Procès Lelandais : "lI est caricatural du psychopathe", un dernier psychiatre dépeint une sombre personnalité de l'accusé

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Écrit par Antoine Belhassen et Margot Desmas

Deux collèges d'experts psychiatres sont venus déposer, ce mardi, pour présenter leur rapport sur la personnalité de Nordahl Lelandais. Il s'agit des derniers experts entendus par la cour avant le début des plaidoiries, mercredi.

Deuxième et dernière journée d'audience consacrée aux experts psychiatres. Deux collèges d'experts sont venus déposés, devant la cour d'assises de l'Isère mardi 15 février, pour évoquer la personnalité de Nordahl Lelandais, jugé jusqu'en fin de semaine pour le meurtre de Maëlys de Araujo et des agressions sexuelles sur deux petites cousines.

Lundi, trois psychologues et psychiatres ont été appelés à la barre pour livrer les conclusions de leur expertise. L'un d'eux évoquait la "dangerosité criminologique extrêmement importante" de l'ancien militaire qui présente "vraisemblablement un trouble pédophilique" et une personnalité "clivée de type perverse". Revivez cette douzième journée d'audience dans notre direct commenté.

Ce qu'il faut retenir de la journée d'audience

  • "On rencontre rarement des sujets avec des mécanismes de défense aussi efficaces", pour l'un. Lelandais est "l'archétype du psychopathe", pour l'autre. Ce mardi au 12e jour du procès de Nordahl Lelandais devant les assises de l'Isère, deux psychiatres ont fait part de leur expertise respective. Dans les deux cas, les psychiatres ont dépeint une sombre personnalité de Nordahl Lelandais.
  • Dans la matinée, le Dr Blachère a rejeté "de façon formelle" un état dissociatif de Lelandais au moment du meurtre de Maëlys. Il a également conclu à une "extrême dangerosité psychiatrique" de l'accusé et a observé une absence de "honte" et de "culpabilité" après les deux meurtres commis en 2017.
  • Dans l'après-midi, le docteur Paul Bensussan a pris le relais. Avant une passe d'armes musclée avec l'avocat de la défense, le psychiatre a dressé le profil psychotique de Lelandais. Il a également fait part d'une "inauthenticité" et d'un "manque de remord", qui le rend difficile d'accès. Bensussan a également expliqué que Lelandais présentait "une dangerosité criminologique élevée à long terme."
  • Avant la suspension d'audience ce midi, la présidente a posé une série de questions à Lelandais sur les raisons qui l'ont poussé à enlever et tuer volontairement la fillette. "Elle est montée dans ma voiture pour aller voir mes chiens. Je ne l’ai pas enlevée volontairement... Mme la présidente, ma réponse ne vous plait pas", a répondu Nordahl Lelandais. Réponse  de la magistrate : "Ce n'est pas qu'elle ne me convient pas, c'est qu'elle me désole." Il reprend : "C’est inexplicable, c’est un moment où je pète les plombs. Elle pleure et je lui donne des coups. Au moment où je donne des coups, j’ai l’intention de la tuer, oui", finira-t-il par dire sans vraiment expliquer son geste.

La journée d'audience minute par minute

17h43 - Me Jakubowicz pointe des faits du dossier qui posent problème, selon lui, car ils n'ont pas été listés dans le dossier, ni admis au débat. L'avocat explique que "le dossier (de Paul Bensussan) est objectivement contraire à la réalité. Ce que vous écrivez est faux."

L'avocat de Lelandais poursuit : "Je dis et je maintiens que tout cela ce ne sont pas des actes manqués. Cela caractérise votre partialité dans cette affaire", s'emporte-t-il. Il ne pose pas davantage de questions à l'expert.

Paul Bensussan demande à la présidente s'il est "normal pour un avocat de diffamer un expert", car celui-ci voit une intention malveillante dans son travail. "J'estime que cette partialité n'a pas été démontrée", conclut-il.

