Obligation d'éthylotests dans les lieux de vente d'alcool repoussée de 3 mois, la colère des parents de Mélodie

Mélodie est décédée dans un accident le soir de son bac. Depuis, ses parents se battent pour que les fêtes ne se terminent pas dans les crissements de pneus et les larmes. Ils se réjouissaient de voir les éthylotests obligatoires dans les lieux qui vendent de l'alcool. Aujourd'hui, ils s'inquiètent.
La mesure obligeant les lieux de vente d'alcool à proposer des éthylotests à proximité a été repoussée de trois mois
La mesure obligeant les lieux de vente d'alcool à proposer des éthylotests à proximité a été repoussée de trois mois © T. Peigné -FTV

Elle s’appelait Mélodie, elle souriait à la vie, quand le 18 juin 2005, elle est partie fêter la fin de son baccalauréat. Elle n’est jamais rentrée. Sur le trajet du retour, la voiture dans laquelle elle est montée a percuté un arbre. Le conducteur avait bu.

Au printemps, les parents de Mélodie se sont réjouis de voir la présence d’éthylotests obligatoire dans tous les lieux qui vendent de l’alcool dès le 1er juillet 2021. Mais aujourd’hui, ils s’inquiètent.

"C’est pas possible, ça ne peut pas passer aux oubliettes, c’est pas possible." Michel le Guern, le papa de Mélodie ne décolère pas. En faisant ses courses, il a cherché les éthylotests. Et ne les a pas trouvés. Alors en rentrant, il s’est précipité sur son ordinateur. Quelques mots dans la barre de recherche, "obligation éthylotests dans les commerces qui vendent de l’alcool". Et sur la première page, un communiqué du Ministère de l’Intérieur.


Dérogation de trois mois ?

"En application de l’article 100 de la loi d’orientation des mobilités, la mesure n°11 du Comité interministériel de la sécurité routière (CISR) du 9 janvier 2018, vise à lutter contre la conduite sous l’emprise de l’alcool en incitant les usagers de la route à l’auto-évaluation de leur taux d’alcool. A partir 1er juillet 2021, les établissements de boissons alcoolisées à emporter devront obligatoirement proposer à la vente des éthylotests à proximité du rayon présentant le plus grand volume de boissons alcooliques (ou près du lieu d’encaissement pour les débits dont l’activité principale est la vente d’alcool). Cette obligation concerne également les sites de vente en ligne de boissons alcoolisées."

Le texte est clair. Les enseignes devront proposer des éthylotests, et devront toujours disposer d’un stock minimal de 10 ou 25 éthylotests, en fonction de la taille de leurs rayons alcool. Une affiche de prévention mentionnant la présence de ces éthylotests et appelant à la prudence devra être installée à proximité immédiate de chaque rayon présentant des boissons alcooliques.

Mais dans une ligne en dessous, le texte précise : "les établissements concernés disposent de 3 mois pour mettre à la vente de façon permanente des éthylotests pour permettre l’auto-dépistage de l’alcoolémie."

"Trois mois à partir du décret, ou trois mois à partir du 1er juillet. Comme d’habitude, ce n’est pas clair," s’agace Michel le Guern, "et comme d’habitude, c’est les gamins qui vont trinquer. C’était la bonne période, le moment où les jeunes finissent leur scolarité, l’instant où l’été arrive, insiste-t il, où ils ont envie de profiter de la vie, et ils ont raison, mais il faut qu’ils fassent attention."


"Le message n’est pas clair, c'est dommage"

Michel le Guern soupire, "je sais bien que ce n’est pas bon pour les affaires des alcooliers, le lobby a dû y aller de bon cœur. C’est pas pour ça qu’on doit laisser les jeunes se tuer sur la route."

"On n’a pas voulu embêter les grandes surfaces avec des objets comme ça, renchérit son épouse, Marie-Rose, un éthylotest dans un rayon alcool, c’est pas vendeur, c’est une image qui nous rappelle qu’il y a un danger. Ca fait peur. Et on ne veut pas le voir. Mais quand vous entrez dans les magasins, Boum, vous tombez sur des murs de bière."

"L’alcool, rappelle la maman de Mélodie, a un effet désinhibiteur et euphorisant qui modifie la perception des risques, de la vitesse, des distances. Il diminue les réflexes, allonge le temps de réaction. Il entraîne une mauvaise coordination des gestes."


Les dangers de l'alcool au volant

Et les chiffres sont terribles. Les nuits de fête, le week-end, l’alcool est présent dans 65% des accidents mortels. Le risque d’être responsable d’un accident mortel est multiplié par 18 chez un conducteur alcoolisé.

En 2020, selon les données de la Sécurité Routière, 2 780 personnes ont perdu la vie. On a dénombré 45 121 accidents de la route qui ont blessé 55 836 personnes.

Michel et Marie-Rose Le Guern ont fondé l’Association Mélodie, les Clefs pour la vie pour que d’autres ne vivent pas le même drame qu’eux. A la veille des grands départs, et des soirées pour clôturer l’année scolaire, Michel le Guern s’étonne que les voitures d’aujourd’hui ne soient pas mieux équipées. "Un pack sécurité qui comporterait un triangle, un gilet et un éthylotest dont la validité pourrait être vérifiée lors du contrôle technique, ça ne serait pas la mer à boire." affirme t'il. "Et les kits anti démarrage c’est pareil, ça pourrait être facile, techniquement, on sait faire, c’est au point, ça marche. 200 euros sur le prix d’une voiture, c’est dérisoire. " 

"Tout est affaire de volonté, concluent-ils, mais pour l’instant, cette volonté, de sauver des vies, malheureusement, on ne la voit pas."

 

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