Coupe de France. "Des méthodes de goujat" Le club de Reims part avec la moitié de la recette

Ce 7 décembre, l’équipe de Dinan-Léhon s’est logiquement inclinée 0 à 3, face au Stade de Reims en 32ème de finale de Coupe de France. Mais alors que les autres petits clubs se réjouissaient de la générosité des clubs professionnels qui ont laissé l’intégralité de la recette du match, le Stade de Reims, lui, est parti avec la moitié de la billetterie. Le droit l’y autorisait, mais ce n’est pas vraiment l’ambiance de la Coupe de France. Celle des petits qui affrontent les gros et des yeux qui brillent.

Ce dimanche à Dinan-Léhon, la magie de la Coupe de France était bien présente écrit Arnaud Lécuyer, le président de Dinan Agglomération dans son communiqué. "Des supporters nombreux et heureux, des enfants aux couleurs de leur club, des adultes avec des yeux d’enfants, la fumée des grillades qui embaume le pied de la tribune… la fête était belle !"

Certes, la formation bretonne qui évolue en Nationale 2, la 4ème division, a souffert sur sa pelouse face à des professionnels de Ligue 1. "Mais pour des joueurs amateurs, qui travaillent tous dans la journée avant de se rendre aux entrainements, c’est toujours une fête", rappelle Arnaud Lécuyer.

 

La fête était belle, mais…

"Le match s’est super bien passé, les joueurs et le staff de Reims ont été super" témoigne aussi Laurent Dartois, le président du Club de Dinan-Léhon.

"Mais à la fin du match, les dirigeants sont venus nous voir et nous réclamer la moitié de la recette, à savoir 12 000 euros !" Il peine encore à y croire.  

 

Le droit versus la morale

 

Dans les textes, le Stade de Reims est parfaitement dans son droit. Le règlement précise que la recette de la billetterie peut être partagée entre l’équipe qui reçoit et celle qui se déplace. Mais dans les faits, dans 99, 9% des cas, le plus gros laisse sa part au plus petit. Après les 32ème de finale de la Coupe ce week end, Marseille a laissé la recette à Thionville, le PSG à Revel et le TFC à Chambéry.

"Nous, on a toujours fait comme cela, précise Laurent Dartois, tous les tours de Coupe avant ce match, quand on a été joué à Pluvigner, à Plouisy ou à La Gacilly, on a laissé l’intégralité de la recette à l’équipe adverse. Nous n’avons jamais pris l’argent des plus petits. C’est des méthodes de goujat !"

Un budget 100 fois plus petit

 

Arnaud Lécuyer a comparé les budgets. Le Stade de Reims, c’est 75 millions d’euros, Dinan-Léhon FC, 750 000. "100 fois moins !" s’agace-t-il. "Vraiment, je trouve que ce n’est pas très élégant. Un euro pour nous, ça n’a pas la même valeur qu’un euro pour eux."

"Dans la journée, les joueurs de Dinan-Léhon sont vendeurs de voiture, audioprothésistes… rappelle le président de Dinan agglomération. "Certains auraient pu passer pro, cela s’est parfois joué à un fil. Un mauvais match, une blessure… ils auraient alors pu se retrouver de l’autre côté du terrain. Et pareil pour les joueurs de Reims !"

 

Nous la Coupe de France, on sait très bien qu’on ne la gagnera pas, mais il ne faut pas mépriser le foot amateur.

Arnaud Lécuyer, président de Dinan Agglomération

 Un autre monde   

"On ne vit pas dans le même monde, poursuit Laurent Dartois, même pas dans la même galaxie. Ils sont venus en avion, ont demandé que leur bus ait accès au tarmac. Évidemment, ça fait des frais. Mais partir avec une partie de la caisse, ça n’est pas fair-play du tout."

Partir avec une partie de la caisse, ça n’est pas fair play du tout.

Laurent Dartois, président de Dinan-Léhon FC

"12 000 euros pour le club, c’est ce qu’on gagne en 3 matchs à domicile quand la buvette tourne bien, regrette-t-il. Quand on voit comment les bénévoles se sont démenés comme des fous pour que le match puisse avoir lieu dans de bonnes conditions, comment des retraités ont passé des heures à installer des barrières, etc… pour que des gens repartent avec l’argent…"

Mais les deux hommes veulent rester positifs. "Ce match, c’était un super moment. Les joueurs, les bénévoles, les spectateurs, tout le monde était très heureux. Il faut garder cela. On a notre conscience pour nous", et dans un dernier tacle aux dirigeants de Reims, Laurent Dartois ironise, "et ça, ça vaut plus que 12 000 euros !"