POLEMIQUE. Entre la ville et un entrepreneur, qui va profiter de la marque Mère Pourcel à Dinan ?

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Écrit par V. Chopin

A qui appartient la "marque" Mère Pourcel" ? La question est au cœur de tensions entre la ville de Dinan qui considère que ce bâtiment datant de 1458 appartient au patrimoine immatériel des Dinannais, et un entrepreneur qui rêve de créer une gamme de biscuits à ce nom.

Tout comme le nom de la Mère Poulard est associé au Mont Saint-Michel, qui dit "Mère Pourcel" pense évidemment à Dinan et à cette belle maison médiévale, qui fut la proie des flammes au début de l'été 2019.

Le bâtiment construit en 1458 était remarquable à plus d'un titre : architecture, histoire, emplacement... L'incendie souleva beaucoup d'émois, à l'image du maire de la Ville qui parla à l'époque de "perte considérable pour le patrimoine de Dinan".

Mais au-delà du bâtiment à pans de bois, dont la reconstruction à l'identique a été actée l'automne dernier, c'est donc aujourd'hui son nom : "Mère Pourcel" et surtout son utilisation à des fins commerciales qui posent question. 

Bientôt, les gâteaux La Mère Pourcel ?

Un des anciens gérants du restaurant "Chez la Mère Pourcel" aimerait en effet, à l'instar des biscuits La Mère Poulard, créer une gamme de gâteaux La Mère Pourcel. Une idée qui remonte selon lui à 2006 et l'acquisition du restaurant du même nom. "L’idée des gâteaux est vite venue ! Dès la reprise de la Mère Pourcel, puisqu’on a retrouvé des livres de recettes..." confie Mickaël Vacher. Un historien nous a informé sur toute son histoire, il nous a donné plein de petites anecdotes…"

L’idée de tourner autour de la ''Mère cuisinière'' qu’était Virginie Pourcel, ça me plaisait bien !

Mickaël Vacher

Une idée, qui est d'abord restée dans les placards. Un premier dossier est déposé auprès de l'Institut national de la propriété industrielle en 2007, mais la marque, faute d'être utilisée, retombe dans le domaine public dix ans plus tard. Entre temps, le chef d'entreprise a changé de tablier. Après neuf années passées à la tête du fameux restaurant de Dinan (entre 2006 et 2015), c'est en tant que gérant du château de la Motte Beaumanoir à Pleugueneuc, qu'il a de nouveau déposé la marque "Mère Pourcel" auprès de l'INPI en septembre 2020.

"C’est plus que bien lancé !" s'enthousiasme Mickaël Vacher. "Les premiers essais ont été concluants, les derniers aussi, encore plus… On travaille avec des acteurs du bassin de Dinan et Saint-Malo sur le marketing, le boitage, le réseau de distribution et la structure... Mais là, maintenant on attend un peu de voir ce qui va se passer avec la mairie."

A qui profite le nom ?

Entre temps en effet la Ville de Dinan a découvert l'existence de ce projet de biscuiterie. "Si elle se réjouit qu’un entrepreneur porte un projet de lancement d’un nouveau produit" comme indiqué dans un récent communiqué, la municipalité se sent "volée" : 

La ville de Dinan conteste toutefois cette appropriation commerciale personnelle de la marque Mère Pourcel.

La ville de Dinan

Selon la municipalité, ce nom générique est en effet "attaché à la maison de même nom depuis décembre 1944". Certes répond l'entrepreneur, mais "avant 1944 et son rachat par Monsieur Rozas, le bâtiment ne portait pas ce nom !" réplique Mickaël Vacher.

Au début du XXème siècle, Virginie Pourcel était une figure emblématique du centre-ville dinannais. Elle y tenait un café, place des Merciers, qui bénéficiait alors d'une belle notoriété. Peu avant le fin de la Seconde Guerre mondiale, l'affaire a en effet été reprise par les Rosaz qui décident de baptiser cette belle maison médiévale du nom de son ancienne aubergiste. 

Aussi ce nom (Mère Pourcel) – comme le Jerzual, la Tour de l’Horloge ou le Jardin anglais – appartient-il désormais au patrimoine immatériel de la ville de Dinan et donc à tous les Dinannais

La ville de Dinan

"Bonne idée" vs "Perte préjudiciable"

Mickaël Vacher a-t-il le droit d'utiliser à sa guise le nom de la Mère Pourcel ? L'entrepreneur a fait les démarches auprès de l'INPI ; il se croit dans son bon droit :

Ce n’est pas de ma faute si la Ville n'a pas eu l’idée de déposer la marque, le nom "Mère Pourcel"!... Mais moi j’ai eu la bonne idée !

Mickaël Vacher

Interpellée, la mairie, qui est, elle, propriétaire du bâtiment, réagit : si la marque "Mère Pourcel" lui échappe, le bâtiment, aussi, risque un jour de perdre ce nom.

 "Dans la perspective d’une nouvelle exploitation commerciale de cette maison, à l’issue des travaux de reconstruction, le fait que la marque soit propriété d’une personne ou d’une société extérieure interdirait aux futurs exploitants, quelle que soit leur activité, son usage et ouvrirait la porte à de nombreux contentieux. Ceux-ci n’auraient dès lors d’autre choix que de trouver un autre nom pour leur établissement et donc pour la maison..." déplore la municipalité dans son communiqué.

Les futurs exploitants (ndlr : du bâtiment en cours de reconstruction) n’auraient pas d’autre choix que de trouver un autre nom pour leur établissement (...) Ce qui incontestablement constituerait une perte préjudiciable pour la ville de Dinan

La ville de Dinan

Opportuniste, Mickaël Vacher assume : "Si la définition d'opportuniste, c’est saisir une opportunité, oui je suis opportuniste si vous voulez ! Je suis surtout Dinannais de cœur, j’ai été ambassadeur de la ville de Dinan pendant des années notamment avec une grosse activité traiteur, j’étais fier de véhiculer l’image de Dinan ! Moi, je voulais proposer un deal gagnant / gagnant à la mairie..."

Mais l'échange entre les deux protagonistes n'a duré mi-octobre que quelques minutes. L'entrepreneur va-t-il faire recette avec les écrits de l'ancienne aubergiste Virginie Pourcel ? "La suite au prochain épisode..."  sourit le chef d'entreprise.

En attendant, la ville de Dinan, elle, "procède à l’ensemble des mesures qui lui sont ouvertes afin d’être reconnue comme seule détentrice de la marque Mère Pourcel."