La présidente demande à Lelandais s'il souhaite ajouter quelque chose. Il décline. La séance est suspendue, elle reprendra ce mercredi, à 9 heures.

17h33 - Me Jakubowicz évoque un dossier "à charge" réalisé par Paul Bensussan. "Si votre hypothèse de base est que notre dossier est partial, la chambre de l'instruction en a démontré l'inverse", répond l'intéressé.

Le ton continue de monter. Les deux hommes se coupent régulièrement la parole. La présidente doit intervenir pour calmer les échanges.

17h26 - "Ca ne fait pas cinq minutes que je discute avec Me Jakubowicz que je pourrais déjà écrire quelques pages sur lui", rétorque l'expert.

Les deux hommes sont opposés. L'avocat avait demandé la nullité de l'expertise de Paul Bensussan avant le procès. Ce qu'il n'avait pas obtenu.

17h23 - Me Jakubowicz prend la parole. Il demande à l'expert s'il est "expérimenté"... Le ton est sec. L'avocat de Lelandais a promis de faire court à la présidente...

17h20 - Paul Bensussan appuie sur le profil psychopathique de l'accusé, alors que les questions de la défense approchent : "Il est aux confins de la dénégation et du déni", décrit-il et poursuit : "Ce n'est pas le remord qui l'a poussé à avouer, mais les preuves scientifiques." Il réexplique que ce manque de remord est un marqueur d'un profil psychopathique.

17h16 - L'avocat général, Jacques Dallest, demande à Paul Bensussan s'il pense qu'une nouvelle version de Lelandais est possible d'ici la fin du procès : "Tout est possible, je comprends qu'on le tente .(...) Mais qu'il livre autre chose que l'hypothèse d'un crime psychotique est très faible." Lui aussi regrette l'absence de "réponse" donnée à la cour et aux familles.

17h07 - Me Remond, l'avocate des familles des petites cousines, l'interroge sur une possible avancée du discours de Lelandais : "Je crois que ce serait trop violent de dire des choses qu'il n'a jamais dites. C'est beaucoup attendre de lui. Il est caricatural du psychopathe. (...) J'espère juste que dans l'intimité du dialogue avec ses psychiatres, il se dévoilera", explique posément le docteur.

16h57 - Paul Bensussan est désormais interrogé par Me Crespin, avocat de deux association d'aide à l'enfance, sur la sincérité de Lelandais : "J'ai un fond optimiste peut-être naïf, je me suis dit que, peut-être, nous allons approcher un début d'explication. Et puis non." Le docteur s'est dit déçu de la nouvelle réaction de Lelandais en fin de matinée. L'accusé avait maladroitement déclaré : "Je ne l’ai pas enlevée volontairement". Un rebondissement regrettable pour Paul Bensussan : "Une citation Jean Rostand m'est alors venue en tête : "Il ne faut pas regarder l'honnête homme de trop près si vous tenez à lui conserver votre estime, ni le scélérat si vous tenez à lui conserver votre mépris"."

"Lelandais ne nous permet pas d'être touché du fait de son inauthenticité", poursuit-il en évoquant "une très grande difficulté d'accès".

16h44 - Me Rajon commence à évoquer "la capacité de M. Lelandais à être dans la séduction" et interroge le témoin sur la capacité de l'accusé "à entrer en contact facilement avec ses interlocuteurs". Cela n'est pas passé inaperçu pour le docteur : "Nos premières impressions étaient qu'il était plutôt touchant, notamment sur la pénibilité des conditions de détention, l'isolement, les insultes... Il exprimait ça de manière très touchante. Il peut séduire. Cela fait partie de sa personnalité."

L'avocat de la mère de Maëlys demande si Lelandais peut développer une capacité "d'emprise chez les autres" ? Bensussan répond : "Je me méfie du terme d'emprise, c'est un terme trop fort. (...) Mais celui de 'manipulation', oui, je l'utiliserais." Me Jakubowicz se lève doucement et quitte la cour d'assises, les yeux toujours rivés sur son téléphone.

