COP 26 : pour le climatologue Laurent Labeyrie, " tout n’est pas foutu ! "

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Écrit par Séverine Breton
Laurent Labeyrie, ancien membre du Giec veut garder espoir
Laurent Labeyrie, ancien membre du Giec veut garder espoir © Q. Cézard /FTV

A Glasgow, la Cop 26 s’achève sur l’image de son président, Alok Sharma au bord des larmes. Après 15 jours de discussions, il n’est plus question de sortir du charbon, mais de le réduire. Laurent Labeyrie, ancien membre du Giec veut continuer à y croire." On peut encore faire quelque chose" assure le climatologue.

"On a tendance à dire, on verra plus tard, mais c’est maintenant qu’il faut prendre les décisions." Laurent Labeyrie est spécialiste des changements climatiques, passés, présents, futurs.

Toute sa vie, il a couru les mers pour aller prendre les températures des océans du globe, prélever des carottes de glace. Il l’a vu de ses yeux, constaté avec ses relevés, la température des eaux augmente. "C’est clair, explique-t-il calmement, depuis 100 ans, la terre se réchauffe vite, très vite. En 50 ans, la Bretagne a gagné 2 degrés. " 

La Bretagne privilégiée  

"Dans le Morbihan, nous allons avoir le climat du Portugal expose Laurent Labeyrie, nous aurons donc de plus en plus d’étés chauds. Au début, ce sera peut-être quelques jours, puis quelques semaines, puis, si on ne fait rien quelques mois. Avec jusqu’à 30 degrés la nuit. En automne, en hiver, nous aurons plus de pluies, des gros orages et donc des risques d’inondation. "

Mais Laurent Labeyrie en est persuadé, "COP après COP, il y a des progrès, on avance. On sait désormais que l’on ne pourra pas rester en dessous d’un réchauffement de la terre de moins de 1,5 degré. Nous avons mis tellement de CO2 dans l’atmosphère que c’est foutu. Mais nous pouvons, nous devons rester en dessous de 2 degrés. Et si on n’agit pas maintenant, ce sera encore pire, soupire-t-il. Moins on fait, plus cela aura de conséquences."  

Doit faire beaucoup mieux 

"La Cop 26 a pris des engagements, se réjouit- il  Les chefs d'’Etat de tous les pays se sont assis autour d’une table et tous ont été obligés d’entendre ce qui pourrait se passer s'ils ne font pas des efforts pour diminuer les consommations de charbon et de pétrole. Les eaux vont monter de 50 centimètres à un mètre, les zones désertiques vont s’étendre. Si on ne veut pas que ceux qui souffrent déjà souffrent encore davantage, il faut changer nos modes de vie. "

Laurent Labeyrie se décrit comme un pragmatique qui a envie que les choses bougent." Cela ne sert à rien de se battre pour un objectif idéal qu’on ne peut pas mener à terme parce qu’il bouscule trop l’ensemble du système, ça ne marche pas."

Le réchauffement au quotidien 

L’ancien membre du GIEC, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat explicite: "le réchauffement va avoir des conséquences considérables dans notre vie de tous les jours. Il faut réfléchir à nos maisons, notre alimentation, la façon dont on circule." 

"Par exemple, on a annoncé la fin des voitures à essence, d’ici quelques années, ça veut dire qu’il faut tout repenser. La construction des automobiles, des moteurs, les garages. Idem pour l’agriculture, si demain, il fait très chaud et très sec, les plantes que nous cultivons ici  depuis des centaines d’années ne seront plus adaptées. "

Dans son jardin, dans le Morbihan, Laurent Labeyrie a planté des sauges, des amandiers. Des plantes du sud. Comme pour préparer les esprits.

"Il y a tout à inventer, tout un nouveau monde à construire développe le scientifique, et c’est passionnant."       ,    

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