Le Black Swan, l'incroyable histoire d'un navire de légende

Italie - Yann Berthemet et le BlackSwan dans le port de Grazie / © BlackSwan
Italie - Yann Berthemet et le BlackSwan dans le port de Grazie / © BlackSwan

Deux passionnés Français ont sauvé et restauré le Black Swan, une légende des mers de 1899, qu’ils veulent désormais faire naviguer vers de nouvelles aventures.

Par Marie Mamgioglou - La rédaction Thalassa

À l'origine de cette histoire : Yann Berthemet et son ami Edouard. Ils n’en sont pas à leur premier coup. Le charpentier et le financier ont déjà restauré ensemble Oryx, un voilier de régate classique ayant appartenu à Francis Bouygues. Lorsqu’Edouard, un quinquagénaire passionné par la voile, acquiert Oryx, il se tourne vers Yann, qu’il connaît de réputation. Ils mènent à bien ce projet, mais surtout en gardent une solide amitié. Forts de ce succès, les associés sont en quête d’une nouvelle aventure maritime. C'est sur internet qu’ils découvrent le Black Swan, mis en vente par une banque qui avait saisi le voilier à son ancien propriétaire.
Cavalaire (PACA) - En Méditerranée - Août 2019 / © BlackSwan
Cavalaire (PACA) - En Méditerranée - Août 2019 / © BlackSwan

Le Black Swan est un trésor...

Ce ketch de deux mats est en train de pourrir dans un port de Lombardie, en Italie. Il a été abandonné là, par son propriétaire, le député italien Amedeo Matacena. Ce proche de Silvio Berlusconi avait à l’époque fuit pour Dubaï après une condamnation pour « collusion avec la mafia », et laissé derrière lui le souvenir de ses heures de gloire. Ce voilier mythique a gagné 3 fois la King's Cup entre 1902 et 1904. Il a aussi été barré par un marin célèbre John Selwin Calverley.
L'histoire dit aussi que ce majestueux voilier a appartenu à Benito Mussolini.
On est en 2016, c'est cette année-là que ces deux français vont être envoûtés par cette légende des mers. Mais le bateau est en sale état. La coque, les bordés et la quille vont nécessiter de longues et coûteuses réparations. 

Dans le port de Saint-Tropez et à Barcelone... / © BlackSwan
Dans le port de Saint-Tropez et à Barcelone... / © BlackSwan

Difficile pour ses deux passionnés de résister à cette star du yachting. Le Black Swan est un ketch aurique (ses voiles sont carrées), mais son gréement d’origine en faisait un yawl. Il faut 700 m2 de voiles pour tirer ses 137 tonnes. Lors de sa première mise à l’eau, il est baptisé « Brynhild » puis changera de nom avec son troisième propriétaire, Fréderic Schwann, qui le renommera « Swan » en 1907. Il ne trouvera son nom actuel qu’en 1928, nommé « Black Swan » à cause de sa coque qui à l’époque était noire.

Brynhild pendant la King's Cup - île de Wight - 1902 / © Tim Bradley Williams
Brynhild pendant la King's Cup - île de Wight - 1902 / © Tim Bradley Williams
« Le Black Swan est un trésor, un miraculé de 1899 » raconte Yann Berthemet, charpentier de marine comme son père Christian, dit « Bout de Bois », originaire de la baie de Morlaix.
Le Black Swan a été conçu et construit par le légendaire chantier naval Camper & Nicholsons, créé en 1782 à Plymouth, au sud de l’Angleterre, puis installée sur la Riviera française et à Monaco après la Seconde Guerre Mondiale. Camper & Nicholsons est une référence dans le yachting, ayant engagé un bateau dans la toute première America’s Cup en 1851.
Depuis plus de deux siècles, ses puissants voiliers de course font sa réputation, et le Black Swan est de cette trempe là.

1899 - Le premier propriétaire à bord : John Selwin Calverley

Yann et Edouard réussissent à acquérir ce champion de 40 mètres, grâce à un peu d’esbroufe et beaucoup de chance. Mais ils n’ont pas vraiment l’impression de le posséder. Yann confie :

Comment voulez-vous que l’on se sentent propriétaires, le Black Swan a 120 ans !  Nous ne sommes que les gardiens de ce bateau... là pour l’entretenir. 

