Agriculteurs en souffrance. La solidarité des paysans pour faire face aux galères

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Écrit par Séverine Breton
Un problème électrique sur un tank à lait a failli faire disparaitre sa ferme. Laurent Le Meitour, épaulé par Solidarité Paysans se reconstruit.
Un problème électrique sur un tank à lait a failli faire disparaitre sa ferme. Laurent Le Meitour, épaulé par Solidarité Paysans se reconstruit. © Y. Etienne / FTV

Selon l'Insee, 18 % des 32 000 ménages agricoles bretons vivent sous le seuil de pauvreté. Les filières sont en souffrance : lait, porc, volailles. Et quand les prix vont mal, les agriculteurs vont mal. Depuis 1992, Solidarité Paysans vient en aide aux exploitants en difficulté.

Dans la salle de traite, le silence règne en maitre absolu. Le doux ronronnement du tank à lait s’est tu. Ni les vaches ni l’éleveur n’ont posé une patte ou un pied dans cette partie de la ferme depuis des mois.

"J’ai arrêté de produire du lait en février 2021 raconte Laurent Le Meitour… Ras le bol, j’en avais marre."

De l'électricité dans l'air

Les soucis de Laurent ont débuté en 2011. Quelques mois plus tôt, il a changé son tank à lait. Ça a commencé par la prise de courant qui a totalement fondu. Pas trop grave. Et puis les vaches ont commencé à bouder la salle de traite. "Quand je voulais les faire rentrer, elles tournaient, elles tournaient. Elles ne voulaient plus rien savoir, il fallait s’y mettre à 4 ou 5 ! " 

Laurent soupçonne un problème électrique. Entre 2011 et 2017, des électriciens interviennent une quarantaine de fois. En vain.

La production de lait commence à dégringoler, de 7 500 litres, les vaches descendent à 3 000. Les bêtes tombent malades, perdent leurs veaux. Laurent, lui, perd confiance. Les pertes s’accumulent. Pour s’en sortir, il vend des vaches, il a de moins en moins de lait, et donc de moins en moins de revenus.

Un jour, Laurent décide de changer le tank et le câblage électrique. Les vaches reprennent du poil de la bête. Mais pour Laurent, le mal est fait.

Pensées suicidaires

Après 20 ans d’activité sur la ferme, en 2015, on lui a proposé de prendre des cours pour réapprendre à traire. "J’ai pensé à me suicider souffle l’éleveur, je ne l’ai pas fait pour mon fils. Avoir étudié, travaillé comme ça pendant des années pour en arriver là, ce n’est pas possible."

L’agriculteur chiffre ses pertes à 300 000 euros. Laurent avoue qu’il a été au bout du bout. "Je vivais chez mes parents, heureusement. J’ai vécu avec rien du tout. Je ne m’habillais pas, la nourriture c’était mes parents. J’avais 20 ou 30 euros pour faire le mois ! "

Avant de sombrer, Laurent a fait appel à Solidarité Paysans. D’anciens agriculteurs regroupés en association pour venir en aide aux exploitations en difficultés. "En 2017, 20 % des agriculteurs n’ont pas pu se verser un revenu ou ont eu un revenu négatif" motive l’association.

Le rapport de la commission des affaires économiques du Sénat rendu en mars 2021 note que pourtant, "dans les fermes, les semaines de travail font en moyenne 55h, 90% des agriculteurs travaillent le week-end et les deux tiers d’entre eux ne quittent pas la ferme plus de 3 jours par an."

Des solutions existent

"On cherche des solutions pour que les personnes s’en sortent détaille Paul Renault, le président de Solidarité Paysans Bretagne. Mais on met souvent la responsabilité des échecs sur le dos des éleveurs, alors que c’est le système qui ne marche plus. On ne peut pas vivre en vendant du lait, du porc ou des poulets en dessous des coûts de production." En un an, en Bretagne, 590 fermes laitières ont mis la clé sous la porte.

"Quand on nous téléphone, témoigne Paul Renault, la première chose que l’on remarque, c’est l’isolement total des gens. Ils ne voient plus leurs familles, ne voient plus leurs voisins, n’ont plus d’amis, ne vont plus ni au bistrot, ni à la messe. Notre urgence, c’est de leur rappeler qu’ils sont des hommes et des femmes et qu’ils peuvent redémarrer quelque chose. Dans le monde agricole, la surmortalité par suicide est 20% supérieure au reste de la population."

Avec les éleveurs, l'association cherche des aides financières, des solutions de financement, des solutions techniques aussi. 

Laurent a définitivement fermé sa salle de traite, mais il a gardé ses prés, ses vaches. Son exploitation se tourne vers la production de viande.  Avec l’aide de l’association, il redémarre. Une autre vie.  

En partenariat avec France 3 France Bleu et Make.org

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