L'écotaxe est suspendue sur tout le territoire

Réunion à Matignon sur l'écotaxe le 29 octobre 2013 / © AFP
Réunion à Matignon sur l'écotaxe le 29 octobre 2013 / © AFP

Jean-Marc Ayrault annonce une suspension de l'écotaxe : "elle doit être corrigée... pour y parvenir il n'y a qu'un moyen, c'est le dialogue." Le gouvernement a pris cette décision après la réunion sur l'écotaxe à Matignon. En attendant, la manifestation prévue samedi à Quimper est maintenue. 

Par Antonin Billet (avec AFP)

12h

La manifestation prévue samedi à Quimper est maintenue, malgré la suspension de l'écotaxe. Les organisateurs viennent de l'annoncer.

11h50

Le Premier ministre suspend l'écotaxe au niveau national, il vient de l'annoncer dans un discours tenu juste après la réunion. "La confrontation doit céder la place au dialogue, je le dis dans l'intérêt de la Bretagne et tout le pays. C'est toujours ainsi que la Bretagne a réussi à s'en sortir... en se rassemblant sur un projet... le courage est de chercher la solution ensemble". Le Premier ministre appelle tous les élus, au délà de leur sensiblité, à venir discuter. Il a demandé au Préfet de la région Bretagne, de réunir dès demain, tous les acteurs économiques, politiques et sociaux. Jean-Marc Ayrault a aussi rappelé que ce projet qui avait été voté en 2009 par le gouvernement précédé, focalisait tous les mécontentements. "Ce n'est pas la cause de la crise de l'agroalimentaire, puisqu'elle n'est pas encore mise en place (...) mais elle pose des questions". C'est donc la suspension qui a été décidée au niveau national.

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Jean Marc Ayrault : écotaxe supendue

11h45

Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, s'apprête à annoncer une 'suspension' de l'écotaxe au niveau national. C'est ce que nous précisent plusieurs élus qui sortent de la réunion à Matignon.

 

11h

A Matignon, le bruit court que le gouvernement annoncera un report national de l'écotaxe, cette taxe sur les poids-lourds, qui provoque le colère en Bretagne. Pas de confirmation officielle pour le moment. Bernard Cazeneuve, ministre chargé des relations avec le parlement vient de quitter la réunion, selon notre journaliste sur place. 

10h45

Le député PS du Finistère Jean-Jacques Urvoas compare la situation actuelle de la Bretagne "à la crise de la sidérurgie lorraine dans les années 1980", dans une interview publiée mardi dans Le Figaro. M. Urvoas, qui répète être pour l'ajournement de l'écotaxe, "récuse l'idée qu'entre la reculade et l'entêtement, il n'y a pas d'autre choix".
Elus bretons -sauf UMP- réunis à Matignon pour discuter de l'écotaxe / © AFP
Elus bretons -sauf UMP- réunis à Matignon pour discuter de l'écotaxe / © AFP


Selon lui, "la situation est comparable à la crise de la sidérurgie en Lorraine dans les années 1980. Dans l'agroalimentaire breton, 20% des emplois sont menacés". "Certaines technostructures -Bercy et quelques hauts fonctionnaires, pour ne pas les nommer- peuvent rester sourds, persuadés que les élus ne sont mus que par la défense d'intérêts catégoriels", regrette le président PS de la commission des Lois de l'Assemblée nationale. Mais, ajoute ce proche de Manuel Valls, "le gouvernement est conscient de la gravité de la situation".

10h30

46 élus participent à la réunion organisée à Matignon sur l'écotaxe, 41 parlementaires bretons, le président de la région Bretagne Pierrick Massiot et les 4 présidents des conseils généraux. 
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Réunion sur l'écotaxe à Matignon le 29 octobre 2013
Réunion sur l'écotaxe à Matignon le 2

"On attend un moratoire", a déclaré Ronan Kerdraon, sénateur PS des Côtes-d'Armor, un ajournement de l'écotaxe qui cristallise les tensions dans la région. Joël Labbé, sénateur EELV du Morbihan participe aussi à la réunion, il fait partie des élus favorables à l'écotaxe.

