Mort de Robert Badinter. "Personne n'a jamais rien dit" : sous l'Occupation, une adolescence cachée dans un village de Savoie

Entre 1943 et 1944, sous l'Occupation, Robert Badinter, son frère et sa mère ont été hébergés à Cognin par une famille de commerçants. Une époque que l'homme d'État, décédé dans la nuit de jeudi à vendredi, n'a jamais oubliée. En 2005, l'ancien ministre de la Justice a été fait citoyen d'honneur de cette commune de Savoie.

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Il se considérait comme "Cogneraud d'adoption". L'ancien homme d'État et grand avocat Robert Badinter est mort, dans la nuit du jeudi 8 au vendredi 9 février, à l'âge de 95 ans, a annoncé sa collaboratrice, Aude Napoli.

Bien avant d'être à l'origine de la dépénalisation de la peine de mort, l'ancien ministre de la Justice a vécu une partie de sa vie en Savoie. En 1943, alors qu'il n'a pas quinze ans, son père est déporté lors de la rafle de la rue Sainte-Catherine à Lyon, le 9 février. Il ne le reverra jamais. Au printemps, Robert Badinter quitte la ville pour les Alpes, avec sa mère et son frère Claude.

"Je ne parlais jamais de mon père, jamais de personne"

C'est dans le village de Cognin qu'ils trouvent refuge. Hébergés par la famille Charret, des commerçants chambériens, ils vivent sous une fausse identité. "J’avais 14 ans, je vivais dans un village de Savoie. Je ne parlais jamais de mon père, jamais de personne, de rien, raconte l'avocat dans un entretien avec Serge Klarsfeld, en 1996. Il est bien évident que l'on ne pouvait pas ne pas savoir qui nous étions."

À seulement quatre kilomètres de Cognin, à Chambéry, le collaborationniste Paul Touvier traque les juifs et les résistants cachés dans la région. "Personne n'a jamais rien dit. Il suffisait d'un mot qui arrivait chez Touvier et on était morts", relatait l'avocat dans Le Monde.

"Si nous avons survécu, c’est bien grâce au silence affectueux, complice et protecteur de ces Savoyards, poursuit Robert Badinter, interviewé par Serge Klarsfeld. Ce que je dis là, parce que je l’ai vécu et que je dois la vie, c'est par dizaine de milliers que les juifs l’ont vécu. Alors, il faut le rappeler. Il y a Bousquet (René Bousquet, collaborateur et principal organisateur de la rafle du Vel-d'Hiv, ndlr) et il y a les habitants de mon village."

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"Robert Badinter évoque son adolescence en Savoie pendant la guerre" ©France Télévisions

Avoir 15 ans en 1943

À la Libération, Robert Badinter et sa famille regagnent Paris. Il n'aura de cesse de revenir à Cognin. Comme en ce jour de juin 1996, lorsque le sénateur des Hauts-de-Seine apporte aux Cognerauds une Déclaration des droits de l'homme dédicacée.

"Je tenais à ce que l’on sache qu’à Cognin c’étaient des gens très bien. Nous avons vécu ici toute la dernière partie de l’Occupation, de 1943 à 1944. Un garçon de 15 ans, même dans ces périodes tragiques, même s'il y a autour de lui cette espèce de filet tendu sur l’arrestation à tous les virages, rien ne peut changer le fait qu’il a 15 ans, se remémore Badinter, adossé à la maison jaune aux volets bruns dans laquelle il a vécu lors de la guerre.

"On riait avec les amis. Faire du vélo, c'est un plaisir, on va se baigner, les goûts des cerises sont les goûts des cerises. On regarde avec un pincement de cœur les jeunes filles", poursuit-il.

"On était un petit peu en dehors des événements, abonde à l'époque Michel Opinel, un ami rencontré au lycée Vaugelas. Je me souviens de Robert Badinter descendre à vélo du lycée de Chambé'. Souvent, je descendais avec lui puisque j’habitais un peu plus bas."

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"Robert Badinter de retour à Cognin en 1996" ©INA

"Cette maison portera le nom de votre famille"

"Il n'avait pas encore confié sa vocation d’avocat. Le professeur de terminale lui disait : 'Badinter, vous êtes bien bavard, et pourtant vous n'êtes pas encore avocat'", s'amuse Bernard Mundler, lui aussi un ancien camarade de l'avocat. Lors de cette visite, l'ancien homme d'État est fait Cogneraud d'honneur.

Ultime reconnaissance du lien si particulier qui unissait Robert Badinter et le village savoyard : l'installation d'une plaque commémorative sur la façade de la maison jaune, le 28 mai 2005. "Cette maison portera le nom de votre famille et sera donc la maison Badinter", scandait le maire depuis le perron de la demeure.

Sobre, la plaque indique : "Dans cette maison, alors propriété de la famille CHARRET, Robert BADINTER, sa mère et son frère Claude furent hébergés durant les années sombres 1943-1944 et bénéficièrent de la protection discrète des Cognerauds." 

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"Inauguration de la plaque Badinter à Cognin, en Savoie, en mai 2005" ©INA

Le président de la République a annoncé, vendredi 9 février, qu'un hommage national sera rendu à Robert Badinter.

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