De Santiago à Lannion, Michel Blin a vécu le coup d'État d'Augusto Pinochet au Chili

Publié le Mis à jour le
Écrit par Corentin Bélard

Le 11 septembre 1973, un coup d'État militaire renverse le président socialiste du Chili Salvador Allende, qui n'y survit pas. S'en suit la dictature d'Augusto Pinochet. Présent à Santiago à ce moment là, le Breton Michel Blin a été arrêté par l'armée, il témoigne.

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C'était il y a 47 ans. À l'époque, Michel Blin est un étudiant en agronomie de 24 ans était venu voir de ses propres yeux la réforme agraire engagée par le gouvernement socialiste de Salvador Allende.



Ce médecin de profession arrive à la tête du pays lors des présidentielles de 1970 au cœur de la guerre froide, grâce à un programme d'union de la gauche. Les États-Unis, qui en ont assez d'un seul Cuba sur "leur" continent s'opposent vite au nouveau régime chilien.

 

"Mon hôtel donnait directement sur le palais présidentiel"

Trois ans plus tard, l'armée chilienne fomente un coup d'État contre le président élu. Soutenue en sous-main par la CIA, la junte est menée par Augusto Pinochet. Ce lointain descendant de Bretons a fait carrière dans l'armée jusqu'à devenir commandant en chef de celle-ci à la veille du coup d'État, avec la confiance d'Allende. 

Il rejoint le complot in extremis quelques jours avant sa mise en exécution.



Ce 11 septembre 1973, l'ordre est donné de prendre d'assaut le palais de la Moneda, résidence du président de la République du Chili.



Michel Blin assiste à la scène depuis sa chambre d'hôtel. "Il donnait directement sur le palais présidentiel, détaille l'étudiant de l'époque. J'ai vu les tanks s'approcher du palais, au départ je croyais qu'ils venaient défendre le président Allende. Mais après les avions ont bombardé la Moneda."



Retranché dans le palais avec ses fidèles, Salvador Allende finira par se suicider avec son AK-47 offerte par Fidel Castro. Il refusa d'être exfiltré : "le président de la République élu par le peuple ne se rend pas".

  

Quinze jours de détention au Stade National

Pour Michel Blin, la suite des événements va se compliquer. Deux jours après le coup d'État, des militaires investissent l'hôtel où il réside, perquisitionnent et l'arrête en compagnie des autres étrangers présents sur place.

Sans aucun motif connu, il suppose que "pour le nouveau régime, les étrangers présents au Chili étaient suspects, de potentiels guérilleros."



Après une demi-journée au commissariat "les mains en l'air", le prisonnier politique rejoint les autres détenus au Stade national. L'enceinte est transformée en camp pour environ 40 000 prisonniers. Certains y mourront. 



Michel Blin y restera quinze jours avant d'être libéré grâce à la pression diplomatique française et l'aide la Croix Rouge Internationale. De retour en Bretagne, il laissera ce passage de sa vie traumatisant dans l'oubli jusqu'au 16 octobre 1998.

  

Engagement pour la mémoire des victimes

En effet, cette date de juin 1998 correspond à l'arrestation de l'ancien dictateur du Chili à Londres, huit ans après avoir lâché le pouvoir. Chez Michel Blin, cela a eu l'effet d'un déclic. "Comme un réveil vers l'action associative. J'ai contacté par la suite d'autres réfugiés politiques chiliens en France, qui sont devenus des amis."



Aujourd'hui âgé de 70 ans passés, Michel Blin reste engagé pour la mémoire des victimes. Quelque chose qui prend son importance au vu des événéments contestataires que traverse le Chili depuis 2019 où l'héritage de Pinochet pose encore question. 



"D'après ce que je vois, une partie de la population reste d'accord avec la dictature et comprend le coup d'État, regrette l'ancien prisonnier politique. À la différence de l'Argentine, aucun bourreau n'a été jugé au Chili."



De 1973 à 1990, le régime de Pinochet provoqua plus de 3 200 morts et disparus, plus de 38 000 torturés et des dizaines de milliers d'arrestations de dissidents.

 
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