16h29 - Paul Bensussan est interrogé sur l'absence de préconisation d'un suivi socio-judiciaire : "Il a tellement été inauthentique lors des auditions, qu'un suivi thérapeutique ne marcherait pas." Désormais, il indique que cela pourrait au moins lui fournir "un cadre", même à sa "sortie".

Me Alain Jakubowicz semble toujours peu attentif à l'audition, il regarde son téléphone pendant de longues minutes. Il décroche et relève la tête au moment où le docteur adresse un diagnostic pessimiste : "Malheureusement, il (Lelandais) présente une dangerosité criminologique élevée à long terme."

16h14 - "Si on ose dire que la simulation existe, c'est un cas de simulation", insiste le docteur. Pour se justifier, il fait état des différentes versions apportées par Lelandais au cours des expertises psychiatriques. Paul Bensussan voit peu de cohérence dans ses déclarations et ajoute que les hallucinations visuelles sont "rares" chez un patient comme Lelandais.

16h05 - Paul Bensussan est pessimiste sur la capacité de Lelandais à se montrer plus "authentique" : "Ca doit commencer par une introspection sincère. Je peux concéder qu'une expertise et une cour d'assises ne sont pas les meilleurs endroits pour ouvrir son cœur et devenir sincère."

Au cours des différentes auditions, Bensussan a relevé une "assurance mêlée d'arrogance" chez l'accusé, notamment, lorsque Lelandais s'est senti "gêné par des questions". Il a régulièrement dit : "Quoi que je vous dise, vous ne me croirez pas", rappelle le docteur.

15h57 - L'expert dresse une liste de critères définissant un diagnostic de psychopathie : "Nous estimions qu'il (Nordahl Lelandais, ndlr) réunissait six critères sur sept." Selon lui Lelandais est l'archétype du psychopathe.

A l'instar des autres experts psychiatriques et psychologiques, il évoque également un "effondrement narcissique" de Lelandais après ses aveux sur le meurtre de Maëlys en 2018.

15h43 - Le docteur peint un portrait psychiatrique très sombre de Nordahl Lelandais : "Retourner au mariage comme ça est un manque d'empathie au niveau maximal."

Le manque d'empathie et le mensonge sont des marqueurs d'un profil psychopathe. "Le psychopathe ne change pas. On dit souvent que le temps est la meilleure thérapie. Oui, mais pas sur toutes les facettes de la psychopathie", indique-t-il. Il finit un résumé de ses 83 pages d'expertise. La présidente Valérie Blain va désormais l'interroger.

15h35 - Paul Bensussan démonte l'hypothèse d'un "vécu de dissociation" au moment des coups portés par Lelandais sur Maëlys, le soir du mariage : "Nous n’avons pas pu exclure un délire onirique, on l’a envisagé comme hypothèse très sérieuse. (...) Mais d’autres aspects de maladies mentales ne nous ont pas convaincus. Il pourrait s’agir de simulation", explique-t-il. Le docteur indique que ce qu'a décrit Lelandais ainsi que ses réactions après les coups n'ont "aucune cohérence psychiatrique".

"Ce qu’il décrit n’existe pas. Je ne vais pas vous infliger la liste des maladies qu’il ne présente pas", ajoute-t-il.

15h30 - Le docteur rentre rapidement dans le vif du sujet. En costume derrière la barre, l'expert parle avec les mains, tente d'illustrer ses propos et s'adresse directement aux jurés, et pas uniquement à la présidente.

Selon lui, et contrairement aux dires de Me Jakubowicz, les premières années de Nordahl Lelandais peuvent expliquer les crimes commis en 2017 : "Il y a une transgression très précoce chez Nordahl Lelandais, (...) avec une tendance au mensonge et à la manipulation. Pour illustrer ces mensonges, j'ai l'embarras du choix."

