Saisie exceptionnelle de 3 000 pièces archéologiques, pillées par deux chasseurs de trésors dans le lac d'Aiguebelette

Une partie des objets pillés au lac d'Aiguebelette stockés par la gendarmerie du Pont de Beauvoisin après la perquisition. / © Gendarmerie
Une partie des objets pillés au lac d'Aiguebelette stockés par la gendarmerie du Pont de Beauvoisin après la perquisition. / © Gendarmerie

Deux résidents des environs du lac ont été perquisitionnés lundi 10 février. Ils pillaient depuis des années les abords et les fonds de l'étendue d'eau, et y ont déterré illégalement plus de 3 000 objets et fragments, pour certains dâtés de l'âge du bronze.

Par T.H.

Ce sont des richesses inhabituelles que les gendarmes du Pont-de-Beauvoisin en Savoie ont trouvées ce lundi 10 février en perquisitionnant la maison d'un homme habitant les environs du lac d'Aiguebelette. Chez lui, il conservait plus de 3 000 pièces archéologiques, pour certaines remontant au néolithique et à l'âge de bronze, comme l'a révélé le Dauphiné libéré.
 

Accompagné de son fils, l'homme arpentait depuis plusieurs années les abords du lac d'Aiguebelette - ses rives et ses deux îles - avec un détecteur de métaux, et utilisait un matériel de plongée pour inspecter les fonds. L'objectif : collecter des objets et fragments laissés là par des occupants, dont certains remontent à 3000 avant notre ère. 

A force de voir les deux individus rôder autour du lac, leur matériel de recherche sous le bras, les gardes ont décidé de les signaler auprès du parquet de Chambéry en mai 2019. Ce signalement a débouché sur une enquête et a permis l'identification des deux pilleurs.
 

Une enquête pour vérifier l'inexistance d'un trafic


Ces derniers ont reconnu l'entièreté des faits depuis leur arrestation, et ont été remis en liberté en attendant de potentielles poursuites. Des investigations supplémentaires sont actuellement en cours, afin d'estimer la valeur des objets pillés et de vérifier que les pièces collectées n'ont pas été sujettes à un trafic. 

Après avoir été récupérées par la gendarmerie, les pièces ont été transportées vers un lieu confidentiel, dépendant de la direction régionale des Affaires culturelles (DRAC).

L'abondance d'objets et de fragments (de flèches, de haches, de statuettes, de couteaux, de lances,...) retrouvés par les pilleurs est dûe à l'occupation, bien connue des scientifiques, des abords du lac durant les derniers millénaires de la Préhistoire. Le sud du lac d'Aiguebelette est ainsi classé au patrimoine mondial de l'Unesco, aux côtés de 111 autres sites des Alpes (quatre autour du lac du Bourget, trois autour du lac d'Annecy).
 

Les préjudices de la chasse aux trésors


Ces sites regorgent de restes de palafittes, ces maisons sur pilotis qui servaient aux hommes préhistoriques à s'installer au plus près d'un lac. Le site classé par l'Unesco est celui de Boffard, à la pointe d'un banc de sable au sud du lac. Des bases de nombreux pilotis y ont été découvertes, et provenaient d'arbres abattus peu après l'an -2700.
 

En France, la loi interdit aux archéologues amateurs de déterrer, sans autorisation, des objets à valeur historique. La pratique est laissée aux professionnels. Les objectifs : préserver les objets de détériorations éventuelles par des amateurs, et les conserver hors du circuit privé et d'un éventuel trafic.

Mais ces fouilles sans réglementations sont également dommageables d'un point de vue étude scientifique. En effet, lorsque sortis de terre sans prendre les relevés nécessaires sur place, les objets perdent une bonne part de leurs informations. L'idéal pour les archéologues et historiens est que ces trésors finissent dans une collection de musée, où ils peuvent être classés et étudiés. On est loin d'Indiana Jones.
 

 

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