"On a envie d'y croire" : clients et salariés se mobilisent contre la revente d'un supermarché en zone rurale

Les salariés d'un Intermarché contact à Plouaret (Côtes-d'Armor) se mobilisent contre l'annonce de la revente de leur magasin. L'enseigne venait d'être rachetée par Intermarché, qui a annoncé qu'il obéirait aux directives de l'Autorité de la concurrence.

"Merci de nous aider à sauver l'Intermarché" : ce message, affiché à l'entrée du magasin Intermarché contact de Plouaret dans les Côtes-d'Armor, appelle à signer une pétition pour demander le maintien de l'enseigne. L'avenir de la moyenne surface est en effet très flou suite à une décision de l'Autorité de la concurrence, rendue en décembre 2023. Le groupe Intermarché doit vendre trois de ses 61 magasins en France, trois magasins acquis en octobre 2023 lors de la cession d'actifs du groupe Casino. 

Selon une déclaration du groupement Les Mousquetaires à l'AFP, "l'Autorité de la concurrence a émis des doutes très sérieux sur la concurrence de la zone de chalandise de ces trois grandes surfaces. Nous attendons de recevoir en janvier la notification écrite de cette décision que nous regrettons pour les adhérents concernés et leurs salariés, mais nous nous conformerons à cette décision."

"On n’y comprend rien, c’est quoi ce trafic ?" 

À Plouaret, clients et salariés ne peuvent donc qu'attendre, plongés entre colère et exaspération. 

En une semaine, la pétition a recueilli 1 200 signatures environ, dont celle de cette cliente, habitante de cette "petite commune dynamique, sur la ligne de train Paris-Brest. On a des habitants qui vieillissent, des jeunes qui s'installent, c'est indispensable d'avoir une moyenne surface sur la commune."

Sous l'enseigne Casino, les prix étaient devenus exorbitants. Moi, je préférais faire des kilomètres.

Une cliente de l'Intermarché de Plouaret (Côtes-d'Armor)

Marine, une cliente qui va à l'Intermarché pour des achats d'appoint, demande "un peu plus de transparence". Elle a signé la pétition pour que "les commerces de proximité continuent à exister."

Avant, j'allais à Lannion, à une quinzaine de kilomètres. Ça consomme de l'essence, et c'est mauvais pour la planète !

Marine

Cliente de l'Intermarché de Plouaret (Côtes-d'Armor)

Quelle alternative à Intermarché ?

Le carburant est aussi une des préoccupations de Jean-Yves Le Gueuziec, premier adjoint en charge des travaux et de la voirie à la mairie de Plouaret. Le supermarché représente le seul point où se fournir en essence dans un rayon d'une quinzaine de kilomètres et "c'est très important pour nous que ça perdure", souligne-t-il. "On voit sur le parking qu’il y a beaucoup plus de fréquentation."

L'élu s'inquiète surtout pour les salariés, une quinzaine environ suite à plusieurs recrutements à l'automne, lors du rachat du Casino par Intermarché : "On ne comprend pas. Et les salariés, on les connaît tous, ils sont tous du coin."

Parmi eux, il y a Alexandra Le Lay, employée polyvalente, "la dernière arrivée" selon ses propres mots. "J'habite à Plounérin, à dix minutes. Je veux avoir de l'emploi près de chez moi", expose la jeune femme tout en mettant des produits en rayon. "Sinon, je suis obligée d'aller vers Lannion ou Morlaix, ce qui est beaucoup plus loin, avec beaucoup de frais en plus."

Charlotte Le Bris, adhérente Intermarché, qui prévoyait de racheter le magasin, dit quant à elle être "tombée des nues à l'annonce de la nouvelle. C’est dur de changer de culture, et on avait réussi le pari."

Erwan Podeur, responsable du rayon frais, semble excédé par les changements d'une enseigne successivement passée sous pavillons Casino puis Intermarché  .

On travaille un peu comme du bétail. On est les premiers concernés mais les derniers au courant.

Erwan Podeur

Responsable du rayon frais à l'Intermarché de Plouaret (Côtes-d'Armor)

Pour changer d'enseigne, les équipes ont dû vider puis remplir le magasin, et suivre une formation en llle-et-Vilaine. Tout en mettant des produits en rayon, Erwan Podeur poursuit : "On est fatigué, ça fait deux fois, on ne sait pas où on va. C’est dur, on a passé deux semaines à refaire le magasin en entier. Est-ce qu’on aura la force de remonter un magasin ? Ce n’est pas dit."

Lauryane Arzel avec Manon le Charpentier.