Sécurité routière : “revoir la formation et la prévention auprès des jeunes”, Arnaud Laguitton, expert en accidentologie

La fourgonnette accidentée / © DR
La fourgonnette accidentée / © DR

20 ans qu'Arnaud Laguitton exerce le métier d'expert en accidentologie. Pour ce spécialiste, afin de faire évoluer à la baisse les chiffres des accidents, il faudrait revoir les formations en auto-école ainsi que la prévention auprès des jeunes sur l'alcool et les stupéfiants.

Par Thierry Peigné


Il y a 20 ans, Arnaud Laguitton, exerçait principalement le métier d'expert en automobile avec pour mission de base de chiffrer les dommages occasionnés suite à un accident de circulation. Mais au fil des ans, après avoir suivi une formation en accidentologie (études poussées en physique et cinématique), il s'est spécialisé dans l'expertise en accidentologie. 

Depuis 10 ans, il n'intervient quasiment plus qu'en tant qu'accidentologue afin de "reconstituer un accident" avec toutes ces composantes et déterminer les causes du drame. Il intervient alors que "les circonstances d’un accident de la route ne sont pas claires et que les responsabilités n’ont pu être identifiées alors même que ces éléments sont déterminants dans l’issue d’un dossier". Ses clients : les forces de l'ordre, les assurances et les tribunaux.

En France, les accidentologues sont peu nombreux, une trentaine en France et seulement 3 en Bretagne, selon Arnaud Laguitton, basé lui-même à Saint-Malo. Expert judiciaire près de la cour d'appel de Rennes, le Malouin traite environ 80 dossiers par an. 

Lors d'un entretien, cet expert nous livre ses réflexions en matière de sécurité routière, avec l'analyse de toutes ses années d'expérience.
Arnaud Laguitton, expert en accidentologie / © DR
Arnaud Laguitton, expert en accidentologie / © DR
 

"Arnaud Laguitton, en terme de sécurité routière, avez-vous constaté ces dernières années de grandes évolutions sur les causes des accidents ?"


"On ne peut pas dire qu'il y a des changements majeurs concernant les causes. On voit cependant certains facteurs de causalité qui évoluent et qui en amènent d'autres. Par exemple, alors qu'avant l'alcool était l'une des causes principales d'accidents, on se rend compte qu'il y a de plus en plus souvent l'association alcool plus stupéfiants et que ce coktail détonnant est source de facteurs aggravants comme la vitesse".

Le spécialiste précise cependant que depuis qu'il exerce, il a vu une progression importante de la sécurité active et passive des véhicules. "Ainsi, il est bon de rappeler que dans de très nombreux accidents, les occupants sont indemnes, entre autres grâce à la sécurité des voitures qui s'est grandement améliorée". "Pour autant, dans les dossiers pour lesquels j'interviens, toutes les limites ont été dépassées, et le fait d'avoir des voitures sécurisées ne changent pas beaucoup la donne". 
 

"Quelles sont les caractéristiques les plus courantes des accidents sur lesquels vous avez eu à vous prononcer?"


"Si on devait dresser le portrait de l'accident type, ce serait : une route secondaire, de l'alcool ou de la vitesse ou une sortie de route ou ces deux ou trois critères réunis et tout cela la nuit ou en fin de soirée. Des paramètres qui évoluent peu malheureusement. Personnellement, je suis toujours choqué par la fréquence des chocs mortels avec des piétons, divaguant alcoolisés sur une route. Il y a souvent ce sentiment lorsque vous analysez les données d'un accident que malheureusement tout amenait à ce que cela arrive et que, une fois de plus, c'est stupide pour ne pas dire autre chose".

Arnaud Laguitton, qui traite des dossiers sur toute la France, ne voit pas de spécificités bretonnes même avec ses quatre voies limitées à 110 km/h : "je n'ai que rarement des accidents sur les quatre voies et même sur l'autoroute d'ailleurs".
 

" Que faudrait-il faire pour améliorer le comportement au volant et la sécurité routière?"


"Pour moi, les formations dans les auto-écoles ne préparent pas totalement à la meilleure conduite. On vous apprend les règles en vigueur, comment faire un créneau, doubler, ... mais pas suffisamment à acquérir des comportements au volant pour conduire en toute sécurité. Il faut également des formations spécifiques sur les nouvelles technologies qui équipent les voitures comme les limiteurs ou les régulateurs de vitesse par exemple. Certaines personnes prennent en main ces outils sans en avoir connaissance et peuvent mal les utiliser et se retrouver ainsi dans des situations de mise en danger des autres. Je pense également qu'il faudrait accentuer la prévention auprès des jeunes sur les conduites à risques, la consommation d'alcool et/ou de stupéfiants."
 

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