PHOTOS. La colonie de fous de Bassan de Perros-Guirec décimée par la grippe aviaire

La grippe aviaire décime la seule colonie de fous de Bassan de France. Au large de Perros Guirec (Côtes d'Armor) sur l'île Rouzic, les oiseaux morts se comptent par centaines. Un photographe documente l’évolution de l’épidémie.

“C’est horrible. Sur mes photos je ne vois que des oiseaux morts.” Michel Prat, photographe amateur passionné par la nature, place dans son objectif depuis plus de 10 ans sur la colonie de fous de basané qui s’est installée sur l'Île Rouzic.

Cette colonie d’oiseaux migrateurs dans l’archipel des 7 îles, au large de Perros-Guirec, est l’unique colonie de fous de Bassan française. Elle repose sur l'île renommée par les locaux “l‘île aux oiseaux”. Le lieu est un sanctuaire protégé. Du moins il l’était.

Les fous de Bassan adultes meurent de la grippe aviaire

La grippe aviaire arrivée en pleine période de nidification a décimé la colonie. “Normalement quand on regarde depuis Perros-Guirec, la face nord de l'île semble recouverte de neige. Une impression due entre autres au pelage blanc des oiseaux. Les fous de Bassan sont serrés les uns sur les autres”.

Mais depuis la fin août, la face de l'île semble clairsemée. En approchant, Michel Prat a constaté le drame.

“Je me doutais que la grippe aviaire avait frappé l'île. Mais pas à ce point” souffle Michel Prat. Début juillet, le photographe amateur avait déjà observé quelques décès chez des oiseaux plus jeunes. “La LPO s'inquiétait que la grippe aviaire n'ait touché la colonie d’oiseaux. Mais à ce point-là… Ça fait mal au ventre.”

Sur ses photos, l'île est devenue un cimetière. Des cadavres de bébés fous de Bassan dans leurs nids, des corps de juvéniles autour et des restes de fous de bassan adultes par dizaine flottent autour de l’île.

Les plus jeunes sont morts de faim 

“Les bébés sont morts dans leur nid en attendant leurs parents qui devaient les nourrir. Ils sont morts de faim" explique le photographe membre de la LPO. "Les juvéniles, plus gros et gris, eux non plus ne savent pas voler et sont également morts sur l’île. Ce sont les parents qui ont été le plus contaminés par la maladie. Ils sont morts en mer ou sur la côte en allant nourrir leurs petits.”

Pour le directeur de la station LPO de l'Ile Grande, ce virus s'est probablement développé dans des élevages intensifs. Pour le photographe, les fous de Bassan, qui ne viennent jamais sur le continent, ont été contaminés par une autre espèce victime de la maladie : les goélands.

La maladie venue par leurs prédateurs, les goélands

Toujours selon Michel Prat, membre de la LPO, sur la période de la fin juin plusieurs goélands sont retrouvés morts de la grippe aviaire sur la commune de Perros-Guirec.

“Les goélands nichent sur les îles voisines de Roisic, l'île des fous de Bassan. Ils viennent chasser les petits. Il est presque certain que ce sont eux qui ont ramené la maladie sur l'île".

Les scientifiques de la LPO de la station de l'île Grande avaient également observé avec impuissance les premiers morts de fous de Bassan au mois de juillet. 

Une hécatombe documentée en images

Pour Michel Prat, impossible de donner les chiffres de l’hécatombe. “Au dernier comptage par la LPO, il y avait environ 40 000 fous de Bassan sur l'île. Il doit en rester moins de 20%”. 

Le photographe amateur, passionné de la faune sauvage, utilise son appareil photo pour documenter cette catastrophe. “C’est poignant. J’observe les oiseaux toute l’année. De voir cela, ça me révolte”. 

Une maladie incurable

La disparition des fous de Bassan au large de Perros-Guirec se fait au grand jour, loin des regards. Les bateaux de touristes restent au large. Les soigneurs ne peuvent rien faire. Le mal est incurable. Un crève-cœur pour les équipes qui ne peuvent que constater les dégâts de l'épidémie sur la faune sauvage.

“Les fous de Bassan qui vont survivre vont repartir fin septembre pour leur migration et devraient revenir en juin prochain. J'espère qu’ils vont réussir à revenir”. La crainte de Michel Prat n’est pas infondée. En Ecosse, des colonies ont été complètement décimées cet été par la maladie.