tôt, les torrents dont les débits s'amenuisent, les sources qui tarissent. Les gens sont plus au courant que dans les villes où ils sont privés de ce contact-là", estime Mathieu Crétet. 

Pour autant, un travail de sensibilisation reste essentiel également au cœur des vallées alpines, d'après les membres du collectif "La voix des glaciers". Ils souhaitent créer la discussion, l'échange, le débat, autour des solutions à trouver pour protéger les glaciers. Ils espèrent aussi pouvoir fédérer les énergies de ceux qui veulent agir face à l'urgence climatique.

Susciter le débat pour des solutions à long terme

"On peut se demander à quel point cela peut être facile ou non pour une personne qui travaille dans une société de remontées mécaniques de poser ces questions-là alors que son travail en dépend directement, à quel point cela peut être facile ou non pour un ou une gérante de magasins de location de matériel de ski de se sentir à l'aise de porter ces questions-là... parce que pour certains, c'est remettre en cause et annihiler un secteur économique qui a permis de sortir de la pauvreté des vallées entières", dit Antoine Pin de Protect Our Winters.

"Donc, si on peut créer la rencontre entre ces avis divergents, mais qu'ils se rendent compte que la passion et l'attachement au territoire est le même, si cela permet d'ouvrir un peu plus les yeux sur une diversité de points de vue et une unicité dans notre envie de préserver ce que l'on aime, alors il ne faut pas manquer l'occasion", estime le directeur de Protect Our Winters.

Raréfaction de l'eau douce, sécheresse, incendies : la fonte des glaciers et ses conséquences

"L'idée, ce n'est pas d'arriver en position de sachant, mais de se dire que les solutions existent ou sont à créer avec les habitants des territoires de montagne qui sont des témoins privilégiés des changements qui s'y passent", insiste Mathieu Crétet.

Pour les membres du collectif, "la question de l'approvisionnement en eau douce, la question des sécheresses et des feux de forêts sur les fonds de nos montagnes, de l'agriculture" va devenir incontournable si le recul des glaciers se poursuit. 

Les glaciers, sentinelles du réchauffement climatique

"Nous, on s'appelle Protect Our Winters parce que pour nous, un futur dans lequel les montagnes européennes sont encore enneigées, c'est l'indicateur qu'on aura réussi notre transition", conclut Antoine Pin.

"On invite la société à regarder en direction des montagnes en disant : vous voulez un marqueur que l'on va réussir ou que l'on a réussi ? Regardez le sommet des montagnes. S'il y a encore du blanc là-haut, c'est qu'on a fait les choses à peu près bien. S'il n'y en a plus, c'est qu'on est allé trop loin dans l'attente et dans les tergiversations."