Depuis le début de l'audience, Me Jakubowicz regarde à peine l'expert, fait mine de lui prêter peu d'attention et regarde son téléphone. L'avocat avait demandé la nullité de son rapport.

15h20 - L'audience est reprise. Le psychiatre Paul Bensussan est appelé à la barre. Pour éviter un éventuel incident, la présidente indique qu'un des rapports réalisés par l'expert avait été annulé dans le cadre de l'affaire Noyer. Une seconde expertise psychiatrique, produite en 2020 avec le professeur Frédéric Rouillon dans le cadre de l'affaire Maëlys, a été admise au débat, malgré un recours en annulation de la part de la défense. Seule cette dernière expertise sera évoquée au cours de cette audition.

13h50 - Guidé par les questions de la présidente, l'accusé revient péniblement sur la nuit du meurtre de Maëlys. Il redit avoir vu Arthur Noyer dans les yeux de la fillette. "Une peur surgit d’un coup et je veux que cette peur disparaisse, qu’elle cesse", raconte le trentenaire, se disant perdu après les faits.

"Je suis dans une incompréhension totale… Je ne sais même pas s’il fait jour, s’il fait nuit, quelle heure il est, qui je suis… Je ne sais pas ce qu’il se passe à cet instant", dit l'accusé en cherchant longuement ses mots. "C’est très confus et je m’en excuse, mais c’est très confus après aussi (...) Pardon pour les mots, je suis désolé de ne pas avoir les mêmes mots que vous."

Il s'exprime également sur son ressenti lorsqu'il dissimule le corps. "Qu’est-ce que je ressens ? Il y a beaucoup de choses… J’ai de la honte à ce moment-là, beaucoup de honte, de la culpabilité aussi. Mais comment l’exprimer à ce moment-là ? Je ne peux pas appeler les secours, j’en suis incapable."

L'audience est suspendue, elle reprendra à 15 heures.

13h45 - La président demande à Nordahl Lelandais de se lever. "J’ai très bien écouté et entendu ce que le docteur a dit. Je vais vraiment reprendre du début. Je pense que c’est important de déconstruire et reconstruire", réagit l'accusé.

"Pourquoi avoir enlevé Maëlys ?, lui demande la présidente.

Je ne comprenais pas le terme d’enlèvement. Soustraire une enfant à ses parents sans leur accord, c’est un enlèvement, je l’ai bien compris maintenant, répond Lelandais.

Pourquoi avoir enlevé Maëlys, la soustraire à ses parents alors qu’elle était à un mariage ? Pourquoi ? C’est pour la tuer ?

Pas du tout… Je ne l’emmène pas dans ma voiture pour la tuer.

Alors pourquoi ?

Je me suis expliqué vendredi.

C’était avant de reconnaître le meurtre et l’enlèvement de Maëlys. Ma question, c’est pourquoi vous avez enlevé Maëlys ?

Elle est montée dans ma voiture pour aller voir mes chiens. Je ne l’ai pas enlevée volontairement... Mme la présidente, ma réponse ne vous plait pas.

Ce n’est pas qu’elle me plait pas, c’est qu’elle interroge. Elle peut désoler aussi.

Désolé, j’ai dû mal comprendre. Je suis allé chercher de la cocaïne et en même temps elle veut voir mes chiens, dit l'accusé en bafouillant.

Pourquoi la tuer volontairement ?

C’est inexplicable, c’est un moment où je pète les plombs. Elle pleure et je lui donne des coups. Au moment où je donne des coups, j’ai l’intention de la tuer, oui."

13h32 - Me Jakubowicz regrette que les psychologues et psychiatres "au contact au quotidien" avec Nordahl Lelandais en détention ne puissent pas déposer devant la cour. L'avocat de l'accusé souligne que les entretiens de son client avec l'expert psychiatre remontent à de nombreux mois.

