Patrons, syndicats et salariés main dans la main pour manifester samedi en Bretagne : quel message ?

Manifestation contre l'écotaxe à Pont-de-Buis (29), le 26 octobre 2013 / © AFP
Manifestation contre l'écotaxe à Pont-de-Buis (29), le 26 octobre 2013 / © AFP

L'écotaxe suspendue par le gouvernement, est-ce que le maintien de la manifestation contre l'écotaxe et pour l'emploi en Bretagne est justifié? Patrons, syndicats et salariés se retrouveront dans la rue, ensemble, quitte à brouiller le message. Essayons d'y voir clair.

Par Sylvaine Salliou

La réaction des élus bretons après la suppression de cette taxe était unanime, sauf pour les écologistes d'EELV et Christian Troadec, le maire DVG de Carhaix, meneur de la manifestation du 2 novembre à Quimper. A droite, comme à gauche, ils se sont quasiment tous, dits soulagés après l'annonce du Premier ministre et ont tous appelé au calme. 

Mais depuis, les réactions s'enchaînent d'autant que malgré la décision du gouvernement, agriculteurs, marins, transporteurs, artisans, commerçants, salariés des entreprises en difficulté sont toujours appelés à venir manifester samedi à Quimper, et aussi dans le Morbihan en Ille-et-Vilaine et même à Carhaix, sur les terres de Christain Troadec. Des sources proches des autorités tablaient initialement sur la présence d'environ 10.000 personnes, une foule hétéroclite venant de tous les horizons - patrons, salariés licenciés, agriculteurs, des militants de l’UDB, du Front de gauche ou du NPA ... coiffés comme la semaine dernière de bonnets rouges, symbole de la révolution antifiscale en Bretagne au XVIIe siècle. 

La majorité des syndicats appelle encore à manifester, mais pas au même endroit, ni pour les mêmes raisons

Pour le collectif "Vivre, décider, travailler en Bretagne", seule est acceptable la suppression définitive de cette taxe, surnommée la "nouvelle gabelle" par ses détracteurs bretons. "On a des appels de partout", confie M. Troadec. "On sait qu'il y a des bus qui vont venir des Côtes d'Armor, du Morbihan... Des mairies du nord-Finistère vont fermer plus tôt pour permettre à leurs agents d'aller à Quimper", dit-il, sans s'avancer sur la participation.

Christian Troadec maire DVG de Carhaix


Prenant le contrepied de la fédération nationale, la FRSEA de Bretagne partage cette revendication et a appelé à manifester samedi. "Produit en Bretagne", la plus importante association française gérant une marque collective de territoire et qui réunit plus de 300 entreprises, réclame elle aussi la suppression de la taxe. Et elle a appelé mercredi les 100.000 salariés de ces entreprises à participer à la manifestation.

"Cette manifestation sera le cri des gens qui veulent vivre et voir vivre leur territoire", résume Jacques Jaouen, président de la Chambre d'agriculture de Bretagne. C'est ausii l'avis de Thierry Merret, président de la FDSEA 29, meneur du mouvement des bonnets rouges.

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Thierry Merret FDSEA 29


La CGT, Solidaires et la FSU de Bretagne se désolidarisent complètement des manifestations de ce week-end en Bretagne. Les syndicats ne mâchent pas leurs mots et accusent dans un communiqué, les meneurs du mouvement de vouloir d'avoir toujours soutenu les politiques néolibérales responsables de la crise actuelle et de détourner le mécontentement du salariés : "Les bourreaux sont aux commandes de cette manoeuvre et se servent de leurs victimes pour faire en même temps bouclier et bélier". Résultat : la CGT, la FSU et Solidaires appellent à une manifestation le 2 novembre, à Carhaix, donc sur les terres de Christian Troadec.

FO manifestera samedi. Nadine Hourmant, représentante FO de chez Doux explique qu'elle manifestera à côté de patrons parce que "lutter contre l’écotaxe, c’est lutter pour les salariés."

Certains élus de droite et de gauche appellent à manifester, mais pas les socialistes

Marc Le Fur, Député UMP des Côtes d'Armor invite toutes les Bretonnes et tous les Bretons qui souhaitent défendre notre économie régionale à participer à la manifestation de Quimper. Il y sera dit-il dans un communiqué. "Nous demandons au gouvernement, non pas la suspension mais le retrait pur et simple de l'écotaxe. Ce qu'il faut pour la Bretagne, c'est un véritable plan "ORSEC" pour sauver l'industrie agroalimentaire bretonne qui se trouve dans une situation difficile".

L'UDB appelle à la mobilisation massive et au respect des biens et des personnes. Christian Guyonvarc'h, conseiller régional de Bretagne UDB reste cependant vigilant : "Le 2 novembre la Bretagne ne doit pas offrir le spectacle d'une jacquerie, c'est-à-dire d'une révolte désordonnée et sans aucun débouché, d'une "chienlit" comme aurait dit Charles de Gaulle. Car ceux qui récolteraient dans quelques mois les fruits amers d'une telle impasse sont clairement identifiés". Breizhistance appelle aussi à manifester.

Qui n'appelle pas ou plus à manifester ?

Les socialistes ne manifesteront pas samedi, ni à Quimper, ni ailleurs. Le maire de Quimper, proche de François Hollande s'est exprimé ce sujet

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Bernard Poignant, maire de Quimper

Signe des temps, comme le PS, le "Collectif des acteurs économiques de la Bretagne", qui affirme représenter 150.000 entreprises et qui réunit plutôt des patrons ne manifestera pas non plus. Pour la Fédération Nationale des Transports Routiers (FNTR), la suspension de la taxe poids lourds est aussi une "bonne nouvelle". Mais les transporteurs sont divisés, certains manifesteront samedi, comme Claude Rault, chef d'entreprise à Pontivy. Il mène les manifestations contre l'écotaxe dans le Morbihan, depuis le début et il sera sous le portique de Ste Allouestre samedi.
La CFDT n'appelle pas à manifester non plus. Pour le syndicat, "il est temps de sortir des amalgames et confusions en tous genres".

Après le Comité Régional des Pêches, c’est au tour de la Confédération Paysanne d’annoncer qu’elle n’ira pas manifester samedi à Quimper. Dans un communiqué publié ce jour, elle se dit toujours prête à se mobiliser pour l’emploi en Bretagne mais refuse toute instrumentalisation de l’écotaxe.

Dans un rare communiqué commun, l'archevêque de Rennes, Pierre d'Ornellas, et les trois évêques de la région ont exhorté tous ceux qui connaissent "de graves difficultés et ressentent la colère, le désespoir ou la tentation de la violence", à "ne pas céder à cette tentation".

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