“Le vide dans la maison”, un documentaire sur l'amour malgré Alzheimer. Ce lundi à 23h15.

© Sylvain Bouttet
© Sylvain Bouttet

Le film de Sylvain Bouttet "Le vide dans la maison" parle de solitude, d'amour. On y suit Yves dont la femme atteinte d'Alzheimer n'est plus vraiment sa femme justement. La maladie en a fait une autre, avec laquelle il faut conjuguer. Le réalisateur nous parle de sa démarche.

Par Emilie Colin

Sylvain Bouttet aime les thèmes difficiles. Son film "Le vide dans la maison" diffusé lundi 25 janvier à 23h15  aborde la maladie d'Alzheimer à travers le regard des proches. Ceux-là doivent apprendre à faire avec une personne qui est déjà "ailleurs". Son point de départ, c'est Yves, dont la femme est hébergée dans le centre Kuzh-Heol, à Bourg Blanc (29).

Pourquoi avoir choisi de travailler sur ce thème ? Êtes-vous concerné ?

Non je n'y connais rien. J'ai l'habitude de travailler sur des sujets anxiogènes, en dédramatisant un peu. Il y a quand même 1 million de malades Alzheimer, c'est un vrai phénomène de société. Souvent, on parle de cette maladie de manière douce et poétique, comme au cinéma avec le film de Zabou Breitman "Se souvenir des belles choses". Cette maladie, c'est quand même qu'ils deviennent fou, c'est une démence. Le point de départ de ce film a été une rencontre avec le responsable d'une association. Je suis allé au centre Kuzh Heol et j'ai été scotché. Les malades là-bas sont dans la dernière phase de la maladie. J'ai ensuite pu parler à des familles et j'ai trouvé Yves, un monsieur touchant, très réservé, très sérieux et en même temps hyper fragile. Ce que je voulais c'était parler de celui qui reste. Les premières images ont été difficiles, on les prend dans le bide.

Justement à propos des images, vous alternez avec des passages où l'on entend seulement des témoignages, sans voir les personnes....

Ce sont des voix dans les limbes. J'ai utilisé des photos qui nous emmènent dans un univers délirant (NB. Lorsque les personnes parlent, on voit des images floues, étranges. Seuls les prénoms sont notés comme manuscrits). Je voulais qu'en écoutant ces gens on soit dans l'abstrait. Même Yves finalement on ne le voit pas trop. Chez lui, il est muet. En fait quand on est dans le centre, on prend tout dans la figure. J'avais donc besoin que l'on respire pendant le film. Je n'avais pas envie de montrer des interviews. Il fallait un contraste entre la dureté des images et ces voix douces. Le plus important, c'est que les gens racontent des choses drôles sur des situations qui leurs sont arrivées. Ce monsieur par exemple qui revient sur l'apéro qu'il a pris avec sa mère : une bouteille d'eau à la place du vin, et une nappe qu'elle avait disposé, qui était en fait une couche pour poser les verres. Il dit "ce moment a été très choquant pour mon fils mais c'était un beau moment".

Avez-vous des nouvelles de Yves ?

Nous avons fait une projection récemment. A la fin, il s'est levé, il s'est tourné vers les autres et a dit "ce film n'est pas facile à voir mais il faut le voir".  Le vide chez lui crève l'écran. Chez les fous, c'est un vide dans la tête. Pour les proches c'est dans le quotidien.

 

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