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Joël Labbé sénateur EELV sur l'écotaxe
Joël Labbé sénateur EELV sur l'écotaxe

A noter la présence d'un élu de l'opposition, Thierry Benoît (UDI). Vu la gravité et l'importance de l'enjeu, "la politique de la chaise vide, ce n'est pas possible", a-t-il déclaré, critiquant le boycott des élus de l'opposition.

10h

Autour de la table : Jean-Marc Ayrault, le Premier ministre, les ministres de l'Agriculture, des Transports et de l'Agroalimentaire, le préfet de la région Bretagne et ‘presque’ tous les parlementaires bretons. Presque, car les députés UMP boycottent la réunion, demandant le retrait pur et simple de l’écotaxe :

Ce ne sont pas les parlementaires bretons qu'il faut recevoir mais les représentants des agriculteurs, des salariés, des industriels, des transporteurs pour leur annoncer le report sine die de l'écotaxe comme demandé vendredi en Préfecture de Région à Rennes.

Les Députés UMP Marc LE FUR, Isabelle LE CALLENNEC, Philippe LE RAY, Gilles LURTON, les Sénateurs UMP Dominique DE LEGGE, Philippe PAUL et les Députés européens Alain CADEC et Agnès LEBRUN


De nouvelles propositions dans les tuyaux


Hier, les ministres Le Foll et Cuvillier ont adressé au Premier ministre des propositions pour sortir du piège de l'écotaxe, décidée en 2009. La grogne monte en Bretagne comme en témoignent les affrontements qui ont fait une dizaine de blessés au pied du portique écotaxe de Pont-de-Buis (29), le week-end dernier.

Cette taxe, qui cristallise une bonne part de la colère bretonne, est une mesure du Grenelle de l'environnement mis en place à l'initiative de Nicolas Sarkozy. Elle doit être payée pour tous les camions français ou étrangers de plus de 3,5 tonnes, roulant sur certaines routes nationales (pas sur les autoroutes payantes). Censée rapporter plus d'un milliard d'euros par an, elle vise à inciter les entreprises à utiliser, pour le transport de marchandises, des modes moins polluants.

Une nouvelle détaxe ?

Interrogé sur la possibilité d'augmenter la détaxe de 50% déjà accordée à la Bretagne, M. Le Foll a admis qu'il s'agissait d'"une bonne piste de réflexion". Le ministre de l’Agriculture a écarté toute suppression de l’écotaxe, affirmant que cela coûterait 800 millions d’euros à l’Etat, le cas échéant.

Le Groupe des fédérations industrielles (GFI) et le Medef ont demandé séparément lundi au gouvernement "l'ajournement" de cette taxe qui pénaliserait le "made in France" en s'ajoutant "à une pression fiscale déjà record".

Le gouvernement pris en tenaille


Après les récentes reculades sur la taxation de l'excédent brut d'exploitation (EBE) ou sur les Plans épargne logement (PEL) et Plans d'épargne en actions (PEA), le gouvernement peut difficilement renoncer à cette mesure attendue par son partenaire écologiste.

"Si ce gouvernement cède (sur l'écotaxe), il ne faudra pas qu'il s'étonne qu'il n'y ait plus d'autorité sur rien", a ainsi mis en garde le chef de file des sénateurs écologistes, Jean-Vincent Placé.

"Il ne faut pas prendre l'écotaxe pour le bouc émissaire", a renchéri Pascal Durand, secrétaire national d'Europe écologie-Les Verts (EELV). "On voit bien que la Bretagne est à bout qu'il y a une crise mais la crise ce n'est pas l'écotaxe qui l'a créée", a-t-il relevé.

A droite, l'écotaxe constitue a contrario un nouveau cheval de bataille contre un gouvernement et un chef de l'Etat très affaiblis dans les sondages et dont la politique fiscale est contestée par une majorité de Français.

Membre du gouvernement qui avait décidé il y a quatre ans de la mise en place de cette taxe sur les poids-lourds, l'ex-ministre UMP, Bruno Le Maire, a ainsi estimé dans Le Parisien que l'équipe actuelle était "en train de mettre le pays à feu et à sang". L'ancien ministre de l'Ecologie, Jean-Louis Borloo, a lui répété qu'il fallait "remettre à plat" l'écotaxe, un projet qu'il avait pourtant lui-même porté à l'époque du Grenelle de l'environnement.

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