13h25 - Le 14 février 2018, Nordahl Lelandais avoue avoir tué la petite Maëlys. Il effectuera un séjour de plusieurs mois en hôpital psychiatrique à la suite d'un "effondrement narcissique", souligne Me Jakubowicz en citant le dossier.

"Ses capacités de défense se sont effondrées, explique l'expert psychiatre. Le problème c’est que, très vite, il y a une revalorisation narcissique. Il retombe sur ses pattes (…) Ca n’a pas duré longtemps et c’est un peu dommage."

13h10 - Pour caractériser la dangerosité de Lelandais, l'expert psychiatre avance trois éléments : "l'instabilité professionnelle et la conduite addictive", le fait qu'il "ne tienne pas compte des enseignements des condamnations précédentes" et son "manque d’empathie". La défense revient sur chacun de ces points avec le Dr Blachère.

12h55 - "Comment peut-on dire qu’il (Lelandais) souffre d’une pathologie et que ça n’altère pas sa responsabilité ?", demande Me Jakubowicz à l'expert psychiatre.

"Il a un problème de trouble mental, c’est ce qui explique ces faits et c’est ce qui explique sa réaction après les faits", commence par expliquer le Dr Blachère. Puis le psychiatre revient sur la notion de responsabilité altérée.

La question à laquelle il devait répondre dans le cadre de son expertise : "Au moment des faits, d’après ses dires et l’enquête judiciaire, Nordahl Lelandais était-il atteint d'un trouble psychique qui puisse alterner son discernement ou le contrôle de ses actes ?"

En clair, était-il en état de comprendre la nature licite ou illicite de ses actes. "Avec un trouble de la personnalité tel que le présente Nordahl Lelandais, la réponse est non (sa responsabilité n'était pas altérée, ndlr). Il sait très bien ce qui est de l’ordre de l’autorisation, légale, illégale, estime le Dr Blachère. Il est pleinement responsable de la maîtrise de son comportement."

12h45 - Dans son rapport d'expertise, le Dr Blachère conclue à une "très forte dangerosité psychiatrique" de l'accusé. Une conclusion en "contradiction majeure" avec l’autre collège d’experts psychiatres entendu lundi, selon Me Jakubowicz. Ces derniers soulignaient à l'inverse la "dangerosité criminologique" de Nordahl Lelandais.

"C’est bien sa personnalité qui est problématique, c’est l’enjeu majeur, ce n’est pas son environnement social", répond le psychiatre, estimant qu'il n'y a "pas de contradiction formelle" entre les deux expertises. "Nous avons tous conclu au fait que sa personnalité pathologique est problématique, même s’il existe des facteurs de dangerosité criminologique."

12h35 - La défense revient sur la personnalité "borderline" de l'accusé qui a pu jouer un rôle dans son passage à l'acte. "Pendant 34 ans de sa vie (à Lelandais), aucun de ces aspects terrifiants ne sont apparus, souligne Me Jakubowicz. Il avait en lui la capacité de ne pas passer à l’acte. Subitement, à 34 ans, c’est le déchaînement, ça explose, et on assiste en quelques mois à ces faits terrifiants. Quelle est votre analyse par rapport à cela ?"

"C’est quelque chose que les psychiatres ne peuvent pas expliquer, répond l'expert. Pourquoi avant cela se passait bien ? Pour l’instant, on n’a aucune réponse à donner." Le Dr Blachère émet toutefois une hypothèse.

En 2017, l'ancien militaire se trouve à une période de sa vie "où ça commence à mal tourner". Il vit chez ses parents, enchaîne les petits boulots, les déceptions sentimentales et "devrait réagir mais n'en a pas la capacité""C'est peut-être l’élément déclencheur", estime le psychiatre.

12h25 - Me Alain Jakubowicz prend la parole pour la défense. Il questionne l'expert psychiatre sur la possibilité que Lelandais se soit trouvé dans un "état dissociatif" au moment du meurtre de Maëlys.

