Ammoniac dans l'air breton. La dernière campagne de mesure confirme le rôle de l'agriculture dans cette pollution

La Bretagne est la première région émettrice d'ammoniac dans l'air, les NH3, qui comptent parmi les responsables de la pollution aux particules fines. Airbreizh vient d'établir le bilan d'une campagne de six mois de mesures qui confirme le rôle des épandages agricoles dans ces émissions.

Avec 17% des émissions nationales, la Bretagne est la première région française émettrice d'ammoniac (NH3) dans l'air. Il contribue à la pollution aux particules fines, favorisant selon de nombreuses études scientifiques des cancers et maladies cardio-vasculaires.

L'association régionale de mesure de la qualité de l'air, Airbreizh, a effectué, à la demande de l'Agence égionale de santé (ARS), une campagne de mesure de six mois, du 3 novembre 2020 au 4 mai 2021, à l'aide de six capteurs, dont l'un fournissait des données en continu.

Il s'agissait de mesurer la répartition spatiale des concentrations en ammoniac, déjà relevées dans de précédentes enquêtes, ainsi que leurs variations en fonction de leur localisation, bien sûr, mais aussi de l'heure de la journée, des conditions météo, et d'établir également des variations saisonnières.

Le rôle des épandages

Les six points de mesures ont été répartis sur trois communes : Merléac dans les Côtes-d'Armor, Rennes, et Saint-Malo.

A Merléac, le capteur, situé à Kergoff, a pu mesurer l'émission d'ammoniac dans un secteur où se concentre une activité d'élevage. Et "bien que la période couverte soit différente" note l'étude, "la moyenne mesurée est proche de celle obtenue en 2020".

L'agriculture est responsable en Bretagne de 99% des émissions. Depuis le 1er décembre 2020, ce capteur mesure les données en continu

Ces dernières ont pu établir "une variation temporelle marquée" : les concentrations en NH3 sont plus élevées lorsque la période est propice aux activités agricoles.

Autre constatation : des variations horaires qui peuvent être importantes dans la journée. Le pic horaire maximal mesuré (152 µg/m3) "semble résulter d’un épandage à proximité de la station quelques jours avant" indique la synthèse de l'étude.

Les niveaux enregistrés l'hiver sont plus faibles que ceux mesurés au printemps. Un lien avec les activités agricoles, mais aussi parce que la température influe sur la volatilisation de NH3.

Timac-Agro à Saint-Malo, le plus gros émetteur breton

Trois émetteurs ont été placés à Saint-Malo, dont un sur la zone portuaire gérée par la CCI, suite à l'alerte de deux association environnementales et aux fortes émissions de NH3 de l'usine de production d'engrais de Timac-Agro.

Cette dernière avait émis 46 tonnes d'ammoniac en 2019 et, régulièrement, les pics de pollution ont des conséquences dans le voisinage, provoquant l'inquiétude des riverains.

"Surveillée depuis 2017, l'entreprise a émis jusqu'en avril 2020 des doses dépassant jusqu'à quinze fois les euils autorisés" écrivait Caroline Trouillet dans son enquête pour Splann !

La campagne de mesure d'Airbreizh situe cette fois les pics d'émission au niveau d'un capteur situé sur la zone industrielle. C'est précisément là que la Timac-Agro a déplacé son activité de production d'engrais. Ce point se démarque clairement des deux autres capteurs de la ville, "avec une concentration moyenne et un maximum plus élevé".

Il faut une redevance sur l'ammoniac

L'association Eau et Rivières de Bretagne a réagi à cette étude par voie de communiqué, en demandant pour Saint-Malo une mesure en continu, comme cela se pratique à Merléac.

L'association demande "la mise en place d'une redevance sur les engrais minéraux azotés, et l'interdiction des engrais les plus polluants à base d'urée [servant aux épandages]".