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Grâce à l’enquête de sa petite nièce, André Gondet, un résistant breton oublié reçoit la médaille de la Résistance 75 ans après sa mort et reprend sa place dans sa famille. 
 

Le 18 juin prochain (2019), seront célébrés les 75 ans de la bataille du maquis de Saint-Marcel. A l’été 1944, plus de 3000 résistants se regroupent dans la campagne de cette petite commune du Morbihan et vont obtenir la première victoire significative face à l'occupant sur le territoire français.

S'en suivent malheureusement d'atroces représailles contre la population et la Résistance alors que les troupes américaines se font attendre. Parmi les victimes, André Gondet, un jeune membre des Forces Françaises de l'Intérieur. Il allait à coup sûr tomber dans l'oubli sans les recherches menées récemment par sa petite nièce. Stéphanie Trouillard raconte son travail dans un livre "Mon oncle de l'ombre, enquête sur un maquisard breton" (éditions Skol Vreiz). 
 

Tout part d'une photo


Toute son enfance, Stéphanie Trouillard contemple un portrait, accroché chez son grand-père. On y voit un jeune homme. Elle ne sait pas qui c'est. Personne n'en parle. Elle questionne d'abord ses parents, qui n'en savent pas beaucoup plus qu'elle.
 
André Gondet s'affiche sur les murs du grand-père de Stéphanie Trouillard / © Dr
André Gondet s'affiche sur les murs du grand-père de Stéphanie Trouillard / © Dr

Stéphanie décide alors de creuser, de faire parler les archives, d'interroger des témoins de l’époque, de refaire le parcours d’André, originaire de Bohal, jusqu’en Allemagne où il a été envoyé pour le Service du Travail Obligatoire, jusqu'à découvrir son exécution.


Il y avait un héros dans la famille


Avant d'intégrer le maquis en 1944, André passe quinze mois à Bretten, en Allemagne en tant qu'ouvrier métallurgiste pour le STO. Il bénéficie un jour d'une permission pour rentrer en France. Il ne repartira jamais. Sa décision est prise, il s'engage dans la Résistance. 

Le maquisard de Saint-Marcel participe à la fameuse bataille du 18 juin. Dès le lendemain des combats,  la dispersion des résistants est ordonnée. Dans les semaines qui suivent, André arrive au lieu-dit Kerihuel sur la commune de Plumelec. Il se met à l’abri dans une ferme avec d’autres FFI (Forces Françaises de l'Intérieur) et des parachutistes SAS (Special Air Service) dont le capitaine Marienne.
 
Le capitaine Pierre Marienne / © OBC - Musée de la Résistance bretonne
Le capitaine Pierre Marienne / © OBC - Musée de la Résistance bretonne

Des miliciens guident finalement l’ennemi vers leur cache. Au matin du 12 juillet, un crime de guerre est en marche. Les hommes sont cueillis au réveil : parachutistes contre un mur, FFI faces contre terre, les mains liées… Miliciens et soldats exécutent 18 personnes dont trois habitants des lieux. 
 
Kerihuel - Les miliciens français au service de l'ennemi plastronnent devant leur crime  / © OBC - Musée de la résistance bretonne
Kerihuel - Les miliciens français au service de l'ennemi plastronnent devant leur crime / © OBC - Musée de la résistance bretonne

Maintenant que Stéphanie connaît l'histoire de son aïeul, elle veut qu'il soit honoré. Elle demande qu'il reçoive la médaille de la Résistance.

 

C'était juste une photo dans ma famille. Depuis 7 ans que je suis à sa recherche, il fait vraiment partie de ma vie. (Stéphanie Trouillard)


75 ans après, Evan, décoré pour son arrière grand-oncle


Le 9 février dernier le petit Evan, 4 ans, se retrouve au centre d’une cérémonie très solennelle à l’Ordre de la Résistance aux Invalides à Paris. Il vient recevoir la médaille de la Résistance pour son arrière grand-oncle. Une reconnaissance tardive de l’engagement d'André.
 
À 4 ans, Evan arrière petit neveu de André Gondet reçoit la médaille de la Résistance  / © DR
À 4 ans, Evan arrière petit neveu de André Gondet reçoit la médaille de la Résistance / © DR
 
Au fil de ses découvertes, Stéphanie constate que le silence autour de l'histoire d'André est lié à la douleur des événements. Son grand-père, jusqu'à sa mort, ne racontera jamais rien de son frère. 

 

Quand le destin de la "Mère Samson" croise celui d'André Gondet


En avril 2018, le musée de la Résistance bretonne lance un appel. Il essaie d'identifier une femme, sur un portrait qui ne comporte qu'une date, celle du 27 juillet 1947, jour de la visite du général de Gaulle à Saint-Marcel pour honorer les maquisards et toute la population résistante de Saint-Marcel et des environs.
 

Cet appel va porter ses fruits. Il permet d’identifier Marie-Julienne Samson. La "mère Samson", décorée de la Croix de guerre 39-45 ce 27 juillet 1947. Son histoire à elle rejoint tragiquement celle d'André Gondet


Son fils tué sous les mêmes balles qu'André


En 1944, la guerre tue neuf membres de la famille de Marie-Julienne, en quelques semaines. Parmi les victimes le plus jeune de ses fils, Eugène Morizur, chef des FFI de Plumelec est exécuté à Kérihuel le 12 juillet 1944, tombé sous les mêmes balles qu'André.

Tristan Leroy, conservateur du musée de la Résistance bretonne raconte comment les connexions ont pu être établies entre ces deux destins.
 

 

Le musée de la Résistance bretonne bientôt métamorphosé

Les futurs aménagements du musée de la Résistance bretonne / © Cadmée-AST-Gruet-Peutz-LTP
Les futurs aménagements du musée de la Résistance bretonne / © Cadmée-AST-Gruet-Peutz-LTP

Le musée de la Résistance bretonne de Saint-Marcel va bientôt faire peau neuve. Une architecture totalement remaniée et un parcours de visite modernisé qui fera la part belle aux histoires individuelles. Le conservateur insiste, "il y a un destin derrière l’objet". Le visiteur approchera donc de plus près les petites histoires qui enrichissent souvent la grande. Les travaux débuteront fin novembre 2019.
 

Même si le budget de ce chantier est bouclé, le musée lance un appel à mécénat (déductible d'impôt) pour financer des équipements complémentaires suivants : l'Historial des parachutistes SAS de la France Libre, les contenus et animations numériques, le patio mémoriel.