Une hypothèse que le Dr Blachère "élimine de façon formelle". Dans le cas d'un état dissociatif, "le cerveau n'est plus capable de percevoir ce que vous ressentez" et le comportement du sujet devient "complètement incohérent".

Or, l'accusé dit avoir caché le corps de la fillette rapidement après l'avoir tuée avant de retourner au mariage pour avoir un "alibi". Si les symptômes décrits par Lelandais au moment du meurtre peuvent s'apparenter à un état dissociatif, "la lecture du dossier empêche de retenir cette hypothèse", tranche le psychiatre.

12h15 - L'accusé a reconnu vendredi l'ensemble des faits qui lui sont reprochés. "Il avoue tout sauf une intention sexuelle" sur Maëlys de Araujo, résume l'avocat général, Jacques Dallest, demandant son analyse à l'expert psychiatre.

"Ca peut être un mensonge, un déni, mais ça peut aussi être une réalité. En tant que psychiatre, je n’ai pas d’élément qui me permette de dire que cet enlèvement était à caractère sexuel", explique le Dr Blachère. "Il n'y a rien dans le dossier qui permette de valider qu’il y ait eu des faits de nature sexuelle."

12h10 - Nordahl Lelandais a-t-il souffert de stress post-traumatique ? L'accusé affirme avoir vu Arthur Noyer "revenir" en Maëlys lorsque la fillette était dans sa voiture. Un épisode qui pourrait être causé par ce type de trouble.

Mais c'est une "hypothèse qui ne tient pas" pour l'expert psychiatre, car Lelandais n'a pas eu de "comportements incohérents" après les homicides.

12h - Me Remond, l'avocate des petites cousines de Nordahl Lelandais victimes d'agressions sexuelles, revient sur les vidéos de ces attouchements. Elle se questionne sur la nature de ces images, notamment le fait que le visage des fillettes n'y apparaisse pas.

"Le fait de couper les visages ça peut être parce qu’on ne veut pas que l’enfant soit reconnu, ou bien on réduit l’enfant à un orifice", analyse l'expert psychiatre.

11h55 - Me Boguet questionne l'expert sur le comportement de Lelandais après le meurtre de Maëlys. L'accusé est revenu sur les lieux du mariage après la mort de la fillette, alors que les convives commençaient à la rechercher.

"Il (Lelandais) ne peut pas ignorer que la mère va potentiellement souffrir. Le fait de connaître le sujet ne va pas l’empêcher de (...) revenir avec un aplomb étonnant sur les lieux", note le Dr Blachère.

11h45 - L'avocat de Joachim de Araujo interroge le psychiatre sur "l'incompréhensible prélèvement d'une mèche de cheveu". Il semblerait qu'une mèche de cheveu de la petite Maëlys ait été sectionnée, mais l'accusé affirme ne pas en être à l'origine. Me Boguet se questionne donc sur le possible "fétichisme" de Lelandais.

"Le fétichisme, c'est réduire l’autre à une partie d’objet", définit le Dr Blachère, sans se prononcer davantage sur ce point. L'expert s'est effectivement entretenu avec l'ancien militaire dans le cadre du dossier Noyer, et non celui du meurtre de Maëlys.

11h35 - L'audience est reprise. Le Dr Blachère, expert psychiatre, va maintenant être interrogé par les parties civiles.

11h15 - "Lorsqu’il est confronté à l’horreur de ses actes, il (Lelandais) ne ressent ni honte ni culpabilité", souligne le psychiatre, évoquant un point déjà abordé par d'autres experts au cours de cette audience. Il conseille d'entamer un "travail psychothérapique pour amender les facteurs de risque qui pourraient l’amener à récidiver".

La présidente a fini de questionner l'expert et suspend l'audience jusqu'à 11h30.