Charpentier de marine c’est plus qu’un métier, c’est une passion 

On peut néanmoins estimer le coût de la remise en état à plus d’1 million d’euros. « C’est surtout deux ans de travail » dit le charpentier. Il a mis tout son savoir-faire au service du Black Swan, cet art transmis par son père et que désormais il transmet lui-même à son fils âgé de 22 ans. 
Restauration dans le port de Sète en 2017 - Yann Berthemet / © BlackSwan
Restauration dans le port de Sète en 2017 - Yann Berthemet / © BlackSwan
Dès que Yann a touché le bois, il a compris que c’était sa voie. À 12 ans, il était champion d’Ile-de-France de modélisme avec ses maquettes d’avion en bois. « Charpentier de marine c’est plus qu’un métier, c’est une passion » précise-t-il. Une passion dévorante, qui éloigne Yann de sa famille pendant plusieurs mois : « j’ai quand même passé 6 mois dans mon camion en Italie » raconte-t-il, le temps de remettre en service le voilier avant de le convoyer jusqu’au port de Sète, pour terminer la restauration.
Yann dans son atelier (pendant le confinement) - Avril 2020 / © BlackSwan
Yann dans son atelier (pendant le confinement) - Avril 2020 / © BlackSwan
Restauration dans le port de Sète - Janvier 2018 / © BlackSwan
Restauration dans le port de Sète - Janvier 2018 / © BlackSwan
Sa passion de la mer, Yann la partage avec son ami Edouard. Ils naviguent ensemble dès qu’ils ont un peu de temps libre ou durant leurs vacances. Yann se souvient : 

La première fois qu’on a navigué sur le Black Swan, on a eu des sensations incroyables ! Et nous avons fait le choix du pavillon Français poursuit-il fièrement, il n’y a que deux bateaux classiques sous pavillon Français, l’autre étant Moonbeam III, véritable « Rolls des mers » de 1903 et à quai à Saint-Tropez, tous les autres ont abandonné. 

Mise à l'eau du BlackSwan - Port de Grazie, Italie / © BlackSwan
Mise à l'eau du BlackSwan - Port de Grazie, Italie / © BlackSwan

Maintenir ce patrimoine et le faire naviguer

L’année dernière, le Black Swan a même « travaillé », faisant une saison de yachting, au départ de Sète. Tout a été refait, répondant aux standards contemporains. « Se retrouver à choisir de la vaisselle ou le look du peignoir, pour un charpentier de marine, ça fait drôle ! » s’amuse le breton, « ça bouscule mais c’est intéressant. »
Sortie des voiles - Les Baléares - Août 2018 / © BlackSwan
Sortie des voiles - Les Baléares - Août 2018 / © BlackSwan
En revanche, le charter touristique ne l’a pas convaincu, « le Black Swan mérite mieux que ce que nous lui avons fait faire la saison dernière. Sur ce bateau, nous voulons faire découvrir la Méditerranée différemment, peut-être imaginer une croisière pour découvrir les plus beaux vignobles. Nous voudrions même traverser l’Atlantique et l’amener à New-York. On se doit de maintenir ce patrimoine, ce bateau de légende, et de le faire naviguer ! »
Malgré l’incroyable valeur historique du bateau, on est loin de l’investissement financier, d’une restauration avant revente. Edouard a d’ailleurs conservé l’Oryx, comme son tout premier requin.
Première sortie des voiles - Les Baléares - Août 2018 / © BlackSwan
Première sortie des voiles - Les Baléares - Août 2018 / © BlackSwan
Aujourd’hui, le Black Swan vit son confinement à Sète. Yann, monte à bord chaque semaine, « il y a toujours quelque chose à faire ». Surtout, avec Édouard, ils profitent de ce temps de répit pour imaginer la suite : «  Si on peut aller chercher un brin de folie avec ce bijou, on ira ! » Le Black Swan continuera d’écrire sa légende.
 

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