En Savoie, chroniques d'un confinement d'en haut : Et à part ça ? A part ça, rien - 44e jour

Quand le Galibier perce les nuages à 3 228 mètres d'altitude... / © Laurent Guillaume / FTV
Quand le Galibier perce les nuages à 3 228 mètres d'altitude... / © Laurent Guillaume / FTV

Laurent Guillaume, présentateur du Magazine de la Montagne depuis plus de 20 ans, propose tous les jours ses "chroniques d’en haut" en attendant la fin du confinement. Il raconte avec authenticité et parfois humour le quotidien des habitants de sa vallée et évoque des souvenirs de tournages.

Par Laurent Guillaume

C'est à Valloire, commune située en Maurienne (Savoie) que Laurent Guillaume passe cette période de confinement, dans un hameau perdu situé à 1 700 mètres au dessus de la station. Ici, l’isolement est dans la nature des choses. 

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Il ne s’est rien passé aujourd’hui. Rien. ll a un peu neigé vers 2000 mètres et les sols sont légèrement saupoudrés. Il a plu aussi. Ça fera du bien à la terre après des semaines de sécheresse. Mais sinon, rien… si ce n’est la pluie qui s’est arrêtée.

Le torrent a doublé de volume suite à la fonte des neiges conjuguée à la pluie de ces dernières heures. Son grondement est plus présent au fond du vallon. L’herbe qui avait soif a poussé d’un coup. C’est fou ce que la pluie peut régénérer les terres desséchées !

Mais bon, à part ça, il ne s’est rien passé. Rien. Le renard continue ses visites en veillant bien à passer avant le chien des voisins pour avoir des restes. Et mon couple de marmottes qui vivait dans le pierrier a déménagé je ne sais où… Ça siffle un peu partout… De là à reconnaitre leurs voix…

Pas grand-chose d’autre. Il reste encore des morilles même si nous ne sommes pas les seuls dessus. Le Galibier a passé son temps à se cacher derrière les nuages puis à réapparaitre. Ça fait de jolies photos. Mais sinon, rien. 

Rien, à part peut-être le mélèze au fond du pré qui a perdu ses fleurs au profit de ses épines flambant neuves. Elles sont d’un vert tendre et lumineux qui contraste avec la lumière grise de cette journée encombrée. Et puis il fait sacrément frais. La ligne blanche tendue par la neige de la nuit dessine un trait séparant les hauts des bas, tiré au cordeau, avec une précision de métronome. C’est juste magnifique. 

Comment j’ai changé le destin d’un caillou…

Mais voilà, rien d’autre. La cheminée est bien utile à cette altitude, lorsque le printemps se met en pause et que le ciel passe du soleil à la neige sans prévenir. La montagne reste imprévisible, ça n’est pas nouveau, mais là, c’est flagrant. On a l’impression de revenir en arrière avec ce coup de froid printanier.

Sinon, rien. Il aura quand même fallu plus de dix jours à mon saule pour faire des feuilles. Le lilas n’est pas encore en fleurs. Les berges du torrent se modifient quand on les observe de près. Et je me suis dit qu’un caillou, arraché au sommet de la montagne, puis roulé par les flots, ne peut que poursuivre sa route vers la vallée. En fait, il ne peut que descendre. Jamais il ne remonte. Sauf quand on le prend et qu’on le jette en amont. Notre pouvoir de changer les choses s’arrête là. C’est vraiment rien !

Quoi d’autre…

Ah oui… les annonces du Premier Ministre à l’assemblée nationale concernant le déconfinement, qui ont douché les espoirs de ceux qui pensaient qu’on repartirait plus vite, que nos horizons seraient plus larges et que le virus nous lâcherait enfin. Il faudra encore patienter. Avec ce sentiment que l’on n’a pas fini de regarder d’encore plus près ce qui se passe à côté de chez nous… 
Mais ça, c’était hier. 

Parce qu’aujourd’hui, vraiment : rien.

 

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