11h07 - L'accusé a expliqué avoir été très affecté par les meurtres de Maëlys et du caporal Noyer. "Sa libido n'a pas été affectée" par ces faits, nuance le psychiatre. Par ailleurs, Lelandais n'a pas "cherché à mettre la société à l’abri d’une récidive possible."

"Si vous tuez quelqu’un et que vous vous remettez en cause, vous faites en sorte que ça ne se reproduise pas", développe-t-il. A l'inverse, après son passage à l'acte présumé, Lelandais "se remplit de toxicomanie et de sexualité (...) Il dit qu’il y pense tout le temps mais ça ne l’empêche pas d’avoir du désir, d’aller sur des sites pornographiques. Ca l’empêche d’avoir de la culpabilité."

10h58 - "Lorsqu’il (Nordahl Lelandais) est moins observé, il peut laisser libre cours à la composante dyssociale de sa personnalité", poursuit l'expert psychiatre en évoquant son comportement lorsque l'accusé a été hospitalisé en psychiatrie. Des soignants ont rapporté son "intolérance à la frustration", sa capacité à se mettre en colère rapidement et des "regards noirs".

10h50 - Nordahl Lelandais a expliqué à plusieurs reprises avoir eu des hallucinations visuelles et entendu des voix. C'était notamment le cas, selon lui, pour le meurtre de Maëlys.

Pour autant, "la schizophrénie ne tient pas" chez lui, selon le Dr Blachère. "Beaucoup d’éléments (chez lui, ndlr) ne vont pas avec la schizophrénie", justifie le psychiatre, évoquant le "peu d’intérêt pour la sexualité, le peu de relations sociales" des personnes schizophrènes. Ce qui n'est pas le cas de l'accusé.

10h40 - Pour l'expert psychiatre entendu lundi, le "clivage de la personnalité" de Lelandais le rend dangereux sur le plan criminologique. Mais parler des faits dont il est accusé pourrait provoquer chez lui un "risque d’effondrement", rappelle la présidente. Pour autant, ces éléments ne sont pas évoqués dans le rapport du Dr Blachère.

"Je suis d’accord sur l’extrême dangerosité", réagit le psychiatre. "Mais si en 4 ans il n’a pas évolué, on peut être extrêmement inquiet sur le diagnostic." Etant donné que ces troubles de la personnalité ne peuvent pas être soignés grâce à des médicaments, "c'est un travail psychothérapique extrêmement difficile à faire". Et encore plus difficile chez Lelandais en raison de ses "mécanismes de défense très efficaces"

10h30 - L'expert psychiatre évoque un trait singulier chez Lelandais, les "mécanismes de défense multiples" mis en place et leur capacité "à le mettre à l’abri de la culpabilité". Il cite comme exemple sa capacité à rejeter sa culpabilité sur les autres lorsqu'il est pris en faute.

10h18 - Valérie Blain, la présidente, interroge l'expert sur le passage à l'armée de Nordahl Lelandais. "Il essaye de se donner une bonne image, de dire que c’était un bon militaire, mais ce n’est pas aussi simple que ça", estime le Dr Blachère, entamant la lecture d'évaluations de ses supérieurs.

Globalement peu élogieux, ces rapports évoquent un comportement parfois problématique et la faible confiance de ses supérieurs. Cela souligne "des problèmes de relation à l’homme, de relation à la discipline", conclut le psychiatre, selon qui "sa capacité d’adaptation est problématique".

10h06 - La présidente demande à Nordahl Lelandais de se lever pour réagir à la déposition du Dr Blachère. "Je n'ai jamais parlé de martinet ou qu’on n’avait pas le droit de parler à table", se justifie le trentenaire. L'expert psychiatre avait affirmé plus tôt que l'accusé avait parlé de tels faits lors de son admission en hôpital psychiatrique en 2018, après ses aveux dans l'affaire Maëlys.

Avec son frère, "pas de bagarres, encore moins de couteaux", dément encore Lelandais. "Des corrections, on en a eues, mais pas de violences", ajoute-t-il alors qu'il aurait parlé de violences éducatives aux soignants.

