Coronavirus dans les Ehpad : "À chaque fois qu'il y a un cas suspect, la tension monte d'un cran"

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Écrit par Sylvaine Salliou
Le comportement de l'aide-soignant de l'Ehpad de Pontorson laissait percevoir d'importants manquements
Le comportement de l'aide-soignant de l'Ehpad de Pontorson laissait percevoir d'importants manquements © Maxppp/ G.Bally

Alors qu'une dizaine d'Ehpad est touchée par le Covid-19 en Bretagne, Bertrand Coignec, président de la FNADEPA Bretagne (Associations de directeurs d'établissements et services pour personnes âgées) explique que chaque jour passé est un jour gagné pour se préparer à l'arrivée de l’épidémie. 


À ce jour, selon nos sources, moins de dix Ehpad comptent des résidents malades du Covid-19. Il y en a au moins 2 près de Rennes, 3 autour de Brest et plusieurs dans le Morbihan. A priori il n’y en a pas dans les Côtes d’Armor. Ces données ne sont pas confirmées par l’Agence régionale de santé de Bretagne.

Bertrand Coignec, président de la FNADEPA Bretagne (Fédération des associations de directeurs d'établissements et services pour personnes âgées) ne cache la tension qui l'habite, "comme tout le personnel soignant". "Je ne suis pas inquiet, dit-il mais je suis tendu, il faut dire qu'à chaque cas suspect, la tension monte d'un cran en attendant le résultat."

Il a accepté de répondre à quelques-unes de nos questions.


Faut-il isoler davantage les personnes âgées ?

- Nous sommes face à deux défis contradictoires, celui de la protection de nos résidents face au coronavirus et celui du maintien des contacts avec eux, car les visites sont interdites. Quand il n'y a pas de cas de Covid-19 avéré, les résidents mangent dans leur chambre ou dans une salle à manger. Dans ce cas, ils sont mis à distance les uns des autres. Par ailleurs, nous sectorisons le plus possible nos personnels, c’est-à-dire qu'on évite qu’ils passent auprès de tous les résidents. Pour garder le contact avec l'extérieur, nous les aidons à téléphoner à leurs proches, nous mettons en place des rendez-vous sur Skype avec les familles. C’est un équilibre à trouver.


Selon vous, on peut continuer à faire manger les personnes âgées ensemble ? Sud Santé demande à arrêter…

- En l’absence de cas avéré de Covid-19, il peut y avoir quelques résidents qui mangent en salle à manger mais un seul par table. S’il devait y avoir un cas de Covid-19 avéré, le confinement en chambre serait total.


Est-ce que tous les personnels sont équipés d'un masque dans tous les Ehpad de la région ?

- Cette semaine l’Agence Régionale de Santé Bretagne a alloué des masques aux Ehpad (les résidences autonomie, ex foyer-logement, n’en ont pas eu). Nous avons reçu cinq masques par résident pour la semaine et chaque soignant a deux masques par jour. Nous avons environ une semaine de stock, mais l’Agence Régionale de Santé a indiqué que l’État allait débloquer une dotation supérieure pour les établissements de Bretagne. En revanche nous avons peu de gel hydro alcoolique.


Aujourd’hui à partir du moment où il y a trois personnes contaminées dans un Ehpad, on arrête de faire des tests. Pourquoi ?

- C’est déjà le cas quand il y a une épidémie de grippe. À partir de trois cas positifs, on considère que l’Ehpad est en épidémie et que les nouveaux cas qui présentent les mêmes signes cliniques, ont la même maladie. C’est une question d’efficacité, ça nous permet de mieux les soigner et de gagner du temps sur la maladie, ce n’est pas une question d’économie.


Pensez-vous que tous les personnels soignants des Ehpad devraient être testés ?

- Oui, il faudrait pouvoir tester tous les professionnels à titre préventif. Ce sera peut-être à faire en sortie d’épidémie. Aujourd’hui, un salarié qui a des symptômes, on lui conseille de rester chez lui. Pour le moment, nous ne sommes pas en rupture de personnel en Bretagne.


Les équipes sont-elles préparées à l'arrivée du coronavirus dans leurs établissements ?

- Il faut savoir que les infirmiers et les aides soignants qui sont en Ehpad, le sont pour l’aspect relationnel surtout. Aujourd’hui, c’est l’aspect sanitaire qui prime. La sécurité du collectif devient plus importante que le maintien du lien social avec les personnes. Nous avons donc des habitudes à changer, des techniques apprendre. C'est par exemple, une façon de s’habiller, une façon d’enlever ses vêtements pour ne pas être contaminé. Le personnel est formé à ces nouvelles pratiques. Nous avons des outils pour cela, il y a des vidéos et des formations en ligne. Cette semaine, nous avons eu deux réunions avec le CHU de Brest. Pour le moment, la Bretagne a la chance d’être peu touchée donc ça nous laisse un tout petit peu de temps, mais ça va vite. 


Certains personnels soignants demandent à rester sur place jour et nuit ?

- C’est très louable, ils le font pour être disponibles et pour ne pas transmettre à leurs familles. Beaucoup d’établissements se préparent à les accueillir 24h/24. Certains ont des chambres qui ne sont plus occupées et qu’on laisse libre pour ces soignants, d’autres ont pris des contacts avec des hôtels ou des gîtes pour préparer la suite.


Comment gérez-vous l’angoisse des familles ?

 - Nous communiquons avec elles par téléphone ou par mail. Nous leur envoyons aussi un petit journal et un message vidéo par semaine. Les messages qui passent dans les Médias sont parfois anxiogènes, alors on essaie de rassurer les familles. Aujourd’hui nous allons communiquer sur le fait que tous les soignants de nos établissements ont un masque, ça va rassurer les familles... Ce n’était pas le cas il y a 48h.


Beaucoup de familles s'interrogent sur le nombre exact de décès de Covid-19 dans les Ehpad, après que les autorités de santé ont reconnu cette semaine une zone d'ombre dans le décompte. Qu’en pensez-vous ?

- Même si un décompte de décès est douloureux, il faut une totale transparence sur la situation. C’est nécessaire pour garder la confiance des familles et cela servira aussi à tirer les leçons de cette crise.



 

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