Salon de l'Agriculture. “Je parle à l’oreille de mes vaches”, François-Aymeric les dorlote pour les aider à lutter contre le stress

Le bruit, le monde, les altercations violentes entre agriculteurs et forces de l'ordre... autant d'éléments extérieurs qui viennent perturber le confort des animaux au Salon de l'agriculture. C'est pourquoi, tous sont dorlotés, preuve que leur bien-être importe.

“Elles étaient toutes debout, affolées”. François-Aymeric Romanet est éleveur de vaches en Savoie. Il s’est déplacé pour le Salon de l’Agriculture avec Pivoine, une Tarentaise de 5 ans, qui espère remporter le concours des meilleures mamelles du salon. Il a assisté samedi 24 février à l’altercation violente entre des agriculteurs et le président de la République Emmanuel Macron. 

“Samedi, c’était le bordel. Ils étaient tous là autour des vaches. Ils se sont battus, il y avait des bombes lacrymogènes et les vaches, on sentait qu’elles avaient les yeux qui piquent et qu’elles étaient affolées”, confie l’agriculteur, soucieux du bien-être de son animal.

"On l'a habitué au bruit"

Louis Gurliat, lui aussi éleveur en Savoie, s’est quant à lui mêlé à la foule d’agriculteurs en colère avant de se raviser. “Quand on a vu que ça avait des risques pour nos animaux, on a levé le pied. On ne veut vraiment pas que nos animaux pâtissent des débordements”, explique l'exploitant de 59 ans. Le monde, le bruit, dans un environnement qu'elles ne connaissent pas, les vaches peuvent avoir du mal à le vivre.

Pour Maxence Dufours, la technique, c’est de bien les préparer. “En ferme, on lui a appris à marcher au licol et on l’a habitué un peu au bruit”, explique l’agriculteur, venu de Loire pour présenter sa vache Rosa Red au grand public.

La vache de Louis Gurliat, Mesquine, a quant à elle l’habitude de ces regroupements de foule. De race Herens, son animal participe de manière régulière à des combats, suivant son instinct naturel de dominance dans les troupeaux. Ce sont des animaux que l’on manipule, qui sont habitués quand même à avoir du monde parce que l’on les brasse beaucoup dans les manifestations”, explique l’éleveur, qui tient à souligner les conditions presque identiques à celle de son exploitation dans lesquelles les animaux sont logés au Salon de l’Agriculture.

Presque les mêmes installations qu'à la maison

"Ils sont tranquilles parce que chez nous, l’hiver, ils sont à l’attache dans nos bâtiments, comme ici. On les soigne le matin, on les soigne le soir, on leur donne de la paille. Et en plus, ils sont un peu plus dorlotés que chez nous parce que la paille on en met deux fois plus que chez nous”, renchérit Louis Gurliat. “Le salon a déployé de gros efforts parce qu’il y a 20 ans, on les lavait à l’eau froide. Maintenant, on lave nos animaux à l’eau chaude."

Tous les jours, les vaches sont promenées, que ça soit lorsqu’elles traversent le salon pour se présenter dans le grand ring des concours ou simplement pour se dégourdir les pâtes et amuser la galerie. “Elles ne sont pas malheureuses, je ne pense pas”, conclut l’agriculteur savoyard. 

Et comme à la maison, les vaches passent à la traite, matin et soir. Voire plus si un concours approche. “Généralement, pour les Prim’Holstein, ce sont des vaches à lait où ils vont chercher la meilleure mamelle, on va traire leurs vaches avec un certain protocole. Durant la nuit juste avant le concours, on va venir traire un quartier, puis un autre pour rééquilibrer la mamelle, afin qu'elle soit assez homogène pour le concours”, explique Lou, étudiante en BTS Productions animales à Laval venue aider à la traite des animaux pendant 5 jours. Elles peuvent prélever jusqu’à 50 litres de lait sur ce type de vache chaque jour.

Un service vétérinaire d'appoint

Sur le salon, les animaux bénéficient également d’un soutien sanitaire en cas de besoin. Lionel Grisot est vétérinaire sur le salon depuis 7 ans. Il est accompagné de 5 étudiants pour sa prochaine garde de 24 heures. “Les éleveurs viennent ici, ils expliquent les symptômes de l'animal, s'il a des problèmes de boiterie, s'il souffle un petit peu vite, toutes ces choses-là. Et puis nous, on va voir l'animal sur place”, explique-t-il.

"Souvent, ce n'est pas grand-chose. Ce sont vraiment des petits bobos. Les éleveurs ont beaucoup besoin d'être rassurés”, ajoute le professionnel qui peut pratiquer des soins sur place à l’infirmerie du salon. “Maintenant, on est encore plus vigilant qu'avant au bien-être de l’animal”, souligne Franchimontois qui chaque matin et chaque soin effectue une ronde afin de surveiller l’état de santé des animaux.

"On les colle un petit peu plus que chez nous"

François Emeric Romanet confie "parler à l'oreille" de sa vache pour la rassurer. “Je lui dis, tu es une championne”, ajoute l’agriculteur, qui passe son temps à caresser et à prendre soin de son animal. “Comme on les lave matin et soir, on a encore plus de contact qu’à la ferme”, explique Maxence Dufours, qui avec sa vache Prim’Holstein Rosa Red, a remporté la deuxième place du concours général agricole.

C’est une fierté d’avoir nos animaux ici donc on les brosse, on les étrille. On les colle un petit peu plus que chez nous. Les paysans ce ne sont pas juste des gens qui travaillent sans se poser la question du bien-être animal. Nos animaux on vit tous les jours avec. Moi j’ai des vaches qui arrivent à 18 ans chez moi. Si demain je dois l’emmener à la boucherie, je vais la poser devant la porte de l’abattoir et je ne vais pas regarder ce qu’il va se passer.

Louis Gurliat,

Eleveur de vaches de race Hérens en Savoie

C’est ça aussi le Salon de l’Agriculture. Passer du temps avec sa vache, ses cochons, ses moutons, les mettre en confiance pour qu’ils dévoilent le meilleur d’eux-mêmes.