Xavier Beulin : "il faut une baisse des charges et une revalorisation de la production made in France"

Xavier Beulin, le président de la FNSEA, était en visite à Puy-Guillaume ce lundi matin. Il a répondu aux questions de Julien Le Coq dans le 12/13.

Xavier Beulin, le président de la FNSEA, était en visite à Puy-Guillaume ce lundi matin. Il a répondu aux questions de Julien Le Coq dans le 12/13.

Julien Le Coq : Bonjour Xavier Beulin. On l'a vu, le kilo de broutard à 2,10 € n'est pas suffisant pour ces éleveurs.

Xavier Beulin : "Oui, c'est d'ailleurs vrai sur toute la filière. Il manque aujourd'hui plusieurs dizaines de centimes d'euros pour valoriser aussi bien le broutard, le jeune veau que la viande finie. C'est la raison pour laquelle aujourd'hui, on se bat dans plusieurs dimensions, d'abord, évidemment sur nos charges. On rentre en débat présidentiel, il faut que nous ayons des engagements sur le niveau de charges qui pèse aujourd'hui globalement sur l'agriculture française.

Il nous faut aussi pouvoir revaloriser les prix, notamment auprès de la grande distribution et de la restauration hors domicile. Ça passe notamment par cette charte que la fédération nationale bovine appelle "le coeur de gamme". Comment faire en sorte que nos races et nos races bouchères en particulier trouvent le niveau de valorisation suffisant ? On a aussi besoin d'une initiative forte pour soutenir nos exportations, notamment sur des races laitières qui ont aujourd'hui tendance à tirer à la baisse les races de production bouchère."

JLC : Parlons du lait. Vous avez fini par trouver un accord avec Lactalis qui fixe le prix de la tonne de lait à 290 euros en moyenne. D'après les éleveurs, ça n'est pas suffisant. Ils auraient souhaité l'avoir à 300-340. Vous comprenez ce mécontentement ?

XB : Bien sûr que je le comprends ! Cet accord n'est qu'une victoire d'étape, je l'ai dit dés la fin de ces négociations. Ce qui est important, c'est qu'enfin, le premier groupe mondial, le premier groupe français en matière laitière ait fini par accepter nos demandes, c'est-à-dire se remettre à un niveau de prix au moins égal ou supérieur à tous ses concurrents français.

Ça, c'est la première étape, mais il nous faut aller plus loin. Aujourd'hui, avec un prix moyen français non pas de 290 euros comme vous l'avez dit mais de 275 euros la tonne de lait, ça n'est pas suffisant pour rémunérer les éleveurs. Il faut progresser. Il y a une embellie sur le marché mondial, mais surtout, ce que nous demandons aujourd'hui, c'est vrai dans le lait, dans les viandes ou dans beaucoup de produits, c'est que nous puissions ré-identifier les produits d'origine France pour adosser quelques centimes additionnels. Je pense que les consommateurs sont prêts à l'accepter, c'est le prix d'une certaine indépendance et autonomie alimentaire en France. C'est surtout le prix du respect de la diversité et de l'excellence française.

JLC :Au delà de ces négociations, on sent que cette crise est bien plus profonde. On parle de la fin des quotas laitiers, du ralentissement des exportations, est-ce que ce n'est pas tout le modèle agricole qu'il faudrait repenser aujourd'hui ?

XB : Quand j'entends parler du modèle agricole français, de qui se moque-t-on ? Nous sommes sur un marché de plus en plus mondialisé, avec des concurrents européens qui viennent nous tailler des croupières sur notre propre territoire. Alors on peut s'isoler, mais je crois qu'aujourd'hui, ce n'est pas la meilleure des formules.

Je le répète : on peut travailler dans trois dimensions de manière très concrète : apporter la valorisation nécessaire sur la baisse de nos charges, sur la revalorisation de notre production made in France parce qu'on a des cahiers de charges, on a des exploitations à taille humaine. Et je le répète : soyons offensifs à l'export. C'est aussi ce qui pourra rééquilibrer les marchés, je crois que là dessus, on a vraiment beaucoup de potentiel.