Les folles dépenses du TNB au menu du Conseil Municipal de Rennes, ce soir

Le théâtre National de Bretagne de nouveau dans la tourmente
Le théâtre National de Bretagne de nouveau dans la tourmente

Un rapport de la Chambre régionale des comptes de Bretagne pointe du doigt les dépenses exagérées de la direction du Théâtre National de Bretagne. Il sera officialisé ce soir lors d'un Conseil Municipal de Rennes, qui s'annonce houleux.

Par Hélène Pédech

Décidément, le directeur du TNB, n'en finit pas de semer des petits cailloux dans les chaussures de la municipalité rennaise !

Il y a six mois déjà, à quelques jours du premier tour des élections municipales, François Le Pillouër avait plongé la candidate socialiste, Nathalie Appéré, dans l'embarras en utilisant le fichier des abonnés du TNB pour adresser un courrier vantant les mérites de la politique culturelle rennaise menée par la majorité sortante *.
Ce soir, cette même majorité socialiste va devoir s'expliquer sur une autre polémique soulevée par la Cour des Comptes au sujet du Théâtre National de Bretagne. Pendant plusieurs années, de 2009 à 2012, la chambre régionale des comptes (CRC) de Bretagne a passé au crible la gestion financière de l'institution rennaise. Le rapport sera officiellement publié lors du conseil municipal de ce soir mais le Mensuel de Rennes a déjà dévoilé quelques observations. Nous y avons également eu accès.    
  

"Aucune limite"

Certes la CRC souligne les bons résultats en terme d'activité artistique, notamment de fréquentation, du TNB. La juridiction est en revanche beaucoup plus critique en ce qui concerne certaines pratiques financières de la direction du Théâtre. Les frais de déplacement, de mission et de réception, engagés majoritairement par l'encadrement, se seraient ainsi élevés à 163 078 euros en 2009.

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Extrait du Rapport de la Chambre Régionale des Comptes de Bretagne, p.21

 A titre de comparaison, Le Point annonce que "des frais du même genre ont oscillé entre 28 190 euros et 31 840 euros entre 2009 et 2012 au Théâtre national de Bordeaux Aquitaine, qui, lui, est géré par une régie privée." La CRC regrette que ces frais ne soient encadrés à Rennes par "aucune limite".


Cinq cartes bleues

Autre point sur lequel la direction du TNB va devoir s'expliquer: l'utilisation de cinq cartes bleues. Celles-ci ne possèderaient "aucun plafond de dépenses [...] en dehors de ceux régis par les contrats bancaires". Ainsi, à eux deux, le directeur du Théâtre et son délégué, Laurent Parigot, auraient dépensé 50.000 euros sur l'année 2011.

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Extrait du rapport de la Chambre régionale des Comptes de Bretagne, p.11

Troisième point, le rapport de la chambre des comptes met en cause les modalités d'appels d'offres. Celles-ci ne répondraient pas "aux règles de publicité et de concurrence [...] Cette pratique ne permet pas au TNB de s'assurer que ses achats sont les plus économiquement avantageux et l'expose de surcroît à des risques juridiques".

"La question du nombre de mandats se pose avec acuité"

Dans un chapitre consacré à la "nomination" du directeur général unique, la CRC s'étonne aussi de la longévité de François le Pillouër à ce poste (NDLR: Directeur du TNB depuis 1994, François le Pillouër a vu son mandat renouvelé en 2013 jusqu'au 31 décembre 2016.)  "La question du nombre de mandats se pose avec acuité, le ministre de la Culture et le maire de Rennes ayant indiqué en 2009 qu'il s'agissait du dernier mandat du directeur à la tête du TNB". Et d'ajouter que "la procédure de nomination [...] n'apparaît par conséquent pas satisfaisante sans réel appel à projets préalables permettant d'élargir le choix des candidats."

Enfin, le rapport se penche sur les relations entre le TNB et le Théâtre de La Parcheminerie. Ce petit-théâtre de centre-ville est détenu par une Société coopérative et participative (Scop), elle-même gérée par une salariée du TNB qui est aussi l'épouse du directeur délégué, Laurent Parigot. Or le TNB verse à cette société un loyer mensuel de 2750 euros (2008). Selon la CRC, "compte tenu de la proximité des dirigeants des deux structures et leurs intérêts croisés [...], les membres du conseil de surveillance auraient dû être informés dès l'origine de cette situation".

Nathalie Appéré: "les réponses de la chambres restent inappropriées"

Face à ces observations, le directeur du TNB, François Le Pillouër, a répondu par courrier à la Chambre régionale des comptes. Concernant la gestion, il explique "qu'elle a pour cadre une situation financière fragile avec des baisses de subventions [...]". revenant sur le théâtre de La Parcheminerie, le directeur écrit que "la location est effectuée dans des conditions normales. le conseil de surveillance du 24 septembre 2013 a décidé de demander au commissaire aux comptes de viser cette convention liant le théâtre de La Parcheminerie au TNB".

De son côté, la maire de Rennes, Nathalie Appéré, s'est elle aussi fendue d'une lettre à la CRC. "Sur le plan financier [...], estime-t-elle, les estimations de la chambre restent inappropriées".

La démission demandée

Un soutien et des arguments qui risquent de ne pas suffire à éteindre le feu ce soir. Sans attendre la tenue du Conseil municipal, deux élus du Parti de gauche ont déjà réclamé la démission du directeur du TNB.

* Au lendemain des élections, et suite au mailing de François Le Pillouër, le candidat malheureux de la droite et du centre, Bruno Chavanat, avait déposé un recours devant le tribunal administratif demandant l'invalidation des comptes de campagne de Nathalie Appéré. L'affaire sera jugée le vendredi 26 septembre en audience publique.

Le reportage de Roger Bendayan et Serge Lenauld au Conseil municipal de Rennes hier soir

conseil municipal Rennes TNB

Interviews :
Bertrand Plouvier, élu de l'oppostion "Alternance 2020"
Benoit Careil, adjoint au maire de Rennes, en charge de la culture

Le rapport de la Cour des Comptes



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