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L'Elysée et Matignon surveillent la Bretagne comme le lait sur le feu !

Reculade du gouvernement face à la révolte ou stratégie d'apaisement avant la manifestation de Quimper ? Le démontage du portique de Pont-de-Buis traduit aussi l'inquiétude du gouvernement face à un territoire entré en rébellion contre l'Etat centralisé. Décryptage.

La révolte des bonnets rouges peut-elle se transformer en révolution ?
La révolte des bonnets rouges peut-elle se transformer en révolution ?
Dans l'entourage immédiat de François Hollande, il y a deux hommes que le Président écoute actuellement plus que d'autres. Bernard Poignant, maire de Quimper, proche conseiller du Président, et Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense, ancien maire de Lorient, ex-président du Conseil Régional de Bretagne. Ce dernier est certes en retrait de la région depuis sa nomination au gouvernement, mais il garde en permanence un oeil sur les affaires bretonnes, grâce à ses nombreuses antennes au sein du Conseil Régional.
En 2012, c'est d'ailleurs à Quimper et Lorient que François Hollande avait fait ses premiers déplacements entre les deux tours de la présidentielle. Une manière de remercier les électeurs bretons de l'avoir largement placé en tête au premier tour, pour finalement l'élire très largement avec 56,35% des voix !


Avis de tempête

Seulement voilà, depuis quelques mois, une tempête économique s'est abattue sur l'ouest de la Bretagne. Doux, Gad, Marine Harvest, et maintenant Tilly Sabco. L'agroalimentaire breton traverse une violente dépression, avec des milliers de suppressions d'emplois, et c'est la foudre qui s'abat sur le pouvoir en place. Dans un sondage publié par Ouest-France, 85% des bretons ne font plus confiance au gouvernement pour sortir de la crise ! Ils préfèrent croire aux salariés eux-mêmes (90% d'opinions favorables), aux chefs d'entreprise (80%) ou encore aux collectivités (63%). Bref, ils n'attendent plus grand chose de l'Etat.


Ras-le-bol de l'Etat 

Au final, c'est "tout ce qui vient de Paris" qui provoque aujourd'hui un rejet massif d'une population bretonne en pleine tourmente. Les fameux bonnets rouges, désormais arborés par les manifestants, en sont le symbole. En 1675, les paysans bretons s'étaient révoltés contre les taxes instaurées par le Roi Soleil. "L'Etat nation, c'était un signe de modernité au 19 ème siècle !", affirme Jean-Michel Le Boulanger, l'un des vice-présidents du Conseil Régional et proche de Jean-Yves Le Drian. Aujourd'hui, il va même  jusqu'à traiter publiquement de nouveaux  "ploucs" de la République, les "Jacobins qui s'accrochent à une vision dépassée de l'Etat Nation"

Une révolte organisée

Au plus haut sommet de l'Etat, la garde rapprochée de François Hollande observe donc, comme le lait sur le feu, cette cocotte minute bretonne qui menace d'exploser. Bernard Poignant et Jean-Yves Le Drian le savent bien : ce qui pourrait apparaître comme de l'anti parisianisme primaire, cache en fait une rupture idéologique beaucoup plus profonde avec certains acteurs de l'écosystème politico-économique breton. Le 28 août dernier, 200 personnes se sont réunies à Saint-Gonnery, en centre-Bretagne, à l'appel du CCIB (Comité de Convergence des Intérêts Bretons). Dans une salle des fêtes en ébullition, des chefs d'entreprise, des agriculteurs, des élus, des représentants syndicaux, de tous horizons confondus, ont voté à l'unanimité le refus de l'écotaxe. On connaît désormais la suite des événements...

 

La confrontation doit laisser place au dialogue


Ainsi s'est exprimé Jean-Marc Ayrault en annonçant pour l'instant la suspension de l'écotaxe. Du côté des leaders de la fronde bretonne, on exigeait aussi un autre symbole de cette politique de la main tendue : le démontage pur et simple du portique de Pont-de-Buis, pour contenir le feu qui menace aujourd'hui de s'étendre. C'est désormais chose faite. De toute façon, il aurait fallu dépenser des fortunes pour en assurer la protection.
Et maintenant ? En coulisses, avec plusieurs acteurs de l'économie régionale, le CCIB prépare  une plate-forme de propositions à destination du gouvernement, revendiquant le droit à l'expérimentation régionale pour résoudre la crise. Cette plate-forme "politique" devrait être présentée dans les prochaines semaines. Elle proposera une feuille de route stratégique pour la Bretagne et entend servir de "laboratoire" pour les autres régions françaises.

Un risque électoral majeur

Mais le gouvernement peut-il se risquer à lâcher du lest sur un terrain aussi miné ? Rien n'est moins sûr. Car comment déléguer à la Bretagne un réel pouvoir de décision sur son avenir sans ouvrir la boîte de Pandore des revendications ailleurs dans l'hexagone ? Plus que jamais, la gestion de la crise bretonne s'apparente à un véritable casse-tête pour le gouvernement, au risque, sans doute, d'en payer le prix fort lors des prochaines élections municipales et européennes en 2014. Avec le risque non négligeable d'observer une percée du vote extrême dans une région qui a toujours fait barrage aux thèses du Front National.

Dans un premier temps, ce samedi, la manifestation de Quimper servira donc de sondage grandeur nature pour mesurer si les mesures prises cette semaine suffisent ou pas à faire retomber la fièvre de la contestation. Et dès la semaine prochaine, le 8 novembre, Jean-Michel Le Boulanger, le vice-président du Conseil Régional, publiera "Etre Breton", un essai sur l'identité bretonne. Nul doute doute qu'au plus au sommet de l'Etat, on lira cet ouvrage avec beaucoup d'attention !


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