"Est-ce que c’est parce que c’est difficile d’en parler ?", questionne la présidente. "Ca ne s’est pas passé, insiste l'ancien militaire. Si j’avais eu des corrections violentes, bien sûr que je le dirais. J’ai bientôt 40 ans, je pourrais en parler."

Lelandais se rassoit. "C'est possible qu'il ait menti à cette époque parce qu'il ne se sentait pas bien", réagit le médecin expert.

9h59 - S'il est condamné, Lelandais doit-il faire l'objet d'une injonction de soins ? "La réponse est oui dans la mesure où cela aurait l’importance d’un contrôle social, des addictions", estime le médecin expert qui a rencontré l'accusé dans le cadre de l'affaire Noyer.

Mais le psychiatre se montre sceptique sur les bénéfices que pourraient en retirer l'ancien militaire. "Sur le plan psychothérapique, faire évoluer ce type de personnalité est extrêmement difficile", souligne-t-il, d'autant qu'il s'est montré "très peu adhésif aux soins" lorsqu'il a été admis en hôpital psychiatrique en 2018.

9h55 - "Son image sympathique lui permet de vivre avec la partie sombre de sa personnalité", abonde l'expert psychiatre au sujet de Nordahl Lelandais. "Il a besoin de la reconnaissance des autres, c’est aussi pour cela qu’il ment. Ce n'est pas seulement utilitaire."

9h50 - L'expert aborde à présent le risque de récidive de Nordahl Lelandais. Sur le plan statistique, ce risque est "extrêmement marqué", estime le psychiatre. Il évoque l'"incapacité" de l'accusé à se remettre en cause, ses "conduites addictives" et le fait qu'il ne "change pas ses comportements quand il est condamné". "La punition n’a aucun effet pour lui", ajoute le Dr Blachère.

9h41 - Le Dr Blachère a décelé chez l'accusé un "trouble grave de la personnalité avec une triple composante borderline, dyssociale et narcissique". Il développe ces trois éléments.

La personnalité borderline peut se développer "chez les sujets qui ont eu un passé traumatique". Elle se traduit par une peur de l'abandon liée à une "carence au niveau de l’attachement dans l’enfance".

La "composante psychopathique" de sa personnalité est la dimension dyssociale. Cela produit des "sujets impulsifs, parfois violents, chez qui l’intégration des valeurs morales n’a pas fonctionné". Il s'agit souvent de personnalités séductrices mais ne ressentant pas l'empathie, dans l'incapacité de percevoir les émotions des autres.

Enfin, la composante narcissique permet au sujet de "se mettre à l’abri de toute culpabilité, de toute honte". Pour ces personnes, "l’autre n’est pas vraiment un sujet, c’est un objet", résume l'expert psychiatre.

9h28 - L'expert décrit les principaux traits de la personnalité de Lelandais. Il évoque notamment une personnalité à "tendance psychopathique", "dyssociale" et une "tendance à l’impulsivité".

Selon le Dr Blachère, les faits commis auraient pu "être dus à un stress post traumatique, un état d’angoisse qui pourrait le rendre violent". Mais cette hypothèse a été écartée par le psychiatre.

9h20 - Le Dr Blachère s'avance vers la barre. Il a rendu un rapport collégial d'expertise psychiatrique de l'accusé. Le médecin a rencontré Nordahl Lelandais pour la première fois en janvier 2018 dans le cadre de l'affaire Noyer.

L'objectif de cette expertise est de déterminer si l'accusé souffre d'un trouble psychiatrique altérant son discernement, d'évaluer sa dangerosité et de rendre un avis sur la légitimité d’une injonction de soins.

9h12 - L'audience est reprise à la cour d'assises de l'Isère pour la douzième journée du procès de Nordahl Lelandais. Un expert psychiatre est appelé à la barre pour présenter son rapport sur la personnalité de l'ancien maître-chien.